GOUBERT Jean

Par Yves Le Floch

Né le 14 décembre 1899 à Saint-Germain-sur-Ay (Manche), abattu par les Allemands le 18 juin 1944 dans son village natal ; instituteur ; syndicaliste et militant socialiste SFIO de la Manche ; chef de l’Armée secrète et de Libération-Nord.

Le père de Jean Goubert, douanier à Isigny-sur-Mer, était un militant socialiste et syndicaliste que ses camarades surnommaient « Jaurès ». Après ses études primaires, Goubert fut apprenti à la pêche puis entra, en octobre 1914, à l’École primaire supérieure de Carentan afin d’y préparer l’école d’hydrographie. Sa vue l’empêcha de poursuivre dans cette voie et il fut reçu second en 1916 à l’École normale de Saint-Lô dont il sortit en février 1918 pour rejoindre le front. Démobilisé en 1921, après avoir participé à l’occupation et à la garde de camps de prisonniers, il fut nommé instituteur à Avranches, puis à Saint-Rémy-des-Landes, enfin à Equeurdreville où il devait rester. En 1925, il devint professeur de lettres au cours complémentaire.

Equeurdreville était une banlieue ouvrière de Cherbourg dont la municipalité était socialiste de longue date, et Goubert y renoua avec les idées de son père. Il entra en 1928 au conseil de la section départementale du syndicat des instituteurs, dont il devint membre du bureau en 1931 et qu’il représentait à la section de la Fédération des fonctionnaires de 1931 à 1933. Lorsque l’Union départementale confédérée créa en 1933 un collège du travail, il fut un des militants enseignants qui y donna des cours.

La Fédération socialiste de la Manche ne fut véritablement reconstituée qu’en 1928 et Goubert entra au comité fédéral en 1930. Il fut dès lors un des candidats les plus fréquemment présentés par la SFIO dans la Manche, jusqu’à devenir une véritable notabilité. Candidat aux élections législatives de 1932 à Coutances, il recueillit 1 299 voix — soit 8 % des suffrages exprimés. À l’automne suivant, l’élection de Le Corre comme conseiller général du canton d’Octeville ayant été annulée en Conseil d’État, la Fédération lança une consigne d’abstention au premier tour, qui fut puissamment suivie, puis présenta Goubert au second tour (ce fut contre lui qu’envisagea de se présenter Burnouf). Il fut élu avec 1 969 voix sur 3 591 et devait être réélu en octobre 1934 et octobre 1937. Aux élections municipales de 1935, il devint conseiller d’Equeurdreville puis fut à nouveau candidat à Coutances pour les législatives de 1936, à l’occasion desquelles il enregistra une sensible perte de voix, n’en recueillant que 1 091, soit 6,1 % des suffrages exprimés.

Jean Goubert se situait sur des positions beaucoup moins modérées que la plupart des candidats mis en avant par la Fédération dans les scrutins importants. Hostile à la participation au gouvernement, il fit voter par sa section, le 28 septembre 1933 — alors que le débat faisait rage sur la scission néo — une motion proposant que les militants socialistes soient libres d’adhérer à Front commun, première organisation à appeler au rassemblement ouvrier contre le fascisme, où militait notamment Augustin Hamon. Secrétaire adulte des Jeunesses socialistes de la Manche à partir de 1932, il fut surtout à l’origine, avec son collègue communiste Pierre Rouxel, de la constitution d’un front commun JC-JS dans l’agglomération cherbourgeoise en mars 1934, front dont il fut élu secrétaire général. À la fin de cette même année, il se retrouva aux côtés de Rouxel dans le comité de coordination PC-SFIO.

Goubert entra dans la Résistance dès octobre 1940 et perdit son poste au cours complémentaire d’Equeurdreville, victime des lois d’exception d’octobre 1941, il était président de la loge maçonnique Solidarité. Il se retira alors à Saint-Germain et se consacra à ses activités clandestines. Un des premiers éléments de Libération-Nord, il organisa le renseignement des Alliés et participa à de nombreuses actions. Devenu chef de l’Armée secrète de la Manche en 1942 ou 1943, il fut pris par les Allemands alors qu’il cachait chez lui des parachutistes américains, il tenta de s’enfuit et fut abattu le 18 juin 1944.

Le cours complémentaire d’Equeurdreville porte aujourd’hui son nom.
Les francs-maçons de l’Orient de Cherbourg ont dénommé leur Atelier « Loge Jean Goubert »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24663, notice GOUBERT Jean par Yves Le Floch, version mise en ligne le 22 février 2009, dernière modification le 20 octobre 2018.

Par Yves Le Floch

SOURCES : Arch. Nat. F7/13036. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossier 39. — Jean Quellien, Les élections dans la Manche, étude de sociologie électorale (1919-1969). — Mairie d’Equeurdreville : Cinquantenaire de fonctions de maire d’Equeurdreville d’Hippolyte Mars, brochure ronéotée, juillet 1958. — L’Avenir de la Manche. — L’Aurore socialiste, mai 1933. — Le Pays normand, septembre 1934. — Cherbourg-Éclair, 14 octobre 1934. — La Presse de la Manche, 30 mai 1972. — Lucien Botrel, Histoire de la Franc-maçonnerie française sous l’occupation, 1940-1945, Editions Detrad.

ICONOGRAPHIE : L’Avenir de la Manche, 23 octobre 1937.

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