FUGÈRE Marie-Gabriel. Pseudonyme dans la clandestinité : SAUVAGET

Par Maurice Moissonnier

Né le 31 décembre 1900 à Toulon-sur-Arroux (Saône-et-Loire) ; mort le 27 septembre 1963 à Lyon Ier arr. (Rhône) ; chef monteur électromécanicien à l’usine CEM (Compagnie électromécanique) de Villeurbanne (Rhône) ; syndicaliste CGT et militant socialiste SFIO du Rhône et de la Loire, secrétaire fédéral du Parti socialiste ouvrier et paysan Rhône-Loire en 1938, après le départ de la gauche révolutionnaire de la SFIO ; organisateur du mouvement de résistance « L’Insurgé », déporté.

Membre de la fédération socialiste du Rhône, Marie-Gabriel Fugère, d’abord secrétaire du groupe socialiste d’entreprise des usines de la place de la Buire à Lyon, se vit confier la direction de l’ensemble des groupes d’entreprises de la métallurgie lyonnaise (1500 adhérents). Il militait en outre à la CGT.

Au sein de la SFIO, il rallia le courant de la Gauche révolutionnaire animé par Marceau Pivert, avec qui il conserva des contacts, même après son départ pour Mexico. Après la dissolution de la fédération socialiste de la Seine, le congrès de Royan (juin 1938) et la Conférence de Munich, il organisa, dans le Rhône et la Loire, le petit PSOP dont il devint le secrétaire fédéral.

Au lendemain de l’effondrement de la IIIe République et peu de temps après l’entrevue de Montoire, il entreprit de constituer avec un groupe d’amis politiques un mouvement de résistance qu’il nomma, par référence à Jules Vallès, « L’Insurgé », appuyé par un journal clandestin éponyme. Il choisit alors le pseudonyme de Sauvaget.

Marie-Gabriel Fugère bénéficia dans sa tâche de l’aide de Maurice Zévaro*, un étudiant en droit, ex-responsable des Jeunesses du PSOP, théoricien marxiste, mais aussi de l’avocat Pierre Stibbe*, de Suzanne Nicolitch-Allamercery*, de Gaspard Foray*, de Louis Seurre*, de F. Barboyon, de Poncet, de Mascaras Guillot, de Mme Cottin* et de Marin*.

La première action du groupe consista dans la diffusion d’une lettre au président Roosevelt remise à l’ambassade des États-Unis le 31 janvier 1941 et connue sous le nom de Lettre des Francs-maçons lyonnais à Roosevelt (le groupe avait utilisé pour cette action une couverture maçonnique).

Le numéro 1 de L’Insurgé parut en mars 1942 et le mouvement se dota d’un comité central qui réunissait deux anciens militants du PSOP et deux militants socialistes. Des groupes furent mis en place dans les quartiers de la Croix-Rousse, de Vaise, de Lyon centre et de la rive gauche du Rhône et dans certains établissements : furent organisées : la Compagnie électromécanique, Zénith, Rochet-Schneider, les usines Lumière, l’hôpital de Grange-Blanche.

« Nous avons conçu la Résistance essentiellement dans un but d’évolution du monde ouvrier et pour la construction d’une Europe socialiste », dira Marie-Gabriel Fugère à propos de l’action de L’Insurgé. Le n° 1 du journal, tiré chez l’imprimeur Martinet, alias Dupont, 5 rue Migart à Villeurbanne, fut diffusé à l’intérieur de la Bourse du Travail de Lyon ; le n° 7 portait la mention « organe socialiste de libération prolétarienne » (septembre 1942). En novembre 1942, le n° 10 inaugura une rubrique « CGT journal, pour la liberté française et européenne, pour la reconstruction du syndicalisme mondial » qui devint, en mai 1943 avec le n° 15, « Le Peuple syndicaliste (fondé par des syndiqués militants de la CGT). »

Le numéro 1 (mars 1942) était d’une facture essentiellement lyonnaise et il portait en exergue « Liberté, égalité, mort aux tyrans », mais surtout la devise des Canuts « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » ; il s’intitulait alors, organe de libération ouvrière et paysanne mais rappelait avec force les insurrections lyonnaises de 1831, 1834 et 1871.

Cependant, le groupe initiateur ne tarda pas à s’étoffer et à rayonner. Des noyaux furent implantés à Trévoux (Ain) avec le père de Suzanne Nicolitch-Allamercery, à Bourg et Miribel (Ain) avec Alain Mercier, l’instituteur Julien Godard, et un Italien Joseph Bogoni, à Saint-Étienne (Loire) avec Roger Arnaud du syndicat CGT des municipaux, J. Duperray* et R. Garaud*. Au congrès des relations personnelles, des contacts furent noués dans l’Hérault (Valière, secrétaire du syndicat des instituteurs), à Montpellier (le professeur Louis Trégaro), à Clermont-Ferrand (Gilles Martinet), en Avignon, à Grenoble et Annecy. L’Insurgé put en outre s’appuyer sur un groupe de passeurs espagnols dirigé par Rovida, ancien commandant de brigade du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), domicilié à Lyon : ainsi le n° 10 du journal (novembre 1942) figura-t-il – par les soins de Marceau Pivert*, correspondant international de l’Insurgé – à la foire du Livre de Mexico.

Des négociations en vue d’une fusion avec d’autres mouvements furent d’autre part engagées – sans résultat – avec André Philip*, au 142 rue de Créqui, le 18 mars 1942, jour de la manifestation contre le concert de la Philharmonique de Berlin à l’Opéra de Lyon ; avec Raymond Aubrac qui traita de « communistes de 1930 » ses interlocuteurs ; avec un représentant de « Combat ». Par contre, en mars 1944, des contacts avec le mouvement Libérer-Fédérer de Toulouse (Jean Cassou et Pierre Bertaux) aboutirent, donnant naissance au Mouvement révolutionnaire socialiste. En avril-mai 1944 parut un journal clandestin commun : « L’Insurgé-Libérer-Fédérer » à Lyon (n° 24 de l’Insurgé) et Libérer-Fédérer-L’Insurgé à Toulouse (n° 15-16 de Libérer-Fédérer).

Mais, à ce moment, Marie-Gabriel Fugère ne présidait plus aux destinées de L’Insurgé. Le mouvement avait été éprouvé par une répression efficace à partir de juillet-août 1943.

Marie-Gabriel Fugère fut arrêté le 10 septembre 1943. Francis Barboyon (alias Lacroix), militant SFIO, aide à la pharmacie de l’hôpital de Grange-Blanche, syndiqué CGT et ancien membre du groupe socialiste d’entreprise de l’hôpital, secondé par Poncet – alias Jean Paul* –, assura jusqu’à la Libération la parution de L’Insurgé (25 numéros au total). Un petit congrès clandestin du mouvement se tint à Villeurbanne en octobre 1943 pour réorganiser la direction et repenser les orientations.

Après son arrestation à Montpellier le 10 septembre 1943, Marie-Gabriel Fugère fut déporté à Buchenwald où il survivra à seize mois de tourments. À son retour, il fonda les « amis de L’Insurgé », organisation qui fusionna avec les « anciens du réseau Buckmester » dans « l’Union fraternelle de la Résistance ».

Officier de la Légion d’honneur, Marie-Gabriel Fugère fut, jusqu’à sa mort, membre de la commission d’histoire de la guerre 1939-1945 du département du Rhône.

« Traduction en italien
 
FUGÈRE Marie-Gabriel. Pseudonimo nella clandestinità : SAUVAGET
 
Maurice Moissonnier
 
Nato il 31 dicembre 1900 a Toulon-sur-Arroux (Saône-et-Loire) ; morto il 27 settembre 1963 a Lione nel primo arrondisement (Rhône) ; capo montatore elettromeccanico allo stabilimento CEM (Compagnie électromécanique) di Villeurbanne (Rhône) ; sindacalista CGT e militante socialista SFIO del Rodano e della Loira, segretario federale del Parti socialiste ouvrier et paysan (Partito socialista operaio e contadino) Rodano-Loira nel 1938, dopo l’uscita della Gauche révolutionnaire (Sinistra rivoluzionaria) dalla SFIO ; organizzatore del movimento di resistenza “L’Insurgé”, deportato.
 
Membro della federazione socialista del Rodano, Marie-Gabriel Fugère, dapprima segretario del gruppo socialista d’impresa degli stabilimenti di place de la Buire a Lione, si vede affidare la direzione dell’insieme dei gruppi d’impresa della metallurgia lionese (1500 aderenti). Milita inoltre alla CGT.
All’interno della SFIO, si unì alla corrente Gauche révolutionnaire animato da Marceau Pivert*, con cui conservò dei contatti, anche dopo la sua partenza per il Messico. Dopo lo scioglimento della federazione socialista della Senna, il congresso di Royan (giugno 1938) e la Conferenza di Monaco, organizzò, nei circondari del Rodano e della Loira, il piccolo PSOP di cui divenne segretario federale.
All’indomani del crollo della III Repubblica e poco dopo gli incontri di Montoire, cominciò a costruire con un gruppo di amici politici un movimento di resistenza che chiamò, in riferimento a Jules Vallès, « L’Insurgé » (L’insorto), appoggiato da un giornale clandestino omonimo. Scelse allora lo pseudonimo di Sauvaget.
Marie-Gabriel Fugère beneficiò nel suo compito dell’aiuto di Maurice Zévaro*, uno studente di diritto, ex responsabile della Gioventù del PSOP, teorico marxista, ma anche dell’avvocato Pierre Stibbe*, di Suzanne Nicolitch-Allamercery*, di Gaspard Foray*, di Louis Seurre*, di F. Barboyon, di Poncet, di Mascaras Guillot, di Mme Cottin* e di Marin*.
La prima azione del gruppo consistette nella diffusione di una lettera al presidente Roosevelt consegnata all’ambasciata degli Stati Uniti il 31 gennaio 1941 e nota con il nome di Lettera dei Massoni lionesi a Roosevelt (il gruppo aveva utilizzato per questa azione una copertura massonica).
Il numero 1 di “L’Insurgé” uscì nel marzo 1942 e il movimento si dotò di un comitato centrale che riuniva due vecchi militanti del PSOP e due militanti socialisti. Dei gruppi furono creati nei quartieri della Croix-Rousse, di Vaise, di Lione centro e della riva sinistra del Rodano e in alcuni stabilimenti : furono organizzati la Compagnia elettromeccanica, Zénith, Rochet-Schneider, gli stabilimenti Lumière, l’ospedale di Grange-Blanche.
“Abbiamo concepito la Resistenza essenzialmente allo scopo di far evolvere il mondo operaio e per la costruzione di un’Europa socialista”, dirà Marie-Gabriel Fugère a proposito dell’azione di “L’Insurgé”. Il n° 1 del giornale, stampato presso il tipografo Martinet, alias Dupont, 5 rue Migart a Villeurbanne, fu diffuso all’interno della Borsa del Lavoro (Bourse du Travail) di Lione ; il n° 7 recava la menzione “Organo socialista di liberazione proletaria (organe socialiste de libération prolétarienne), nel settembre 1942. Nel novembre 1942, il n° 10 inaugurò una rubrica “CGT giornale per la libertà francese ed europea, per la ricostruzione del sindacalismo mondiale” che divenne, nel maggio 1943 con il n° 15, “Il Popolo sindacalista (fondato da associati militanti della CGT”.
Il numero 1 (marzo 1942) era di una fattura essenzialmente lionese e recava in epigrafe “Libertà, eguaglianza, morte ai tiranni”, ma soprattutto il motto dei Canut “Vivere lavorando o morire combattendo” ; si intitolava allora, Organo di liberazione operaia e contadina ma ricordava con forza le insurrezioni lionesi del 1831, 1834 e 1871.
Tuttavia, il gruppo iniziatore non tardò a rafforzarsi e a diffondersi. Dei nuclei furono impiantati a Trévoux (Ain) con il padre di Suzanne Nicolitch-Allamercery, a Bourg e Miribel (Ain) con Alain Mercier, l’istitutore Julien Godard, e un Italiano Joseph Bogoni, a Saint-Étienne (Loira) con Roger Arnaud del sindacato CGT dei municipali, J. Duperray* e R. Garaud*. Al congresso delle relazioni personali, dei contatti furono allacciati nell’Hérault (Valière, segretario del sindacato degli istitutori), a Montpellier (il professore Louis Trégaro), a Clermont-Ferrand (Gilles Martinet), ad Avignone, a Grenoble e Annecy. L’Insurgé poté inoltre appoggiarsi su un gruppo di passatori spagnoli diretti da Rovida, vecchio comandante di brigata del Parti ouvrier d’unification marxiste (Partito di unificazione marxista - POUM), residente a Lione : così il n° 10 del giornale (novembre 1942) comparve – curato da Marceau Pivert*, corrispondente internazionale di “l’Insurgé” – alla fiera del Libro di Città del Messico.
Vennero iniziate delle negoziazioni in vista di una fusione con altri movimenti – senza alcun risultato – insieme a André Philip*, al 142 rue de Créqui, il 18 marzo 1942, giorno della manifestazione contro la Filarmonica di Berlino all’Opéra di Lione ; con Raymond Aubrac che trattò da “comunisti del 1930” i suoi interlocutori ; con un rappresentante di “Combat”. Per contro, nel marzo 1944, dei contatti con il movimento Libérer-Fédérer (Liberare-Federare) di Tolosa (Jean Cassou e Pierre Bertaux) ebbero esito positivo, facendo sorgere il Mouvement révolutionnaire socialiste (Movimento rivoluzionario socialista). Nell’aprile-maggio 1944 uscì un giornale clandestino comune : “L’Insurgé-Libérer-Fédérer” a Lione (n° 24 di “L’Insurgé) e “Libérer-Fédérer-L’Insurgé” a Tolosa (n° 15-16 di “Libérer-Fédérer”).
Ma, in quel momento, Marie-Gabriel Fugère non presiedeva più la sorte di L’Insurgé. Il movimento era stato messo alla prova da una repressione efficace a partire dei mesi di luglio-agosto 1943.
Marie-Gabriel Fugère fu arrestato il 10 settembre 1943. Francis Barboyon (alias Lacroix), militante SFIO, commesso alla farmacia dell’ospedale di Grange-Blanche, del sindacato CGT e vecchio membro del gruppo socialista d’impresa dell’ospedale, aiutato da Poncet – alias Jean Paul* –, assicurò sino alla Liberazione l’uscita di “L’Insurgé” (25 numeri in tutto). Un piccolo congresso clandestino del movimento si tenne a Villeurbanne nel mese di ottobre 1943 per riorganizzare la direzione e ripensare gli orientamenti.
Dopo il suo arresto a Montpellier il 10 settembre 1943, Marie-Gabriel Fugère venne deportato a Buchenwald dove sopravviverà sedici mesi di sofferenze. Al suo ritorno, fondò gli “amis de L’Insurgé” (amici di L’Insurgé), organizzazione che si fuse con gli “anciens du réseau Buckmester” (anziani della rete Buckmester) nella “Union fraternelle de la Résistance” (Unione fraterna della Resistenza).
Ufficiale della Legion d’onore, Marie-Gabriel Fugère fu, sino alla sua morte, membro della commissione di storia della guerra 1939-1945 del dipartimento del Rodano.
 
FONTE : Mémorial de l’Insurgé, Imprimerie Nouvelle lyonnaise (1968). A spese dell’autore. Presentazione di F. Rude.
 
Traduction Massimo Cardellini »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24560, notice FUGÈRE Marie-Gabriel. Pseudonyme dans la clandestinité : SAUVAGET par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 15 février 2009, dernière modification le 19 avril 2018.

Par Maurice Moissonnier

SOURCE : Mémorial de l’Insurgé, Imprimerie Nouvelle lyonnaise (1968). À compte d’auteur. Présentation de F. Rude.

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