LURÇAT Jean

Par Nicole Racine

Né le 1er juillet 1892 à Bruyères (Vosges), mort le 6 janvier 1966 à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes). Peintre, rénovateur de la tapisserie. Membre du comité de direction des Amis de l’URSS ; membre du PCF après la Seconde Guerre mondiale.

Fils de Lucien Lurçat, receveur des postes et de Charlotte Lhote, frère d’André Lurçat*, Jean Lurçat, qui avait d’abord commencé des études de médecine pour plaire à sa famille, abandonna les sciences pour la peinture. Il devint l’élève de Victor Prouvé, fondateur de l’école de Nancy et travailla avec lui jusqu’en juillet 1912. Arrivé à Paris à l’automne 1912, il fréquenta un atelier rue de la Grande-Chaumière, devint l’élève du graveur Bernard Naudin et du peintre fresquiste Jean Pierre Laffitte. Il se lia avec un ouvrier bijoutier Charles Lecour, un ingénieur russe Tchlenoff et un médecin polonais Jablonski qui s’intéressait aux questions syndicales. “Nous n’étions pas anarchistes : à ce moment-là, on disait libertaires. Les libertaires nous intéressaient, mais plutôt par une espèce de sympathie humaine” confia t il à Claude Faux en 1962. Ce petit groupe entra en relations avec Romain Rolland*, Jean-Richard Bloch, Léon Bazalgette, fonda une petite revue les Feuilles de Mai (le premier numéro novembre-décembre 1912-janvier 1913) qui se réclamaient des idées de J.-R. Bloch dans l’Effort libre. Jean Lurçat se lia avec Élie Faure. André Spire, Charles Vildrac* collaborèrent aux Feuilles de Mai qui s’ouvrirent, en outre, à la poésie étrangère, à Constantin Balmont, à Richard Dehmel, à Walt Whitman. Jean Lurçat, qui se préoccupait d’art social, devint un assidu de l’Université populaire du XXe arr., l’Université Émile Zola, dont Charles Lecour était secrétaire ; à son tour il fut coopté secrétaire de l’UP : “Cette responsabilité “culturelle” m’a donné mes premiers contacts ouvriers et ces contacts ont vraiment marqué toute mon existence. J’eus aussi l’occasion de rencontrer là-bas des hommes politiques dont les noms, aujourd’hui, ne disent plus grand-chose à ceux qui ne sont pas historiens...” En mars 1913, Jean Lurçat fut exempté de service militaire pour raisons de santé. Il signa avec J. P. Laffitte en mars 1914 un contrat d’apprentissage pour trois ans (mais Laffitte fut tué aux premiers mois de la guerre de 1914). La déclaration de guerre surprit Jean Lurçaten Italie ; il revint immédiatement en France où il prit contact avec James Guillaume, Marcel Martinet*. Il dit encore à Claude Faux ce que furent ses sentiments d’alors : “J’étais antimilitariste, bien sûr, mais soudain, ça n’avait plus aucun rapport avec la réalité.” Le départ d’Élie Faure aux armées le convainquit définitivement de partir. Jean Lurçat s’engagea le 21 août 1914 dans l’infanterie ; en octobre, il arriva à Vauquoix en Argonne. L’horreur de cette expérience ne s’effaça jamais de sa mémoire ; il en fixa les images dès ce moment. A la demande du docteur Brupbacher qu’il avait connu en Suisse avant la guerre, il rédigea pour le journal qu’il dirigeait en Suisse, Der Revoluzzer, des articles qu’il intitula “Lettres d’un combattant sur le front français » ; ces textes le firent menacer du conseil de guerre. Quelques mois plus tard, il fut blessé. Ce fut au cours de sa convalescence qu’il fit exécuter par sa mère ses premières tapisseries.

Après sa démobilisation, Jean Lurçat voyagea et séjourna en Suisse, en Allemagne, en Italie. Il envoya en avril et septembre 1920 à la Vie ouvrière des articles sur le mouvement ouvrier en Italie. Il se fit connaître comme peintre, exposant à Paris (1922), à New-York (1927), à Moscou (1934), à Londres (1936), à Paris (1939). Mais il allait se consacrer de plus en plus à remettre en honneur l’art de la tapisserie ; il avait en effet l’ambition d’être le rénovateur de cette très ancienne tradition nationale. En 1936, sa première tapisserie fut tissée à la Manufacture nationale des Gobelins. En août 1939, Jean Lurçat fut chargé par le ministère de l’Éducation nationale de composer à Aubusson avec les chefs d’atelier et les ouvriers de la ville, quatre grandes tentures murales qui auraient pour thème “Les quatre saisons” ; une mission semblable fut confiée à Gromaire et à Dubreuilh.
Dans les années trente, sympathisant de l’URSS et du communisme soviétique, Jean Lurçat fut un des animateurs des “Amis de l’URSS” (il écrivit un avant-propos à la Réponse à André Gide de Fernand Grenier*) et donna de nombreux articles à Russie d’aujourd’hui. Il adhéra à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) au début de 1933. Il participa aux activités de la Maison de la Culture, notamment au débat sur “le réalisme et la peinture” en mai 1936 avec Derain, Gromaire, Goerg, Aragon*. Homme de gauche et de lointaine ascendance espagnole, la guerre d’Espagne l’atteignit profondément. Au début de la guerre civile, il fut invité en Espagne par Alvarez del Vayo ; il partit avec une voiture bourrée de seringues et de médicaments et resta environ quarante jours en Espagne, à Barcelone, Valence, Madrid, Tolède, sur le front.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Jean Lurçat travailla à Aubusson ; en 1941, il s’installa près de Cahors, puis à Souillac ; après l’occupation de la zone sud, il se fixa à Alvignac près de Rocamadour dans le Lot. Il y fut un des organisateurs des maquis FTP du Lot. Les tapisseries qu’il composa en 1943 attestèrent sans conteste son engagement : “Liberté” où figuraient les vers du poème d’Éluard, “Es la verdad”, “O temps martyrisés”. En juin 1944, Jean Lurçat partit pour le maquis où il retrouva A. Chamson, J. Marcenac, R. Huyghe, J. Cassou*, L. Moussinac*. Le 15 juin 1944, il fut nommé membre du comité de Libération du Lot ; il fut chargé de la direction des services culturels du Lot, du journal Liberté et de la revue les Étoiles du Quercy. En 1945, il acquit les Tours Saint-Laurent, forteresse du onzième siècle qui domine Saint-Céré. Il devint membre du PC dont il était proche depuis longtemps ; il le rappelait en 1964 après son élection à l’Académie des Beaux-Arts alors qu’il recevait l’hommage du Comité central : “Depuis 1913 (sic), j’étais presque des vôtres, et l’on peut dire que depuis, je n’ai pas titubé...” Il militait au Mouvement de la paix.

Après la Libération, Jean Lurçat devint président de l’Association des peintres-cartonniers de tapisserie. Parmi ses œuvres de tapisserie, citons “L’Apocalypse” pour l’église Notre-Dame de Toute Grâce du plateau d’Assy (Haute-Savoie) et l’ensemble du “Chant du Monde” dont l’idée remonte à 1937, et qu’il réalisa de 1957 à 1961, sorte de testament spirituel dont on peut citer “L’Homme d’Hiroshima”, “La Grande menace”, “Le Grand Charnier”, “L’Homme en gloire dans la paix”, “La conquête de l’espace”, “La poésie”.

Marié, en 1930, à Roussana Timotheef, puis à Simone Selves, Jean Lurçat fut inhumé à Saint-Céré (Lot) au cimetière de Saint-Laurent-les-Tours, après avoir reçu les hommages officiels et ceux de son parti.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24491, notice LURÇAT Jean par Nicole Racine, version mise en ligne le 11 février 2009, dernière modification le 28 mars 2012.

Par Nicole Racine

ŒUVRE (à caractère politique et social) : La Querelle du réalisme, Éd. sociales internationales, 1936, 204 p. — Préface à Fernand Grenier, Réponse à André Gide, Les Éd. des Amis de l’Union soviétique, 1937, 48 p. — Au service du peuple en armes, s.l.n.d., éditions FTPF7 p. — Tapisserie française, Bordas, 1947, 111 p. — Discours de réception à l’Académie des Beaux-Arts, le 3 juin 1964, Le Temps, 1965, 95 p.

SOURCES : Michel Décaudin, La Crise des valeurs symbolistes. Vingt ans de poésie française. 1894-1914, Toulouse, Privat, 1960, 535 p. — Jean Lurçat, 24 juillet-19 octobre 1958. Préf. de J. Cassou. Extraits de textes de Jean Lurçat, Éd. des Musées nationaux, 1958, 51 p. — Claude Roy, Jean Lurçat, avec une biographie, une bibliographie et une documentation complète sur le peintre et son œuvre, 2e éd. revue et augmentée, Genève, P. Cailler, 1961, 127 p. — Claude Faux, Lurçat à haute voix, Julliard, 1962, 227 p. — L’Humanité, 7, 8 janvier 1966. — Le Monde, 8 janvier 1966. — Les Lettres françaises, n° 1 114, 13/19 janvier 1966. — État civil. — CAC 19960325 article 1, rapport RG PCF 1950 (communiqué par l’IHTP).

ICONOGRAPHIE : Claude Faux, Lurçat à haute voix,op. cit.

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