ALTON-SHÉE de Lignères, Édouard (comte d’)

Né le 1er juin 1810 à Paris, il y mourut le 22 mai 1874. Pair de France, converti à la République puis au socialisme. Un des chefs de l’opposition à la politique réactionnaire de la Seconde République et du Second Empire, sympathisant de la Commune de Paris.

Édouard Alton de Lignères était le fils de James Wulfram baron d’Alton (noblesse écossaise), receveur dans les départements de Rhin-et-Moselle et de la Roer, et de Fanny Shée, fille du comte Shée, conseiller d’État et comte d’Empire. Après la mort de son grand-père maternel, en 1820, il hérita de son titre de pair. Orphelin de bonne heure, il fit ses études au collège Henri IV, et professa les idées voltairiennes de ses parents. En 1826, inscrit sur la liste des pages, il se signala surtout par son irrespect pour le roi et pour la famille royale. Pendant longtemps, d’ailleurs, il devait mener une existence orageuse.

En 1836, il prit séance à la Chambre des pairs et se lia avec Villemain et Montalembert. Il s’efforça de lutter contre la vie léthargique de la chambre haute et, dans un opuscule : De la Chambre des pairs dans le gouvernement représentatif (1839), proposa comme remède le rétablissement de la pairie héréditaire et un système qui, faisant désigner les pairs à la fois par le peuple et par le roi, devait, selon lui, rendre cette institution indépendante des deux pouvoirs.
En même temps, il s’intéressait de près à la construction des chemins de fer. En 1843, il était un des quatre administrateurs français de la Compagnie du chemin de fer de Rouen (Seine-Inférieure), les autres étant anglais. Il présidait également la Compagnie du chemin de fer de Dieppe (Seine-Inférieure).

Il évoluait de plus en plus vers la gauche. Ses discours, ses articles de la Revue indépendante en firent un des républicains les plus avancés de la Chambre des pairs. Son anticléricalisme le brouilla avec Montalembert et le conduisit à préconiser la séparation absolue de l’Église et de l’État. Il fut un des trois pairs qui acceptèrent de participer au banquet réformiste du XII e arrondissement, le 22 février 1848. Le 24, il se trouvait sur les barricades. Il semble avoir défendu de mars à mai la politique de Ledru-Rollin. Son rôle, lors des Journées de Juin, n’a pu être élucidé. Toutefois, quand il sera incarcéré à la Conciergerie à la suite de sa protestation contre la loi interdisant les clubs, il subira un interrogatoire sur son attitude durant l’insurrection.

Le 17 octobre 1848, il participa au premier banquet de la République démocratique et sociale. Il y prit la parole pour réclamer l’égalité des conditions, celle des richesses, et celle des connaissances par la gratuité de l’enseignement. Le 31 octobre, il assista au banquet des démocrates de Batignolles-Montceaux aux côtés de Jean Greppo et de Pierre Leroux. Dans un toast il critiqua violemment les actes de Carnot, de Garnier-Pagès, de Cavaignac et de Louis-Napoléon et l’impôt des 45 centimes.

Au moment de l’élection présidentielle, il soutint d’abord la candidature de Ledru-Rollin, puis se rallia à celle de François Raspail : « Les vrais socialistes veulent détruire la présidence ; pour cette œuvre, il faut un révolutionnaire sans illusion, sans défaillances, le citoyen Ledru-Rollin n’est pas ce révolutionnaire. »

Il fut candidat, en 1849, aux élections à l’Assemblée législative, dans la Seine, sur la liste du comité démocrate socialiste. Il échoua. Il vécut un certain temps dans l’ombre sous le Second Empire, puis collabora au Rappel de Delescluze en 1869. Il fut un de ceux qui s’opposèrent de toutes leurs forces à ce que les républicains s’allient aux orléanistes et aux légitimistes pour faire pièce aux candidats officiels. En mai 1869, avec l’appui de Delescluze, il se présenta comme candidat « socialiste » contre Thiers, qui fut élu, et contre Devinck, candidat officiel.

Selon Lissagaray — cf. Histoire de la Commune, op. cit. — Althon Shée aurait fait partie du premier bureau de l’Internationale.
Après le 4 septembre, il voulut entreprendre l’éducation démocratique des électeurs, il fut associé à la fondation du Peuple souverain et à celle du journal éphémère qui lui succéda : Le Suffrage universel.
Sous la Commune, il collabora avec Victor Considerant, Pellarin* et d’autres, à La Nation souveraine dont le rédacteur en chef était Alexandre Rey. La Nation souveraine parut du 15 avril au 3 mai 1871, date à laquelle elle fut supprimée par décision du Comité de Salut public.

Devenu complètement aveugle, il n’en continua pas moins à écrire jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24465, notice ALTON-SHÉE de Lignères, Édouard (comte d'), version mise en ligne le 9 février 2009, dernière modification le 11 septembre 2018.

OEUVRE :De la Chambre des pairs dans le gouvernement représentatif, Paris, 1839, in-8°. — Légitimistes, Orléanistes, Républicains, 1863. — Articles dans la Revue Indépendante, Le Messager, Le Rappel, Le Peuple souverain, Le Suffrage Universel. — Conférences publiques : Une fusion légitimiste orléaniste et républicaine, Paris, 1863, tiré à part de la Revue des Deux-Mondes.La Calomnie, Paris, 1869. — Pièces de théâtre : Le mariage du duc Pompée ou le Séducteur marié, comédie, 1863. — L’Ivresse, comédie, 1866. — Mémoires : Mémoires du vicomte d’Aulnis, Paris, 1868. — Mes Mémoires (1826-1848), Paris, 1869, 2 vol. — Souvenirs de 1847 et de 1848, Paris, 1879 (posthume).

SOURCES : Arch. PPo, A a/427. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire.La Comune di Parigi (G. Del Bo), Milano, Feltrinelli, 1957.

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