FREUND Julien

Par Léon Strauss

Né le 9 janvier 1921 à Henridorff (Moselle), mort le 10 septembre 1993 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; professeur de philosophie, puis universitaire (philosophe du politique et sociologue) ; résistant à Libération, puis à Combat dans le Puy-de-Dôme en 1941-1942, interné et emprisonné, évadé, maquisard FTP dans la Drôme, membre du Comité départemental de Libération de la Moselle en 1945 ; secrétaire départemental de l’UDSR de la Moselle (1945- juin 1946) ; secrétaire académique du SNES dans l’académie de Strasbourg dans les années 1950 ; idéologue proche de la droite extrême dans les années 1970 et 1980.

Fils d’Émile Freund, cheminot, qui votait socialiste, et de Marie Anne Mathis, d’origine paysanne, Julien Freund fit ses études secondaires à Metz et au collège de Sarrebourg (Moselle). En 1938, il entra en Première supérieure au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg, mais, aîné de six enfants, il dut arrêter sa scolarité à la mort de son père en décembre 1938 pour prendre un poste d’instituteur à Hommarting (Moselle).

En juillet 1940, l’armée allemande le prit en otage dans son village natal durant trois semaines à la suite d’un attentat commis par des enfants, puis il fut détenu quelques heures par la Gestapo de Sarrebourg le 11 novembre 1940. La nuit suivante, il réussit à s’évader de Lorraine annexée en se mêlant à un train d’expulsés pour gagner l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Il y obtint les cinq certificats de la licence de philosophie tout en adhérant dès janvier 1941 au mouvement « Libération » dirigé par son maître Cavaillès*. L’activité du groupe se borna à des graffitis et au collage de papillons. Elle cessa au départ de Cavaillès pour Paris en mars 1941.

Julien Freund passa les grandes vacances de 1941, comme beaucoup d’étudiants séparés de leur famille, au chantier de fouilles archéologiques de Gergovie mis en place avec l’aide du général de Lattre de Tassigny. En mars 1942, avec un groupe de « Gergoviotes », il passa aux groupes francs de « Combat » pour lesquels il assura des liaisons avec Lyon et participa à divers bris de vitrines à Clermont, notamment contre le bureau de recrutement de la LVF. Arrêté une première fois le 27 juin 1942, il fut libéré le 17 juillet. La police française l’arrêta une seconde fois le 15 septembre 1942 à la suite de l’attentat contre la maison du docteur Grasset, secrétaire d’État à la Santé du gouvernement Laval. Emprisonné à Clermont, puis à Lyon, il fut condamné lors du premier procès de Combat devant le tribunal correctionnel de Lyon le 30 octobre 1942. Il comparut à nouveau lors du second procès de Combat devant le Tribunal d’État de Lyon en mars 1943, mais fut acquitté paradoxalement grâce au réquisitoire du commissaire du gouvernement, le colonel Marx, qui fit l’éloge de son patriotisme et de son idéalisme. Il fut quand même interné au camp de Saint-Paul d’Eyjaux, puis incarcéré à la maison centrale d’Eysses, et au camp de Carrère. À la suite d’une évasion manquée, il fut transféré à la forteresse de Sisteron (Basses-Alpes), dont il réussit à s’évader le 8 juin 1944. Incorporé le 13 juin dans le corps-franc du 1er régiment FTP de la Drôme avec le grade de sergent-chef, il participa aux combats de Séderon (8 août) et de Nyons (22 août)) contre la division SS Oberland. Indigné par certaines atrocités commises par des maquisards communistes, notamment l’exécution d’une institutrice innocente précédée d’un viol collectif, il se fit démobiliser le 17 septembre. Il aurait été rédacteur en chef du journal Le MUR d’Auvergne.

Revenu en Moselle en 1945, il fut nommé membre du Comité départemental de Libération de la Moselle. Journaliste pendant quelques mois, il fut directeur de L’Avenir lorrain à Metz et secrétaire départemental du MLN, puis de l’UDSR, qui réussirent en octobre 1945 à faire élire en Moselle deux députés à la première Assemblée constituante, Jacques Baumel et Alfred Krieger, au titre d’une liste d’Union gaulliste d’action républicaine (UGDAR). Il démissionna en juin 1946 pour entrer dans l’enseignement secondaire. En octobre 1946, il fut nommé professeur de philosophie au collège de Sarrebourg. Reçu à l’agrégation en 1949, il fut muté au lycée de Metz, puis en 1953 au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg, où il exerça d’abord en Lettres supérieures, puis en Première supérieure. Freund fut secrétaire de la section académique du SNES de Strasbourg de 1952 à 1954 et figura en 1952 sur la liste A (autonomes) aux élections à la commission administrative nationale.

En 1960, il entra au CNRS comme chargé de recherches, en sociologie. Maître de recherches en 1964, il soutint en 1965 à Paris sa thèse de doctorat d’État préparée sous la direction de Jean Hyppolite* (qui refusa en 1958 de continuer à diriger une thèse dans laquelle on déclarait « Il n’y a de politique que là où il y a un ennemi »), puis de Raymond Aron, L’essence du politique. Curieux paradoxe, cet ancien résistant s’y montra très influencé par le philosophe du droit rallié au nazisme Carl Schmitt, dont il allait devenir l’ami. Julien Freund y analysait les catégories fondamentales du politique, insistant sur la triple relation entre obéissance et commandement, présupposé du politique en général, ami et ennemi qui commande la politique extérieure, public et privé qui commande plutôt la politique intérieure. Successivement chargé d’enseignement (1965), maître de conférences (1966), puis professeur de sociologie (1968) à l’université de Strasbourg, il fut le premier directeur de la faculté des sciences sociales de l’université des Sciences humaines (Strasbourg II) et le fondateur de l’Institut de Polémologie en 1970. En juillet 1979, il fut élu président de l’Institut international de philosophie politique. Le 1er octobre 1979, son hostilité aux évolutions de l’enseignement supérieur l’amena à prendre une retraite anticipée à cinquante-neuf ans. Il se retira à Villé (Bas-Rhin), patrie de son épouse Marie-France Kuder, fille d’un peintre alsacien renommé. Durant les années 1980, il s’éloigna de plus en plus des engagements démocratiques de sa jeunesse. Il figura au comité scientifique de Nouvelle École, organe du GRECE (Groupe d’études sur la civilisation européenne), il collabora à la revue d’extrême droite, Nationalisme et République, ainsi qu’aux publications du Thule Seminar de Pierre Krebs. Au retour d’un voyage au Chili, il exprima à l’auteur de ces lignes son enthousiasme pour le régime de Pinochet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24541, notice FREUND Julien par Léon Strauss, version mise en ligne le 14 février 2009, dernière modification le 5 juin 2009.

Par Léon Strauss

ŒUVRE : Voir la liste de ses principales œuvres philosophiques, sociologiques et politiques dans l’article de Wikipedia : Julien Freund., dans celui de Metapedia, et une liste plus brève établie par Marie-Noëlle Denis, dans Saisons d’Alsace, n° 122, hiver 1993/1994. — « Les débuts de la Résistance des étudiants de l’université de Strasbourg à Clermont-Ferrand », Courrier des Marches, Colmar, 1967, n° 78-79, p. 31-36. — « Chapelets de souvenirs », Bulletin de la Faculté des lettres de Strasbourg, 1968, p. 9-20.

SOURCES : Arch. Dép. Bas-Rhin, 1913 W 22 (dossier professionnel). — Marie Granet, Henri Michel, Combat. Histoire d’un mouvement de résistance de juillet 1940 à juillet 1943, Paris, 1957, p. 157 n.1, p. 269 n.1. — Julien Freund 1921-1993, hommage collectif, Saisons d’Alsace, n° 122, hiver 1993/1994 (Le cahier des Saisons, p. 12-21. — Julien Freund, Christian Dirwimmer, Julien Freund, étudiant et résistant, Annuaire de la Société d’Histoire du Val de Villé, 1995, n° 20. — E. Martres, L’Auvergne dans la tourmente 1939-1945, Clermont-Ferrand, 1998. — Léon Strauss, « Des Alsaciens dans la Résistance intérieure (Hors d’Alsace) » in Alfred Wahl (dir.), Les Résistances des Alsaciens-Mosellans durant la Seconde Guerre Mondiale, Metz, 2006, p. 145-163 (ici, p. 151). — Pierre-André Taguieff, Julien Freund, au cœur de la politique, Paris, 2007. — Notes de Jacques Ungerer.

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