DMITRIEFF Élisabeth (TOMANOVSKAÏA dite)

Née en 1851 dans une famille noble de la province de Pskov (Russie) ; devenue socialiste, contracta un mariage blanc avec le colonel Toumanovski afin de pouvoir se rendre à l’étranger ; en Suisse, se lia avec d’autres émigrés et contribua à organiser à Genève une section russe de la 1re Internationale ; en France, prit part à la Commune de Paris.

Élisabeth Dmitrieff, née de l’union irrégulière d’un ancien officier de hussards et d’une jeune infirmière, reçut une bonne éducation et apprit à parler couramment plusieurs langues. Elle habitait Saint-Petersbourg, participait aux discussions passionnées qui étaient fréquentes dans la jeunesse intellectuelle russe de l’époque, et rêvait d’émancipation pour elle-même et pour les autres.
Son mariage blanc avec le colonel Toumanovski lui permit de partir pour l’étranger : la Suisse d’abord, où elle milita dès 1868, puis Londres à la fin de l’année 1870. Elle y fréquenta la famille de Karl Marx et Marx lui-même qui l’envoya à Paris, en mars 1871, en mission d’information. Un rapport de police la décrit alors ainsi : « mesurant 1,66 m ; cheveux et sourcils châtains ; front légèrement découvert ; yeux gris bleu ; nez bien fait ; bouche moyenne ; menton rond ; visage plein, teint légèrement pâle ; démarche vive ; habituellement vêtue de noir et toujours d’une mise élégante. » Et il est de tradition de représenter durant la Commune cette jeune fille de vingt ans, « grande, les cheveux d’or, admirablement belle », vêtue d’une robe rouge ou de velours noir, la ceinture crénelée de revolvers.

Elle cofonda pendant cette période l’Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés — voir N. Le Mel — Union constituée en avril et dont les membres s’étaient mises à la disposition de la Commune, prêtes « à combattre et vaincre ou mourir » (cf. J.O. Commune, 14 avril, et Delvainquier Aimée). Elle appartint à sa commission exécutive. Au nom de l’Union, Élisabeth Dmitrieff élabora un rapport d’inspiration socialiste sur une organisation du travail à base d’associations de production fédérées ; ce rapport fut envoyé à la commission du Travail et de l’Échange de la Commune que dirigeait Frankel. L’Union des Femmes était très active et sa commission exécutive convoquait encore pour le 18 mai (cf. J.O. Commune) une assemblée de femmes afin de constituer des chambres syndicales dont les déléguées élues formeraient à leur tour la Chambre fédérale des travailleuses. Mais, à cette date, il n’était plus question de vues d’avenir, même à court terme, mais de la lutte immédiate et sans merci contre Versailles. Élisabeth Dmitrieff y prit part et participa aux derniers combats de rue ; le 25 mai, elle soigna Frankel blessé sur la barricade du faubourg Saint-Antoine.

Le 6e conseil de guerre la condamna par contumace, le 26 octobre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée ; elle fut graciée le 8 avril 1879 sous condition d’un arrêté d’expulsion.
Elle avait trouvé refuge en Suisse en juin. En octobre 1871, elle réussit à rentrer en Russie. Elle épousa un condamné à la déportation qu’elle suivit en Sibérie, où elle mourut à une date indéterminée, entre 1910 et 1918.

Dans les procès-verbaux du Conseil général de l’AIT, elle est désignée par l’expression « Russian lady ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24609, notice DMITRIEFF Élisabeth (TOMANOVSKAÏA dite), version mise en ligne le 18 février 2009, dernière modification le 13 avril 2019.

SOURCES : Arch. Min. Guerre, 8J/230 et Ly 23. — Arch. PPo., B a/465 et listes de contumaces. — Liassagaray, Histoire de la Commune, op. cit. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit. — Archives Bakounine, vol. I, 2e partie, pp. 481-482, n. 339. — Les travaux qui lui ont été consacrés entre 1940 et 1961 sont mentionnés par J. Rougerie et G. Haupt dans Le Mouvement social, n° 38, janvier-mars 1962. — Nous n’avons pas trouvé aux Arch. Nat. le dossier BB 24/856, n° 2832 signalé par E. Thomas, Les « Pétroleuses », op. cit., p. 233, n. 2. — Minutes..., op. cit., t. IV. — Yvonne Singer-Lecocq, Rouge Elisabeth, Paris, Stock, 1977. — Sylvie Braibant, Elisabeth Dmitrieff. Aristocrate et pétroleuse, Paris, Belfond, 1992. — Note de J. Chuzeville.

ICONOGRAPHIE : Bruhat, Dautry, Tersen, op. cit., p. 175.

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