ESCOFFIER Félix

Par François Roux

Né le 25 septembre 1890 à Grillon (Vaucluse), mort le 9 mars 1971 à Mézin (Lot-et-Garonne) ; instituteur syndicaliste ; secrétaire général de l’Union des syndicats ouvriers du Vaucluse du début 1934 à décembre 1936, puis en 1940, jusqu’à la dissolution des syndicats (9 novembre 1940).

Félix Escoffier était le plus jeune des quatre garçons de Jean Napoléon Escoffier et de Marie Benoît, petits paysans du canton de Valréas (Vaucluse). Il était atteint de claudication congénitale et il ne dut qu’à sa ténacité et aux sacrifices de ses parents de poursuivre des études qui le conduisirent à l’École normale d’où il sortit en 1910. Il commença sa carrière d’instituteur à Sainte-Cécile-les-Vignes et la poursuivit à Orange (1911-1919), Sérignan où il contribua à l’érection de la statue de l’entomologiste Fabre, Sarrians (1928-1931) enfin Avignon jusqu’en 1941.

Réformé à cause de son infirmité, il épousa le 8 décembre 1917 une de ses collègues, institutrice à Orange. Membre du bureau de l’Amicale des instituteurs vauclusiens dès 1912, il avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1914. Ami d’Alexandre Blanc, partageant sans doute les idées zimmerwaldiennes, il était signalé par un rapport de police du 28 mai 1920 comme « susceptible, passionné […] d’esprit avancé, mais non révolutionnaire » mais en même temps comme subissant « l’influence modératrice de Boudon » (secrétaire du syndicat des instituteurs récemment créé, dont il était, lui, secrétaire adjoint). Et le rapport concluait : « le sens de son développement politique n’est peut-être pas, à l’heure actuelle, irrémédiablement fixé »… Il suivit la majorité de sa Fédération dans l’adhésion à la IIIe Internationale et il resta membre du Parti communiste jusqu’en 1927.

Il fut, au début, un militant actif, si l’on en croit les rapports de police : en août 1921, le sous-préfet d’Orange notait qu’à Sérignan, le Parti communiste avait dix adhérents, sur les 90 anciens membres de la SFIO et que leur président était l’instituteur Escoffier qui avait patronné les conférences du propagandiste Trouillas… Dirigeant l’Union sportive locale, il était accusé de faire de la propagande parmi les jeunes.
Un nouveau rapport, le 8 août 1922, signalait « qu’il avait assisté le candidat communiste lors des dernières cantonales, qu’il avait pris la parole pour développer le programme du Parti […] qu’il ne participait à aucune fête nationale [mais que], bien que fervent communiste, il semblait vouloir se tenir dans la coulisse et ne se montrer qu’à l’occasion ».

Assurément soucieux de justice sociale et pacifiste convaincu, dans ce Vaucluse du nord où le corps enseignant primaire donnait à la Fédération communiste quelques-uns de ses plus actifs chefs de file, il ne pouvait pas ne pas subir l’influence de son collègue Denante, qui, de Courthézon, à quelques kilomètres d’Orange et de Sérignan, déployait une intense activité de propagande politique et antimilitariste. Mais, après 1922, son nom n’apparaît plus dans les réunions ou les grandes manifestations publiques du Parti, bien qu’il restât porté sur la liste des communistes du département, en 1925, et encore, en 1930. En fait, il quitta le Parti en 1927.

Son activité syndicale et sociale l’occupa beaucoup plus pendant cette période : secrétaire de l’ancienne Amicale des instituteurs du Vaucluse, il fut élu secrétaire adjoint du syndicat qui déposa ses statuts à la mairie d’Avignon, le 29 février 1920 et il succéda à Cluchier, comme secrétaire général, en 1929. Il conserva ce poste jusqu’en 1938. En juin 1929, au congrès départemental des syndicats CGT, il faisait le « rapport sur le droit syndical ». Au meeting CGT du 27 novembre 1932, à Avignon, où les orateurs se dressèrent contre les réductions de traitement des fonctionnaires, il représentait le syndicat des instituteurs. Il était par ailleurs membre du conseil départemental de l’enseignement primaire et secrétaire du Cartel des services publics.
Parallèlement il s’occupait du mouvement coopérateur : il fut à l’origine de l’ouverture des cinq magasins des coopératives de Provence à Avignon dont le chiffre d’affaires atteignait 2 millions de francs en 1929…
Avec l’année 1934 commença pour lui une période d’action syndicale intense.

Le 11 mars 1934, à la réunion de l’Union départementale des syndicats CGT en présence de Léon Jouhaux, il fut élu secrétaire général, en remplacement d’Avril, démissionnaire. Il présida à ce titre la grande réunion du 4 novembre 1934 où l’UD discuta des problèmes de l’unité et de l’indépendance syndicale en vue du congrès d’union qui se tint à Avignon en janvier 1935 : la parité numérique y fut décidée bien que les syndicats CGT et leurs adhérents fussent beaucoup plus nombreux que les unitaires de la CGTU. Escoffier était secrétaire général, assisté de Dijon secrétaire adjoint (ex-CGTU) de Mangest trésorier (ex-CGT) et de Perret trésorier adjoint (ex-CGTU). Cf. La Voix du Peuple.

En 1935 il adhéra au Parti socialiste. Il fut délégué du Vaucluse au congrès national de la CGT du 24 septembre 1935 et désigné pour assister au congrès national d’unité de Toulouse en mars 1936. À cette date, secrétaire général de la Bourse du Travail d’Avignon, il allait être nommé secrétaire général de l’UD réunifiée : commencèrent alors, pour lui, les difficultés, avec les ex-unitaires et les communistes.

Dès le 27 mai 1936, au congrès fédéral SFIO d’Avignon qui repoussa l’offre du Parti communiste de création de comités de Front populaire car le Parti communiste dominait déjà les comités antifascistes vauclusiens, Escoffier fit remarquer que, sur le plan syndical, l’entente n’était pas parfaite. Il faisait partie de la commission départementale de conciliation et signa quelques conventions collectives à la suite des grandes grèves du mois de juin (ex-convention collective du Bâtiment, le 17 juillet), mais les tendances ne cessaient de s’affronter et, progressivement, les ex-unitaires dominaient l’UD… Au congrès de l’UD du 15 novembre 1936, en présence de Racamond, il fit le rapport moral et notait qu’« à partir de juin, le bureau débordé déploya beaucoup d’activité, mais une activité dispersée ». À cette date l’UD comptait cent dix syndicats affiliés, dont 90 ex-CGTU et 20 000 membres. À la suite du renouvellement du bureau pour 1937, Escoffier et ses amis cégétistes démissionnèrent pour protester contre les conditions de l’élection de Dijon comme secrétaire général (52 voix contre 22 à Escoffier) et surtout, contre le refus des ex-CGTU de laisser à la tendance CGT un nombre égal de représentants au bureau pour respecter la parité prévue. Le bureau ne fut plus composé désormais, jusqu’en 1940, que des unitaires. Escoffier, cependant, continua à maintenir le contact avec les syndicats mais aussi à se heurter aux communistes.

C’est en qualité de représentant de la section socialiste d’Avignon qu’il prit la parole à la manifestation anniversaire du 12 février 1934, mais le 18 décembre 1937 au congrès de l’UD présidé par Jouhaux, qui demandait le maintien du programme de Front populaire, il était membre du bureau et prenait la parole. Il continuait à faire partie du conseil d’administration de la Bourse du Travail, en qualité de bibliothécaire et restait encore secrétaire général du syndicat des instituteurs vauclusiens.

Il démissionna de ce poste au début de 1938, remplacé par Travail, mais resta membre du bureau et responsable de la commission pédagogique. Il fut d’ailleurs délégué du SNI à la réunion de Marseille qui devait élire la délégation au congrès fédéral de Nantes de la CGT et il fut désigné pour représenter la 11e région confédérale des syndicats de l’Enseignement (Vaucluse, Gard, Bouches-du-Rhône, Basses-Alpes, Var, Alpes-Maritimes, Corse) à Nantes où devaient s’affronter, selon le rapport de police, « les colonisateurs du mouvement syndical et les tenants de l’indépendance du syndicalisme ». Il faisait partie de ces derniers, mais en même temps, prenait parfois des positions proches de celles des communistes : ainsi, on le voyait critiquer l’action du bureau de l’Union locale d’Avignon, dominée par les communistes depuis 1936, au congrès de l’Union locale du 24 avril 1938 ; attaquer Dijon et déplorer l’ingérence du Parti communiste dans les syndicats, lors d’une réunion d’information de l’UD du 21 octobre 1938 (70 assistants sur 8 000 adhérents…). Mais, à la réunion commémorative du 12 février 1934, il était à la tribune, avec les communistes Dijon et Laudon, et déclarait que « les travailleurs ne doivent compter que sur eux-mêmes et non sur le Parlement ». Il participait au meeting de la CGT à la Bourse du Travail d’Avignon, le 26 novembre 1938 où, en présence de 1 400 personnes, les orateurs définirent les objectifs de la prochaine grève. Et cette grève du 30 novembre 1938, il fut un des rares instituteurs vauclusiens à la faire ostensiblement. Sanctionné de huit jours de suspension de traitement, il obtint le sursis.

Cependant, à l’assemblée générale de l’Union locale d’Avignon, le 18 juin 1939, on le vit critiquer une nouvelle fois l’ingérence du Parti communiste dans le syndicalisme. Aussi, lorsqu’après la déclaration de guerre et la signature du Pacte germano-soviétique, les membres du Parti communiste furent éliminés du bureau de l’Union départementale, il devint à nouveau, le 20 novembre 1939, secrétaire général des syndicats du Vaucluse.

La défaite venue, le régime de Vichy installé, la dissolution des syndicats prononcée, en novembre 1940, il n’échappa pas cependant aux sanctions de l’État français : le 22 février 1941, un arrêté ministériel le relevait de ses fonctions. Commencèrent alors des tribulations qui allaient marquer moralement et physiquement un homme infirme et déjà âgé.

Déplacé dans les Hautes-Alpes, à Saint-Firmin-en-Valgodemard, par arrêté ministériel du 30 août 1941, il resta dans ce poste jusqu’en juillet 1942, éloigné de sa femme et de ses filles restées à Avignon, ayant abandonné toute activité extra-scolaire (il était encore en 1941, président du comité des coopératives d’Avignon).

Il fut réintégré en Vaucluse en octobre 1942, à Châteauneuf-du-Pape d’abord, puis dans la banlieue d’Avignon en 1944. Il prit sa retraite en 1945. Cependant sa réintégration par Vichy (peut-être aussi la lettre qu’il avait écrite en mars 1941 au secrétaire d’État à l’Éducation nationale, après sa suspension, et dans laquelle il déclarait que son souci de justice sociale l’avait conduit aux divers partis de gauche et au syndicalisme, comme « aujourd’hui à accepter le message du Maréchal Pétain » ?) lui valurent quelques accusations à la Libération, dont il fut lavé par une lettre du ministre Capitant au recteur d’Aix : « à la suite de l’enquête suivie devant le conseil d’enquête de l’Académie d’Aix, j’ai décidé de ne retenir aucun des griefs articulés contre Monsieur Escoffier et de ne prendre aucune sanction à son égard ».

Il fut proche de Force ouvrière (CGT-FO) après 1947.
Retiré à Mézin, dans le Lot-et-Garonne, en 1966, Escoffier devait y mourir subitement, le 9 mars 1971.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24532, notice ESCOFFIER Félix par François Roux, version mise en ligne le 13 février 2009, dernière modification le 13 février 2009.

Par François Roux

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, 1 M 817, 823, 825, 826, 840, 842 ; 10 M 30, 31, 32, 33, 35. — Le Réveil Vauclusien, (années 1927-1929). — Le Radical du Vaucluse (année 1930). — Documents et renseignements communiqués par la famille. — État civil de Grillon.

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