DUMAY Jean-Baptiste

Né le 10 septembre 1841 au Creusot (Saône-et-Loire), mort le 27 avril 1926 à Paris ; ouvrier mécanicien ; militant de l’Internationale ; participant à la Commune du Creusot ; militant du POSR ; député socialiste.

Dessin paru dans Le Radical du 3 octobre 1889.

Fils posthume d’un maître mineur aux mines de charbon de la Société Schneider tué lors d’un coup de grisou. Enfant, il fréquenta un instituteur révoqué par le Second Empire et un ancien déporté de décembre 1851.

Élève des Écoles primaires de la Société Schneider, il entra à l’usine à treize ans et devint mécanicien-tourneur. Chassé à dix-neuf ans pour avoir entraîné les apprentis à revendiquer, il accomplit son tour de France ouvrier par Lyon, Marseille, Paris, Dijon, etc.

En 1860, il tira un mauvais numéro à la conscription et dut accomplir cinq ans et demi de service militaire dans l’armée du Second Empire, à Cherbourg, puis à l’arsenal de Rennes, à Lyon et à Saint-Étienne enfin.
Rentré aux usines Schneider en 1868, il devint l’animateur d’un Comité républicain qui fit de la propagande au Creusot contre Napoléon III et son ami Eugène Schneider. Il prépara les grandes grèves des métallurgistes et mineurs creusotins en janvier et mars 1870, mais, malade, dut laisser la direction de la lutte à Assivoir ce nom. Il fit à cette occasion la connaissance de Benoît Malon, envoyé spécial de la Marseillaise, qui devint son ami et exerça sur lui une profonde influence.
Il organisa ensuite la lutte républicaine au Creusot à la fin de l’Empire : création, le 18 mars 1870, avec l’aide d’Eugène Varlin, d’une section de la Première Internationale dont il fut secrétaire-correspondant, participation à la campagne contre le plébiscite du 8 mai 1870 (majorité de « non » au Creusot), manifestation de rue, le 8 août, contre la déclaration de guerre à la Prusse. Cette action lui valut d’être renvoyé définitivement de l’usine. Benoît Malon le signalait alors comme une « capacité ouvrière » (lettre à Combault, 12 avril 1870).

La chute de l’Empire entraîna l’exil de E. Schneider en Angleterre, et l’accession des républicains au pouvoir local. J.-B. Dumay anima le Comité de Défense nationale qui organisa la lutte contre les Prussiens suivant les instructions de Gambetta. Le nouveau préfet le nomma maire provisoire du Creusot, en septembre 1870. Il ravitailla les armées du centre qui vinrent se battre vers Dijon, couvrant le Creusot, — organisa la Garde nationale ouvrière, résista aux attaques des dirigeants de l’usine qui essayaient de le perdre dans l’esprit de Gambetta, dirigea le Comité républicain socialiste qui suscita une vie politique intense au Creusot : un Club fonctionna où Dumay se révéla excellent orateur. Candidat aux élections législatives du 8 février 1871, sur la liste des républicains gambettistes conduite par Garibaldi, il obtint 44.000 voix en Saône-et-Loire, mais sa liste fut battue.

Lorsque la Commune fut proclamée à Paris, Dumay prit parti pour elle contre Thiers et les Versaillais. Aidé par A. Leblanc, délégué de la Commune en province, il prépara minutieusement la proclamation de la Commune au Creusot, qui eut lieu le 26 mars 1871. Mais, dès le lendemain, le préfet réoccupa le Creusot avec la troupe. Dumay, prisonnier, parvint à s’échapper, se cacha au Creusot en attendant la fin de la lutte entre Versailles et Paris.
Élu conseiller le 30 avril avec trois de ses colistiers, il ne put siéger et fut destitué en 1873. Il rejoignit les révolutionnaires creusotins en exil à Genève où il arriva lui-même le 10 juillet 1871. La cour d’assises de Chalon-sur-Saône le condamna par contumace, le 9 septembre 1871, aux travaux forcés à perpétuité, après avoir acquitté en juin treize accusés qui s’étaient présentés.

Durant son exil en Suisse et jusqu’à l’amnistie en 1879, Dumay travailla aux ateliers de réparation de machines servant au percement du tunnel du Saint-Gothard (cf. M. Vuillaume, Mes cahiers rouges..., op. cit.). Il n’avait pas renoncé pour autant à l’action militante, et il adhéra à la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève constituée le 8 septembre 1871 sur l’initiative des proscrits français et hostile au conseil général de Londres. Il représenta cette section au Congrès de la Fédération jurassienne tenu au Locle le 19 mai 1872.

Rentré en France après l’amnistie, en 1879, Dumay reprit la tête du mouvement ouvrier au Creusot et en Saône-et-Loire jusqu’en septembre 1882 (cf. dossier des Arch. Nat.). Vaincu, il dut aller s’installer à Paris, il demeurait 67 rue de la Mare. En 1884, il fut candidat aux élections municipales dans le quartier de Belleville (Paris, XXe arr.) où il obtint 24 puis 27 %.
En octobre 1886, il assista comme délégué au congrès constitutif de la Fédération nationale des syndicats qui se tint à Lyon. Il y représentait les serruriers en bâtiment, orfèvres, forgerons, fondeurs en cuivre et tourneurs en optique de Paris. Il milita à la Fédération des travailleurs socialistes dirigée par P. Brousse, puis, après la scission de 1890, au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire dirigé par J. Allemane.
Il fut élu conseiller municipal en 1887 avec 35,92 % dès le 1er tour, puis député de Belleville en octobre 1889. Interpellant le gouvernement, le 4 mai 1891, et spécialement le ministre de l’Intérieur Constans, sur la fusillade de Fourmies, il termina par cette apostrophe : « Je dis à ceux qui ont sinon ordonné, du moins préparé ces infamies, en couvrant à l’avance leurs subordonnés, qu’ils ne peuvent se soustraire à leurs responsabilités. Vous nous direz tout à l’heure, monsieur le ministre de l’Intérieur [...] quelle est la part de responsabilité qui vous incombe. Mais que vous en ayez peu ou que vous en ayez beaucoup, qu’il se trouve même dans cette assemblée une majorité pour vous absoudre, je suis bien certain que dans le monde ouvrier on ne vous accordera pas le bénéfice des circonstances atténuantes et que vous porterez toute votre vie le stigmate de Fourmies comme l’Empire portera le stigmate de la Ricamarie » (Journal officiel, mai 1891). L’ordre du jour de confiance au gouvernement fut voté par 356 voix contre 33.

En 1892, Dumay se rendit en Algérie en compagnie d’Allemane pour réorganiser et organiser des groupes. Pour des raisons mal connues, il abandonna son siège de député en 1893 pour aller se présenter à Saint-Étienne où il échoua. Représentant de commerce après cette défaite, il fut nommé en 1896 régisseur de la Bourse du Travail de Paris et le demeura jusqu’en 1905, année de sa retraite. En 1906, il fut quelque temps secrétaire de la Chambre consultative des associations ouvrières de production (cf. J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, op. cit., t. II, p. 558).

Il habita finalement Chelles (Seine-et-Marne). En 1914, les Allemands approchant de la ville, Dumay fut nommé maire provisoire et organisa la résistance. En 1924, il appartenait à la section SFIO de la ville et fut candidat aux élections sénatoriales de mars 1924 dans le département.
Il fut incinéré au cimetière du Père-Lachaise. Il était marié, père de famille. Une rue du XXe arr. porte son nom.

Voici la liste des membres de la section de l’Internationale du Creusot en 1870, telle qu’elle résulte de nos recherches : Jean Alemanus, Joseph Alemanus (père du précédent), Bontemps (deux frères), Boudot, Defaille, Jean-Baptiste Dumay (secrétaire-correspondant), Durand, Louis Gaffiot, Jean-Claude Lauprêtre, Antoine Lecoq, Victor Lemoine, Jean Nigault, Parizet, Pelletier, Louis Pillet, Poignot, Revillot, J.-D. Supplissy, Testard, J.-M. Vernaud.
Furent cités à comparaître le 28 juin 1871 devant la cour d’assises de Saône-et-Loire les vingt-deux accusés suivants (neuf furent jugés par contumace ; leurs noms sont indiqués en italique) : Alemanus Jean, femme Barbet, Jean Boguel, Marcel Bontemps , Christophe Brunner, Jean-Baptiste Dumay, Auguste-Albert Eyraud, Louis-Philippe Gaffiot, Jean-Marie Gueugnon, Jean-Claude Lauprêtre, Louis Lavoilotte, Albert Leblanc, Antoine Lecocq, Victor Lemoine, Claude Maître, Jean Nigault , Claude Pierre dit Badet, Louis Pillet, Jean Poisot, Joseph Protot, François-Joseph Rémery, Alexandre Troncy (d’après Gazette des Tribunaux, 30 juin-1er juillet 1871. Le compte-rendu du procès est incomplet). Les treize présents furent acquittés.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24612, notice DUMAY Jean-Baptiste, version mise en ligne le 18 février 2009, dernière modification le 5 mai 2019.
Dessin paru dans Le Radical du 3 octobre 1889.

ŒUVRES : Le Creusot, fief capitaliste (Rapport au Congrès ouvrier régional de Saint-Étienne en 1881). Paris, Association ouvrière, 1882, 36 pages, 2e édition, Paris, Bibliothèque de la Revue socialiste, 1885 ; 3e édition, Dijon, 1891. — Mémoires (publiés en 1976, voir les sources). — Articles dans les journaux socialistes, dans La Tenaille, journal de la Fédération ouvrière de Saône-et-Loire, 1880-1882 (n’existe pas à la Bibliothèque Nationale), dans Le Cri du Peuple (1886 et sq.), dans Le Peuple de Lyon (éditoriaux), 1895 et sq.)

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., F 7/12526, 12527 et C 2883. — Arch. PPo., B a/432 et 439 (Testut). — Le Travail de Seine-et-Marne, 1er mars 1924 et 1er mai 1926. — « Un militant socialiste du XIXe siècle : Jean-Baptiste Dumay (1841-1926) » par P. Ponsot, La Revue socialiste, n° 188, décembre 1965. — A. Habaru : Le Creusot, terre féodale, Paris-Bruxelles, 1954, in-8°, 239 p. — F. L’Huillier, La Lutte ouvrière à la fin du Second Empire, Paris, 1957. — P. Ponsot, Le Mouvement ouvrier et la vie ouvrière au Creusot, 1848-1871, Diplôme d’Études supérieures, 1956. — P. Ponsot, Les grèves de 1870 et la Commune de 1871 au Creusot, Éditions sociales, in-8°, 88 p. 1958. — J.-B. Dumay, Mémoires d’un militant ouvrier du Creusot (1841-1905), Introduction et notes par Pierre Ponsot, Paris, Maspero et al., 1976. — André Jeannet, « La Commune au Creusot. Ses origines, son procès », La Physiophile, n° 119, décembre 1993, pp. 54-80. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979.

ICONOGRAPHIE : Portrait dans le numéro du 18 août 1923 de l’hebdomadaire de Seine-et-Marne, Le Travail.

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