Né le 31 janvier 1903 à Reims (Marne), mort le 26 juillet 1985 à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes) ; militant pacifiste de tendance libertaire.

Après de brèves études secondaires (deux années de cours complémentaire), Roger Monclin exerça divers métiers : voyageur de commerce, comptable, journaliste, camelot et producteur de radio. Il collabora comme critique de cinéma, de variétés ou de radio, à de nombreux journaux, à des revues et à des périodiques comme les Hommes du jour ou le Merle blanc.
Pacifiste de tendance libertaire, Roger Monclin était un proche de Victor Méric*. Il participa avec lui au lancement de la Patrie humaine, « feuille de combat pour la paix » en 1931 dont il resta administrateur jusqu’en 1939. La même année, il devint un actif propagandiste de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) qui venait d’être créée. Dans ses meetings et dans les articles de la Patrie humaine, il dénonçait inlassablement les fauteurs de guerre qu’étaient la bourgeoisie, le militarisme, l’internationale des marchands de canon. Il s’employait également à mettre en garde ses auditeurs et lecteurs contre les horreurs de la prochaine guerre qui serait aérochimique (thème classique de la Ligue et du journal). De plus Monclin prônait l’action directe et fustigeait le suffrage universel, grande duperie selon lui. Il se fit spécialiste de la dénonciation des crimes de la justice militaire aussi bien dans la Patrie humaine (en feuilleton en 1934) que dans son ouvrage Les damnés de la Guerre (1935).
Orateur et journaliste, Monclin était aussi un organisateur. Ainsi il prit une part active à la création de « la jeune garde pacifiste » qui devait protéger les réunions de la Ligue et les vendeurs ambulants du journal. Il participa aussi un temps, semble-t-il, à la gestion de la LICP, ce qui lui valut une accusation pour détournement de fonds dont il fut par la suite blanchi. A la mort de Victor Méric (1933), il devint directeur-administrateur du Club Victor Méric qui devait honorer la mémoire du disparu et prolonger son combat.
Dès 1933, les relations entre la Ligue et le journal s’étaient détériorées. Malgré ses activités à la LICP, Monclin restait avant tout l’administrateur de la Patrie humaine ; aussi fit-il partie de ceux qui, suivant Méric, défendaient son indépendance, pomme de discorde avec la direction de la LICP. En 1934, la rupture était consommée. En 1936, une nouvelle alliance fut scellée, puis à nouveau en 1937 des différends opposèrent les deux clans. Il refusa tout autant, semble-t-il (bien que la Patrie humaine lui ait ouvert largement ses colonnes) d’adhérer à la Ligue d’action pacifiste et sociale, dissidence de la LICP en 1934.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il déserta et se réfugia en Norvège. Expulsé, il se rendit en Suède où il fut interné. De retour en France, il fut incarcéré à la prison de la Santé à Paris, puis à la prison centrale de Poissy. Libéré, il connut ensuite, à sept reprises, visites domiciliaires et arrestations. Pour vivre, il se fit camelot. En 1943, Louis Louvet le fit entrer au syndicat des correcteurs de Paris ; il présida fréquemment les assemblées générales de son syndicat. Après la guerre, il collabora à Défense de l’Homme et milita à l’Union pacifiste de France.
Il prit sa retraite en 1973. Marié, il n’avait pas d’enfant car il ne se reconnaissait pas « le droit de donner le jour à des enfants que l’État peut décider de faire massacrer » (lettre du 28 mars 1973).

ŒUVRE : Les Crimes des conseils de guerre, 1934. — Gaston Coûté, poète maudit, Bruxelles, 1962. — Jean d’Esparbès et Pierre Loiselet, 1969. — En collaboration : La Vie et l’œuvre de Victor Méric, 1934. — Les Damnés de la guerre, Union pacifiste de France, 1979.

SOURCES : Arch. du syndicat des correcteurs. — Arch. PPo, carton LICP, BA 1777. — La Patrie humaine, 1931-1939, passim. — M. Auvray, Objecteurs, insoumis, déserteurs. Histoire des réfractaires en France, Paris, Stock, 1983. — Notes de J.Maitron.

Nicolas Offenstadt

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