AUBRY Émile [AUBRY Hector, Émile, dit RICARD Henry ou DURAND G.]

Né le 8 avril 1829 à Rouen (Seine-Inférieure), mort le 23 février 1900 à Ivry-sur-Seine (Seine) ; ouvrier lithographe ; secrétaire-correspondant de la section de Rouen et de la Fédération rouennaise de l’Internationale ; chef de bureau de la caisse à la recette principale des postes sous la Commune de Paris.

Émile Aubry s’appela tout d’abord Dosmont, du nom de sa mère, blanchisseuse. Il ne prit le nom d’Aubry que le 5 novembre 1831, après reconnaissance et légitimation par le mariage de sa mère.
En mai 1850, un certain Émile Aubry fut l’instigateur d’une « Association mutuelle pour la fondation d’une Association-Restaurant à Rouen ». Il habitait rue Eau-de-Robec, encoignure de la rue du Chaperon, et recevait de six à huit heures du soir ceux qui désiraient prendre connaissance des statuts. Sans doute y a-t-il identité avec celui dont nous retraçons ici la biographie.

Devenu ouvrier lithographe, Hector Émile Aubry habita, 12, rue de l’Amitié, à Rouen et travailla à l’imprimerie du Nouvelliste de Rouen dont il fut renvoyé en raison de son activité militante. Sa femme tenait un petit commerce d’épicerie, rue de l’Amitié et, d’après certains rapports, aida son mari à plusieurs reprises dans son travail de propagandiste. Il serait père de trois enfants (incertitude à ce sujet, cf. notice contumace, BB 24-850).

Taille moyenne — 1 m 70 — cheveux châtain foncé, front haut, yeux gris, teint clair, nez fort dans un visage ovale barré de moustaches « longues et mal soignées », lèvres épaisses, tel est, en 1871, le signalement d’Aubry qui présentait par ailleurs, comme signe particulier, d’être bourgeonné, « principalement près du nez qui est très rouge » (signalement fourni par le procureur de la République de Rouen, le 24 mai 1871, Arch. PPo., B a/941).

Au point de vue intellectuel, Aubry est jugé « intelligent ». Il est dit aussi « laborieux », mais d’esprit un peu spéculatif et rêveur (lettre du ministre de l’Intérieur, 3 avril 1871, Arch. PPo., B a/941). Un militant qui l’a bien connu, A. Richard de Lyon, l’a présenté ainsi dans la Revue socialiste, de juin 1896 : « Il était impossible de trouver un homme d’un tempérament plus calme, d’un caractère plus modéré. Il était affable et courtois avec tout le monde, absolument incapable d’exagération ou d’emportement. Il parlait avec douceur, toujours réfléchi, toujours mesuré. Il était convenablement instruit, mais son esprit lent à comprendre et à décider ne se laissait point aller à l’enthousiasme et s’effrayait des contrastes trop accentués ». Nous emprunterons à A. Thomas, dans l’Histoire socialiste, p. 337, ces derniers éléments qui complètent le portrait esquissé ci-dessus : « Proudhonien assez indépendant, mais fidèle à la doctrine générale du mutualisme, il ne croyait pas qu’une véritable révolution sociale fût prochaine, et il était hostile à toutes les discussions de doctrine qui lui semblaient prématurées. »

Répondant à un Roubaisien, Charles Lécluse (cf. La Réforme sociale, n° 17, 27 mai 1870) Aubry affirmait que la solidarité ouvrière doit se faire « surtout au point de vue de la production ». « Si, écrivait-il, depuis deux ans, les idées avaient été exclusivement consacrées à mettre en pratique la résistance par la production, il y aurait aujourd’hui près de deux millions d’ouvriers organisés en France, qui en versant chaque semaine un franc auraient également chaque semaine créé un établissement de cette valeur qui aurait livré à la consommation des produits dont le débouché n’aurait pas été difficile à trouver, à condition, bien entendu, de livrer à prix de revient. » Grâce à ces établissements créés en deux ans et qui représenteraient une valeur de quelque 200 millions, le crédit et l’échange auraient été organisés « sur des bases inébranlables » et les établissements bourgeois auraient été amenés soit à traiter « par une liquidation à l’amiable », soit « à la ruine pour les récalcitrants ».

L’Association Internationale des Travailleurs ne s’est manifestée à Rouen que dans le courant de 1866. Sous l’impulsion d’Aubry se constitua à cette époque un petit groupe d’ouvriers, « épaves du socialisme de 1848 » ; on se mit à discuter philosophie, économie, questions sociales et, en septembre 1866, Aubry fut délégué par ses camarades au congrès de Genève, où il fit partie de la commission de 14 membres chargée d’élaborer les statuts de l’Internationale. Les délégués de Paris avaient rédigé pour ce congrès un Mémoire qui précisait leurs positions. Dans une lettre à Fribourg, du 26 novembre 1866, Aubry déclara accepter « avec la plus grande sincérité, la plus complète solidarité » de signer ce Mémoire ; il formula cependant une réserve sur l’organisation de l’Internationale qu’il trouvait peu en harmonie avec les principes émis par le Mémoire (Cf. Arch. PPo., B a/439), mais il ne précisa pas davantage.

Jusqu’en août 1867, toutefois, la section rouennaise se développa peu — voir Duménil — et à la fin de ce mois, ses adhérents étaient peu certains de pouvoir envoyer un délégué au second congrès de l’Internationale, en septembre, à Lausanne (cf. PPo., B a/439, lettre à Chemalé). Ils finirent cependant par y déléguer Aubry, mais celui-ci ne put arriver que le 3 septembre au matin, alors que le congrès avait déjà siégé une journée. Il assista très régulièrement aux séances (cf. Compte rendu, p. 79) et fit partie avec Ailloud de Vienne et Longuet de Caen de la commission chargée d’étudier la 2e question de l’ordre du jour consacrée aux problèmes financiers, assurances mutuelles et sociétés ouvrières.

L’année suivante, Aubry arriva le 6 septembre après-midi à Bruxelles où se tenait depuis le matin le 3e congrès de l’Internationale. Le Cercle de Rouen avait rédigé un rapport intitulé « De l’instruction et de l’éducation des classes ouvrières », rapport long et quelque peu précieux. Aubry, qui l’avait certainement inspiré, s’il ne l’avait lui-même rédigé, se prononça pour une formation à la fois intellectuelle et manuelle : « Tantôt la plume, tantôt l’outil à la main, voilà le citoyen véritable, voilà l’homme fort, l’homme de l’avenir. » Quant à ceux qui seraient chargés de cette formation, aux enseignants, les auteurs du rapport souhaitaient qu’ils soient rétribués par les particuliers afin qu’ils conservent leur indépendance « vis-à-vis de l’État ». Cette crainte du pouvoir de l’État, très proudhonienne, s’exprimait dans la façon dont ils envisageaient le recrutement des enseignants : ils seraient choisis par ceux déjà en exercice, « au grand jour, dans des concours auxquels on donnerait toujours toute la publicité possible. Les élus de cette corporation ne tiendraient leur mandat et leur consécration que de leurs pairs ; ils ne relèveraient nullement de l’État, mais de leur ordre, de leurs statuts ; ils ne seraient comptables de leurs actes que devant l’opinion publique. C’est pourquoi il faudrait laisser à cette opinion publique, outre le droit de contrôle, le droit, en observant certaines formalités, en se conformant à certaines prescriptions, d’arrêter le professeur dans sa marche, de le condamner même au silence, si son enseignement était mauvais. Il est facile de voir le principe : nous n’avons pas la prétention de tracer a priori, avec tous leurs détails, les procédés à employer pour empêcher l’abus » (Cf. Compte rendu officiel du 3e congrès de l’AIT, septembre 1868, Bruxelles).

Mais l’acte principal de ce congrès fut sans doute le vote sur la propriété foncière, question déjà discutée l’année précédente. La majorité des délégués se prononça en faveur de la propriété collective du sol, mais la question fut cependant remise à l’étude du congrès suivant en raison du nombre important des abstentions. Le rapport de Rouen avait conclu à la collectivisation du sol, et Aubry n’avait vu là nulle contradiction entre le mutuellisme applicable à l’échange des services et des produits et la propriété collective applicable au sol, lequel n’est pas un produit du travail. (Cf. lettre de la section bruxelloise de l’Internationale, 6 octobre 1868, publiée dans La Voix de l’Avenir, 18 octobre 1868, et citée par J. Guillaume, L’Internationale, t. I, p. 86.)

En 1869, les comités corporatifs et le comité du Cercle d’Études économiques de Rouen présentèrent la candidature d’Aubry aux élections générales dans les 1re et 2e circonscriptions de la Seine-Inférieure. Malgré un échec (825 voix dans la 1re circonscription où Aubry se désista après le premier tour, 207 voix dans la 2e circonscription où le candidat officiel fut élu au premier tour), la propagande se poursuivit, et le Cercle put adresser le 18 juillet 500 F aux ovalistes lyonnaises en grève (Arch. Mun. Lyon, I 2/55, pièce 102). Au 4e congrès de l’Internationale réuni à Bâle en septembre, Aubry représenta cette fois, avec Creusot de Rouen, et Piéton d’Elbeuf, une grande organisation puisque, au début de 1869, après adhésion à l’Internationale des lithographes, des fileurs et des tisseurs, la Fédération rouennaise comptait 2.500 membres — voir les réserves présentées dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome IV, Paris, Éditions ouvrières, p. 14. Au congrès, Aubry qui, avec Robert* et Varlin, fut un des trois secrétaires de langue française, prit position sur les différents points de l’ordre du jour. Alors qu’il s’était prononcé pour la propriété collective l’année précédente, il s’abstint cette fois ainsi que les deux autres délégués de la Fédération ; et le rapport rouennais sur cette question, « très remarquable » d’après A. Murat, conclut que « le détenteur du sol, lorsqu’il a versé la rente et payé sa part des frais généraux de la société, soit libre et maître absolu sur le champ qu’il a fécondé par son travail, et puisse transmettre tous ses droits à ses enfants ou héritiers. » (Rapport du délégué au 4e congrès de l’AIT tenu à Bâle (Suisse) du 6 au 13 septembre 1869, Paris, Impr. Félix Malteste, 1869, signé A. Murat, p. 9.)

L’héritage était donc reconnu par Aubry et ses amis comme « transmissible à tous les degrés », et cette prise de position était, selon les Rouennais, « la seule compatible avec la reconnaissance de la constitution de la famille en dehors de laquelle aucune organisation sociale n’est viable ». (AIT Compte rendu du IVe congrès international tenu à Bâle en septembre 1869, p. 113.)
Sur la 5e question de l’ordre du jour, un rapport intitulé : De l’influence des sociétés ouvrières et de leur importance au point de vue de l’émancipation du prolétariat, fut également présenté par la section de Rouen. Il préconisait, pour une même profession, d’« unifier les tarifs de main-d’œuvre, dans le but de faciliter la constitution de la moyenne des salaires et d’échapper aux capricieuses oscillations du capital centralisé en le forçant de faire lui-même les frais de la concurrence anarchique qui tue par centaines de mille le prolétariat moderne » ; et le Cercle de Rouen se déclarait convaincu que, par cette organisation, « toutes les questions sociales trouveront leur facile solution » (Ibid., pp. 170-171).

Dès son retour à Rouen, Aubry dut déployer de grands efforts pour soutenir la grève des fileurs de laine d’Elbeuf et faire appel à la solidarité des travailleurs dans tout le pays. Ceux de Vienne (Isère) versèrent, d’octobre à décembre 1869, 1 000 F de prêts et 240 F de dons, ceux de Marseille plus de 2 000 F, ceux de Paris, près de 5 000 F par l’intermédiaire de Varlin (cf. Testut, L’Internationale, op. cit., p. 74, et la Révolution française, 2 mai 1879).
Mais, sans doute en raison de l’échec de la grève, une lassitude se produisit chez les adhérents de la Fédération rouennaise dont le nombre tomba à 1.100, soit une perte de plus de moitié. Aubry, nullement découragé, cherchait toujours à développer la propagande : il publia un journal, La Réforme sociale, dont le premier numéro parut le 27 janvier, et il songeait à faire appel à Varlin pour qu’il vienne, le 30 janvier, parler aux ouvriers de Rouen. Le 13 mars, il assista au grand rassemblement organisé par la Fédération lyonnaise, puis se préoccupa de soutenir la seconde grève du Creusot en collectant des fonds. Le 2 mai, il fut arrêté, puis relâché après douze jours d’emprisonnement. Cependant, avec la guerre, les poursuites se multiplièrent et, en moins de deux mois, Émile Aubry fut trois fois condamné :
le 21 juillet, à vingt jours de prison, 100 F d’amende et 100 F de dommages et intérêts pour la publication d’un article dans la Réforme sociale, du 1er mai 1870, article protestant contre les retenues abusives sur les salaires d’ouvriers qu’aurait opérées un filateur de Caudebec-lès-Elbeuf. Piéton fut condamné en même temps que lui (quinze jours de prison et 50 F d’amende), et aussi la victime des retenues, un certain Lécuyer* (dix jours de prison et 25 F d’amende) ;
le 10 août, à 1 000 F d’amende pour compte rendu illégal du procès précédent ;
le 31 août, à six mois de prison et 500 F d’amende pour association de plus de vingt personnes (appartenance à l’Internationale). Étaient frappés avec lui : Creuzot, Pierre Jullien, Piéton et Régnier.

Malgré les poursuites, la Fédération avait pris part aux élections municipales rouennaises des 6 et 7 août en présentant dix membres de l’Internationale : deux lithographes, Aubry et Baillemont ; un charpentier, Boulanger ; un teinturier, Hallot ; un mécanicien, Neunez ; deux tisseurs, Lefrançois et Vérité ; deux tailleurs, Arcade Boulanger et Schrub ; un professeur, Marques. Aucun ne fut élu.
Après l’effondrement de l’Empire, l’Internationale rouennaise s’allia à la démocratie radicale dans un Comité de Vigilance. Aubry formulait ainsi le but à atteindre lors d’une réunion tenue à Darnétal le 9 octobre 1870 : « Armez-vous d’abord pour repousser l’ennemi, ensuite vous retournerez vos armes contre la bourgeoisie ». Et Jouenne*, un jacobin, déclarait à son tour, le 3 novembre à Rouen : « Il faut que les ouvriers se fassent armer le plus vite possible, pour se servir de leurs armes contre l’ennemi et les garder ensuite » ; et il accentuait les derniers mots « de façon à ne laisser aucun doute sur sa pensée » (Arch. Seine-Maritime, rapport du 13 juillet 1871).

Mais la région allait être occupée par les Prussiens (ils entreront à Rouen le 5 décembre). Aubry et Vaughan demandèrent alors à leurs amis, le 19 novembre, de cesser toute agitation, de se consacrer à l’étude des questions de crédit et d’association et de faire confiance à Gambetta. Jusqu’aux préliminaires de paix, l’Internationale ne donna plus guère signe de vie. Aubry et ses amis se contentèrent de répondre à la brochure de R. Duval, Comment Rouen n’a pas été défendu, par une lettre datée 25 décembre 1870 qui se trouve à la Bibliothèque municipale de Rouen. Aux élections du 8 février, Aubry recueillit 749 voix, la liste Thiers l’emportant largement dans l’ensemble du département.

Si l’on en croit le premier président de la cour de Rouen (Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871, p. 125), Aubry partit le 16 mars pour Paris (« quelques jours » après le 18 mars, selon le rapport du préfet, ibid., p. 155), laissant à Vaughan le soin de le représenter. Il demeura d’ailleurs en rapports étroits avec la Fédération rouennaise, communiquant ses impressions et donnant des directives.

Le 23 mars 1871, il assista à la séance de nuit du Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Internationale, au cours de laquelle fut mis au point le manifeste qui engageait le peuple de Paris à voter le 26 mars pour la Commune et à affirmer « son droit supérieur au vote d’une Assemblée de rester maître dans sa ville et de constituer comme il lui convenait sa représentation municipale sans prétendre l’imposer aux autres ». À ces élections, Aubry recueillit 1 740 voix dans le VIIIe arrondissement et ne fut pas élu.

Plusieurs de ses amis de la Fédération rouennaise ayant été arrêtés le 24 avril — voir Cord’homme — Aubry, naguère hostile à tout recours à la violence, est désormais convaincu du caractère inéluctable de la lutte à outrance : « Vaincre Versailles ou s’ensevelir sous les murailles de la grande capitale » (Journal officiel de la République française sous la Commune, 8 mai 1871).
Cependant, il avait été nommé, le 18 avril, « chef de bureau de la caisse à la recette principale » des Postes. Au début, il siégea deux fois au Conseil d’administration et émargea « le prix de ces deux vacations ». Mais par la suite on ne trouve aucune trace de sa présence à l’administration des Postes et, de ce fait — écrit le directeur général des postes le 27 août 1872 — « il n’a pu être compris dans l’enquête ouverte par mes ordres sur la gestion des comptables étrangers à l’administration employés par la Commune » (Arch. PPo., B a/941).
Après la défaite, Aubry fut arrêté et détenu à Lorient sur le ponton la Vengeance. Mis en liberté, le 23 août, par ordonnance de non-lieu, il vint habiter Paris d’où il adressa une correspondance socialiste à L’Internationale belge, sous les initiales de H.R. puis sous le nom de Henry Ricard. Du 12 décembre 1871 à fin février 1872, il séjourna à Bruxelles où il assista au congrès de Noël de l’AIT. Il ne trouvait pas de travail et une souscription fut organisée en sa faveur. Il était redevable d’une somme de 100 F à l’AIT. Une nouvelle information étant engagée contre lui en juillet 1872, il quitta à nouveau Paris en juillet 1873, et put se réfugier à Bruxelles où sa famille vint le rejoindre. À Bruxelles, il travailla chez l’éditeur socialiste Brismée, où il résidait, chez Vaughan, puis réussit à ouvrir un atelier de « phototypie, photographie aux encres grasses, phototypolithographie, chromolithographie artistique, photolithographie, reliure » (d’après une lettre d’Aubry du 10 février 1880 sur papier à en-tête, dossier Arch. Nat., BB 24/850). Le 4e conseil de guerre le condamna par contumace, le 12 mars 1874, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Ses qualités professionnelles étaient telles qu’il était considéré sur la place de Bruxelles comme un des meilleurs spécialistes de la photogravure qui était à cette époque en plein développement. Il réalisa de très belles lithographies et des travaux pour les associations démocratiques et était en contact avec les pionniers de l’AIT belge. Il fréquentait les réunions de L’Internationale, il assistait à des meetings organisés par la Chambre du Travail, il était membre des Solidaires et du cercle d’économie sociale, Le prolétariat.

Il bénéficia de la remise de sa peine le 27 novembre 1879, mais il demeura en Belgique longtemps après l’amnistie. Toujours très lié à Brismée, il prononça un discours lors de ses obsèques, en février 1888.
D’après J. Guillaume, Aubry, comme A. Richard, G. Blanc, A. Bastelica, fut gagné au bonapartisme et envoya à L’Internationale, sous le pseudonyme de G. Durand, « des correspondances perfides, qu’il datait de Paris et où l’alliance des ouvriers avec les bonapartistes était prêchée au nom de l’union de tous les fils de la Révolution ». Le Bulletin de la Fédération jurassienne le dénonça les 18 octobre, 16 et 30 novembre 1873, ce dernier jour sous la signature de G. Lefrançais.

Revenu du socialisme « césarien », il demeura fidèle au socialisme tout court, mais eut des sympathies pour le boulangisme et, le 2 octobre 1892, il succédait comme orateur à Rochefort venu prendre la parole sur la tombe de Boulanger au cimetière d’Ixelles.

En 1896, Aubry alla habiter Ixelles, commune périphérique de Bruxelles. Il finit ses jours à l’hospice des vieillards d’Ivry (si l’on en croit l’acte de décès, sa femme était alors domiciliée à Bruxelles). À ses obsèques civiles, le 26 février 1900, parlèrent des socialistes révolutionnaires et des anciens de la Commune, tandis que Vaughan, dans l’Aurore du 25 février, disait adieu à son « parrain à l’Internationale des travailleurs ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24469, notice AUBRY Émile [AUBRY Hector, Émile, dit RICARD Henry ou DURAND G.], version mise en ligne le 9 février 2009, dernière modification le 21 septembre 2018.

ŒUVRE : Groupe rouennais. Les membres du Cercle d’Études économiques aux ouvriers de l’arrondissement de Rouen (Rouen, ce 18 août 1867). Signé E. Aubry, Ch. Goupil, etc... Rouen, in-4°, 3 pp. — Protestation adressée par le groupe ouvrier elbeuvien du Cercle d’Études économiques de Rouen à MM. les membres de la Chambre de Commerce d’Elbeuf, Rouen, 1868, in-18, 34 pp. — Publication du Cercle d’Études économiques de l’arrondissement de Rouen. Rapport sur les travaux et la marche du cercle depuis le 23 août 1868, lu dans la dernière assemblée générale du 7 février 1869 (Signé E. Aubry). Paris, 1869, (Bibl. Nat. Pièce Rp 10397). — Réponses du Comité de la corporation des fileurs de laine de la ville d’Elbeuf et de E. Aubry, de Rouen, à la circulaire de M. Léon Sauvage. Rouen, 1869, Bibl. Nat. in-18, Pièce Vp 17586). — Association internationale des travailleurs. Section rouennaise. De son rôle dans les circonstances actuelles. (Discours des citoyens E. Vaughan et Émile Aubry. Rouen, 1870. Bibl. Nat. in-8° Lb 57/800). — Association internationale des travailleurs. Section de Rouen. Grève du Creusot (Signé : E. Aubry, 6 avril 1870). Paris, 1870, 2 p. Bibl. Nat. : in-4° Pièce Lb 56/2629. — L’administration de la Réforme sociale aux Sociétés ouvrières de France, Rouen, s. d. in-fol. (Bibl. Nat. in-fol. Pièce Lc 22/536).
Journaux fondés et animés par E. Aubry : La Réforme sociale, Rouen, janvier-octobre 1870, organe de la Fédération rouennaise de l’AIT. Principaux collaborateurs : A. Bastelica, J.-F. Arnaud, P. Minck, Marques. — Bulletin de la Fédération ouvrière rouennaise, Rouen, 11-25 septembre 1870. Autographié. 3 n°s (ou 4 n°s ?).
Aubry accepta en outre de collaborer aux journaux français suivants : Le Travail, hebdomadaire, 1869, organe des associations ouvrières. — La Révolution politique et sociale, hebdomadaire, 2 avril-15 mai 1871 (organe des sections AIT Gares d’Ivry et Bercy réunies).

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/850 n° 7537. — Arch. Min. Guerre, 4e conseil, n° 1634. (Fait curieux, il n’est pas fait mention au dossier de l’appartenance d’Aubry à l’Internationale). — Arch. PPo., B a/439, B a/941. — Arch. Dép. Seine-Maritime, série M, 1re Internationale : Aubry, 8 feuillets. Rapport du commissaire central de Rouen. 13 juillet 1871. — État civil de Rouen et d’Ivry-sur-Seine. — Archives du Royaume, Bruxelles, dossier n° 246.598 (recherches faites par F. Sartorius). — Arch. de la ville de Bruxelles, Fonds de la police, liasse n° 292, fichier des étrangers, dossier n° 5840. — La république belge, 20 mars 1888 ; — Le National belge, 20 mars 1885. —J. Guillaume : L’Internationale, notamment vol. 3, pp. 160-161, vol. 4, p. 335. — Les séances officielles de l’Internationale à Paris pendant le siège et pendant la Commune, 2e éd., Paris, 1872, p. 142. — M. Boivin : « La Fédération rouennaise et les événements de 1870-1871 “, Revue d’Histoire économique et sociale, n°s 3 et 4, 1962). — M. Vuilleumier, « Notes sur J. Guillaume..., Annexes », p. 105-106 des Cahiers Vilfredo Pareto, 7-8, 1965. — Notice de F. Sartorius et L. Keunings, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier en Belgique, Bruxelles, Éd. Vie Ouvrière, 1995.

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