LUQUET Alexandre

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond

Né le 8 février 1874 à Bourges (Cher), mort le 29 juin 1930 à Paris (XXe arr.) ; ouvrier coiffeur puis journaliste ; secrétaire de la Fédération des coiffeurs CGT et militant socialiste de Paris ; conseiller municipal de Paris (XXe arr.), député du XXe arr. (1928-1930).

Alexandre Luquet
Alexandre Luquet
Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes t. III, op. cit., p. 229.

Venu à Paris à la fin de son adolescence, Alexandre Luquet, syndiqué en 1890, fut de la première équipe de la CGT. Secrétaire de la Fédération des coiffeurs en 1898, il la représenta au XIIIe congrès national corporatif — 7e de la CGT — tenu à Montpellier (Hérault) du 22 au 27 septembre 1902. Il y combattit la représentation proportionnelle, « car il n’est pas logique, dit-il, que les grandes organisations absorbent les petites » (cf. compte rendu, p. 154). Alexandre Luquet assista ensuite à tous les congrès de la CGT jusqu’à la guerre et y fit des interventions importantes. À Bourges (Cher), en 1904, il défendit contre Keufer le vote par syndicat, donc la thèse des minorités agissantes. Au congrès d’Amiens (Somme), en octobre 1906, il signa l’ordre du jour syndicaliste révolutionnaire présenté par Victor Griffuelhes. Fondateur du syndicat parisien des coiffeurs, son action fut intense dans la lutte contre les bureaux de placement et pour le repos hebdomadaire qu’il obtint par des méthodes d’action directe, préconisant par exemple l’attaque des devantures des salons de coiffure.

Conseiller prud’homme — il devint vice-président du conseil des prud’hommes de la Seine — secrétaire adjoint de la CGT en 1903, il fut secrétaire général par interim en 1908, remplaçant Victor Griffuelhes emprisonné (1er août-31 octobre). Il dut alors, au congrès de Marseille (Bouches-du-Rhône), 5-12 octobre 1908, tenir tête à ceux qui, comme Lévy* et Blanchard*, critiquaient la gestion de Griffuelhes et aux éléments hervéistes de la Guerre sociale. Énergique, Alexandre Luquet, de petite taille, apparaissait alors mince, grêle, avec une moustache courte et une barbiche de mousquetaire. Il « dégageait une saveur pétillante d’ironie. Non point d’ironie amère et glacée, mais généreuse, colorée, chaude, à l’instar des yeux magnifiques, remplis de lueurs, et de la voix dont le timbre avait des sonorités profondes et dont la force et l’ampleur semblaient une gageure, si l’on considérait l’enveloppe étroite d’où elle s’exhalait » (Syndicats, 22 juin 1938).

Réformé n° 2 le 20 août 1914, Alexandre Luquet figura parmi les majoritaires de la CGT. Il fut, avec Léon Jouhaux, Bourderon*, Alphonse Merrheim, un des représentants de la CGT à la conférence socialo-syndicaliste des pays alliés tenue à Londres le 14 février 1915, Merrheim étant alors le seul opposant à la politique confédérale d’union sacrée. En juillet 1916, il participa également à la conférence que les « syndicalistes alliés » tinrent à Leeds et, en février 1918, à la conférence interalliée, socialiste et syndicaliste, tenue à Londres.

Après la Première Guerre mondiale, Alexandre Luquet qui était conseiller ouvrier prud’homme de la Seine depuis 1914 (section des Tissus), prit sa retraite (selon son expression affirme Pierre Monatte) en devenant, le 7 décembre 1919, conseiller municipal du quartier de Belleville (XXe arr.). Il conserva son siège le 3 mai 1925 et le 12 mai 1929. Vice-président de l’Office départemental de placement, de la statistique et du chômage, membre de l’Office d’habitations à bon marché, rapporteur du centre d’hébergement du boulevard Jourdan, il devint un spécialiste des questions d’habitation (il avait écrit une brochure en 1921 sur La législation sur les loyers de la guerre) de travail et de protection de l’enfance.

Ses convictions, sa chaude éloquence et son dévouement contribuèrent à son élection à l’Assemblée nationale, le 29 avril 1928. Membre de la commission des conflits du Parti socialiste, candidat dans la première circonscription du XXe arr., il avait obtenu 7 027 voix sur 15 369 suffrages exprimés et 18 573 inscrits.
Il mourut en cours de mandat, emporté par la maladie, en 1930.

Alexandre Luquet s’était marié en 1914 dans sa ville natale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24494, notice LUQUET Alexandre par Claude Pennetier, Justinien Raymond, version mise en ligne le 11 février 2009, dernière modification le 21 septembre 2016.

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond

Alexandre Luquet
Alexandre Luquet
Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes t. III, op. cit., p. 229.

ŒUVRE : Collaborations : La Voix du Peuple, n° 1, 1er décembre 1900. — L’Action directe, juillet 1903-février 1905. — L’Avant-Garde, avril 1905-mars 1906. — L’Action directe, janvier-octobre 1908. — L’Humanité, 1908-1910. — La Révolution de Pouget, 1er février-28 mars 1909. — La Clairière, août 1917-mai 1919.
Brochures : La Fin d’un privilège (pour la suppression des bureaux de placement). — Duperie parlementaire (pour le repos hebdomadaire). — Une grande réforme sociale. La loi des 8 heures, Paris, 1919, 33 p.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13 053. — Arch. Dép. Paris (Seine), DM3 ; versement 10451/76/1. — La CGT, op. cit. — R. Brécy, Le Mouvement syndical en France, Paris, Mouton, 1963. — H. Dubief, Le Syndicalisme révolutionnaire, Paris, A. Colin, 1969. — J. Julliard, Clemenceau briseur de grèves, Paris, Julliard, 1965, p. 104-106. — L’Information sociale, 3 juillet 1930. — La Révolution prolétarienne, 15 juillet 1930 (article de Pierre Monatte). — DBMOF, t. 13. — Agendas de la Bourse du Travail de Paris. — L’Humanité, 9 avril 1921. — Nos édiles, op.cit. — Procès-verbal du 2 juillet 1930, Conseil général de la Seine. — État civil.

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