FLOURENS Gustave, Paul

Né le 4 août 1838 à Paris ; sabré et fusillé à Chatou, le 3 avril 1871, par les troupes de Versailles ; savant biologiste et professeur ; officier, membre de la Commune de Paris, considéré en 1871 et plus tard comme l’un des plus hauts représentants du mouvement insurrectionnel, durant lequel ses méthodes, sinon ses opinions, l’apparentent au parti blanquiste.

Gustave Flourens appartenait par sa famille à la grande bourgeoisie intellectuelle. Son père, Jean-Pierre, Marie Flourens, était professeur au Muséum et au Collège de France, membre de multiples sociétés savantes, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; il était de surcroît député de la gauche en 1828, pair de France en 1847 et conseiller municipal de Paris en 1864. Son grand-père maternel avait été général du 1er Empire.

L’enfant reçut une éducation sévère de type patriarcal et qui laissa inassouvis sa fougue et son enthousiasme. Il accumula les succès : brillant lycéen à Louis-le-Grand, licencié ès lettres (1858), puis ès sciences, il obtint à 25 ans de remplacer provisoirement son père dans la chaire d’histoire naturelle des corps organisés et d’assumer un cours en cinquante leçons. Auparavant, il s’était engagé dans l’insurrection polonaise, mais s’était retiré en découvrant à la révolte un double caractère catholique et nobiliaire incompatible avec ses opinions ; le cours professé au Collège de France était résolument athée, matérialiste et antibonapartiste. Les colères bien-pensantes se déchaînèrent et le ministre Victor Duruy, attaqué à son propos, ne put prolonger l’année suivante un cours où l’empereur avait été stigmatisé sous les traits de César.

Le jeune professeur gagna Londres, où il étudia au Bristih Museum, puis la Belgique ; il donna des leçons, fit des conférences et se lia avec Charles et François Hugo ; il avait déjà publié une brochure ; il collabora à la Rive gauche, à L’Espiègle. Sa mère le rappela en France au chevet de son père malade et il séjourna trois mois en Seine-et-Oise, à Montgeron. Mais les mouvements européens de libération l’attiraient : en 1866, il offrit ses services à l’insurrection crétoise et gagna l’île, via Stamboul et Athènes. Représentant la pensée française, servant la révolte dans sa deuxième phase avec grade de capitaine, il fut ensuite nommé ambassadeur de Crète auprès des Grecs ; il y apprit la maladie de son père qu’il ne revit pas vivant (1867). Le gouvernement grec accueillit mal son intervention ; il était aussi combattu par le gouvernement français qui, deux ans plus tôt, lui avait reproché la campagne athéiste menée en Orient. Les Grecs l’embarquèrent de force sur un paquebot à destination de Marseille ; il regagna Athènes, puis, pour ne pas compromettre ses amis, se retira à Naples où il fut emprisonné pour avoir écrit un article de presse.
En 1869, il était de retour en France et habitait à Paris, 397, rue de Puebla (XIXe arr.) ; on lui avait refusé le poste laissé vacant par la mort de son père et que les opposants à l’Empire lui reprochèrent d’avoir sollicité par lettre. Son ami Odilon Delimal le dépeignait alors grand et mince, le front prématurément chauve, l’œil vif et caressant, la voix souple ne laissant pas deviner le timbre sonore qui aidait à son succès dans les réunions publiques. Son esprit alliait curieusement le rationalisme scientifique né de sa formation et l’ardent, le romantique enthousiasme de sa nature profonde. Le 25 mars 1869, il refusa aux policiers de dissoudre la réunion qu’il présidait à Belleville : arrêté, condamné à 200 F d’amende et trois mois de prison pour offense envers l’empereur et contravention à la loi sur les réunions publiques, il fut incarcéré à Sainte-Pélagie ; au sortir de prison, il défia en duel Paul de Cassagnac, auteur d’un article qu’il jugeait insultant pour le peuple dans le journal Le Pays (5 août 1869). Flourens avait pour témoins Ulrich de Fonvielle et Arthur Arnould ; il fut grièvement blessé, mais se remit assez vite pour soutenir la candidature de Rochefort aux élections. Lorsque celui-ci fonda La Marseillaise, il en confia la rubrique militaire à Flourens. L’amitié des deux hommes subit une éclipse quand, aux funérailles de Victor Noir, Rochefort, Vallès, Louis Noir refusèrent de marcher sur Paris malgré les objurgations de Flourens ; pourtant, c’est à une réunion présidée par Flourens que Rochefort fut arrêté le 7 février 1870. Flourens lui-même put s’enfuir, et, le 20 mars, gagna la Hollande et Londres. Impliqué dans le procès de Blois, il fut condamné, le 9 août 1870, à six ans de prison et à la dégradation civique ; il préféra alors gagner la Grèce, mais en revint en septembre 1870. Arrêté dix jours à Gex, il gagna Paris ; le 29 septembre, il demanda à Trochu d’organiser des élections.

Durant le Siège, les cinq bataillons de Belleville l’élirent pour chef, et le commandement lui décerna le titre sonore et très honorifique de « major des remparts ». Le 5 octobre, le mouvement qu’il déclencha après la reddition de Toul et Strasbourg échoua ; Flourens démissionna, mais fut réélu ; la part qu’il aurait prise au mouvement du 8 octobre est moins bien établie. C’est à lui que Rochefort conta la trahison de Bazaine avant qu’elle ne soit connue du public ; et Flourens en informa Pyat, qui, par son article du lendemain (27 octobre) dans Le Combat, déclencha l’émeute du 31 octobre. Flourens, à la tête de ses gardes nationaux, occupa l’Hôtel de Ville et se vit confier la garde des membres de la Défense nationale faits prisonniers ; son nom figurait sur la liste proposée au suffrage populaire. Mais le gouvernement, redevenu maître de la situation au prix d’« une véritable duperie », engagea des poursuites ; Flourens, arrêté sur les ordres de Clément Thomas pour avoir repris le grade qui lui avait été retiré, fut jeté à Mazas le 7 décembre 1870 ; son ami Cipriani réussit à organiser un « commando » et à l’enlever (nuit du 20 au 21 janvier), mais Flourens échoua dans sa tentative de soulever Belleville et dut se cacher tandis que le 3e conseil de guerre le condamnait à la peine de mort par contumace (11 mars). Il ne prit donc aucune part au 18 mars.

Le 25 mars 1871, Ranvier l’appela aux fonctions d’adjoint à la mairie du XXe arr., qui lui avaient été confiées à l’automne ; le lendemain, grâce à sa grande popularité, il fut élu à la Commune par le XIXe arrondissement (4 100 voix sur 11 282 votants) et le XXe (14 089 voix sur 16 792 votants) ; il choisit de représenter celui-ci. Il siégea à la Commission militaire et se consacra activement à la conduite des opérations. Il fut nommé à titre provisoire, le 29 mars, à la tête de la XXe légion, puis confirmé dans ces fonctions le 2 avril avec grade de général et sous les ordres de Bergeret. Brèves fonctions, puisqu’à la sortie du 3 avril, épuisé de fatigue, découragé, après avoir assuré la retraite et la dispersion de ses troupes refluant sur Paris, il fut pris par les Versaillais, sabré et fusillé sommairement auprès d’une auberge de Chatou, sur les rives de la Seine.

Le 7 avril, la famille de Flourens obtint de Thiers l’autorisation de transférer son corps au Père-Lachaise ; elle retrouva aussi ses armes, d’abord attribuées à un capitaine versaillais, et son acte de décès. Mais le souvenir de Flourens subsista bien ailleurs : dans le nom donné à l’un des corps francs les plus actifs de la Commune — les conseils de guerre taxèrent lourdement les « Vengeurs de Flourens » tombés entre leurs mains ; dans l’accueil fait à son œuvre Paris livré (cinq éditions en un mois, 1871 — reprise en 1872 et 1873), dans les pèlerinages organisés sur sa tombe, à la 66e division du Père-Lachaise, dès 1876 et toujours renouvelés, en particulier lors du vote de l’amnistie. Il donnait à la Commune, avec la caution de sa haute intelligence, l’allure d’un « vrai roman de chevalerie, vertigineuse épopée » (vu par Spartacus, dans les Hommes de la Commune, dossier PPo.). Et Lepelletier, moins dithyrambique, le dit (Histoire de la Commune, op. cit., t. III, p. 245) : « la figure la plus sympathique de l’époque ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24621, notice FLOURENS Gustave, Paul, version mise en ligne le 18 février 2009, dernière modification le 4 juin 2019.

ŒUVRE : Histoire de l’Homme, 1863. — Science de l’Homme, 1865. — Ce qui est possible, 1864, suivi d’Ottfrid (Bibl. Nat., R 36140). La première partie du livre traite d’aéronautique ; la deuxième, sorte de poème philosophique, s’achève sur la formule : « La vie, c’est le dévouement. » — Paris livré, 1871, (Bibl. Nat., Lb 57/1103). Paru le jour même de la mort de l’auteur, le livre aurait pu être le bréviaire des agitateurs de la fin de l’Empire, celui des grands révolutionnaires et des démocrates : « En révolution, il faut surtout de la patience. » « Agiter toujours. » Flourens a foi dans le peuple, qui a « l’intelligence infiniment plus juste et plus saine que tous ses chefs. »
Collaboration aux Journaux : La Rive gauche : appel à la jeunesse européenne, avec Rogeard, Luzarche, Longuet. — L’Espiègle, Bruxelles. — Le Courrier d’Orient. — L’Étoile d’Orient. — L’Indépendance hellénique. — Le Rappel, tribune militaire. Le 25 septembre 1869, par exemple, il affirme qu’armée et peuple ne font qu’un — d’où les révolutions. — La Marseillaise. — La Patrie en danger. — Le Combat : voir en particulier les articles des 2 et 11 décembre 1870.

SOURCES : Arch. PPo., B a/1081. — Les journaux susmentionnés et un article de La Commune (O. Delimal, 8 avril 1871). — Charles Prolès : Flourens. — Gazette des Tribunaux, 10 mars 1871.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 97. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 140.

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