GIAUQUE André, Marcel, Auguste

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

Né le 5 décembre 1921 à Lons-le-Saunier (Jura), mort le 15 juin 2015, à Paris ; fonctionnaire au ministère de la Reconstruction puis de l’Équipement ; secrétaire puis secrétaire général du syndicat national FO de la Reconstruction, secrétaire général adjoint de la Fédération des Travaux publics FO, secrétaire, puis secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires FO (1973-1987).

Le père d’André Giauque, Paul Giauque (1894-1979), ingénieur des Travaux publics de l’État, inspecteur du contrôle de l’État sur les chemins de fer selon l’acte de naissance, participa à la Résistance, puis fut sénateur MRP du Jura de 1946 à 1955. André Giauque se maria à Besançon (Doubs) en janvier 1946 avec Jeanne Boissenin ; le couple eut deux enfants.

André Giauque fit ses études secondaires à Lons-le-Saunier et à Besançon, puis commença une licence de droit à Paris, qu’il dut interrompre en 1942. Il appartenait à un groupe de jeunes résistants et, l’un de ses camarades ayant été arrêté, il entra dans la clandestinité juste avant l’instauration du STO. Il participa à un maquis FFI dans le Haut-Doubs sous l’égide de Libération-Nord.

Titulaire d’une licence en droit, il entra en 1947 au ministère de la Reconstruction, à Besançon, comme contractuel auprès de la commission des dommages de guerre, où il était commissaire du gouvernement et chef du service du contentieux. Se sentant proche des luttes ouvrières, il adhéra à la CGT et fréquenta l’Union départementale. Comme dans la Résistance, il se heurta d’emblée au sectarisme des communistes et créa, dès 1947, un syndicat des agents de la Reconstruction « autonome », avant même la fondation de la CGT-FO.

En 1950, il fut muté à Belfort (Territoire de Belfort), où il fut chargé de trois départements en matière de dommages de guerre. À l’Union départementale de Belfort, il eut l’occasion de bien connaître André Bergeron. Il n’appartint jamais à un parti politique, à l’exception d’un bref séjour au MRP à la Libération, peut-être parce que, selon ses propres termes, son père « était sénateur MRP ». André Giauque considérait que le syndicalisme devait être indépendant de toute attache partisane et devait, si les intérêts professionnels le demandaient, s’ouvrir à l’unité syndicale.

En 1956, il fut nommé à l’administration centrale de la Reconstruction à Paris et devint secrétaire administratif permanent du syndicat national FO des agents de la Reconstruction. Il était également secrétaire général adjoint de la Fédération des Travaux publics auprès de Roger Lapeyre*, qui était proche de la Révolution prolétarienne, et avec qui il participa au « Mouvement syndical unitaire et démocratique » (MSUD) regroupant des militants de FO, de la CGT et de la Fédération de l’éducation nationale (FEN). André Giauque avait d’excellentes relations avec Adolphe Sidro*, le secrétaire général de la Fédération des employés jusqu’en 1965, lui aussi partisan d’une ouverture vers la CGT. Il est vrai que Lapeyre et son lieutenant Giauque n’hésitaient pas à faire de la provocation en allant en URSS, à l’invitation de syndicalistes fonctionnaires. Les contacts avec Roger Loubet* puis René Bidouze à l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT (UGFF-CGT) étaient fréquents, malgré l’interdit confédéral. De même, les relations de la Fédération générale des fonctionnaires (FGF) avec la FEN, qui partageait les mêmes valeurs laïques, étaient constantes et cordiales. En 1968, il participa avec Pierre Tribié* à la création de la Préfon, système de retraite complémentaire des fonctionnaires.

En 1963, il succéda à Antoine Vespérini* en tant que secrétaire général du syndicat des agents de la Reconstruction. La particularité de ce syndicat était de considérer que l’unité d’action avec la CGT était indispensable pour faire aboutir les revendications professionnelles. Au congrès confédéral de novembre 1963, il fut chargé par Roger Lapeyre de défendre l’unité d’action avec la CGT, ce qui fut très mal reçu, notamment par Robert Bothereau. André Giauque était en profond désaccord avec une majorité entérinant les tendances disparates des différents responsables confédéraux, dont Le Bourre et Lafond. Grâce à l’appui de Pierre Tribié, il fut cependant nommé secrétaire permanent de la Fédération générale des fonctionnaires où il fut chargé de la formation syndicale, de la propagande et de l’organisation interne, ainsi que des relations avec les sections départementales et les syndicats. À la confédération, il participait à la commission du Logement, mise en place par Rose Étienne, qu’il considérait comme une militante de grande valeur.

Lors du congrès de FO tenu en 1966, André Giauque défendit la motion qui, rédigée par les minoritaires Alexandre Hébert, Paul Malnoë* et Henri Lubin*, s’opposa à la tentative de modernisation que proposait alors Maurice Labi*. En 1969, André Giauque proposa au congrès de sa fédération un texte en faveur du renforcement des structures de la FGF, proposition qui fut ratifiée par le congrès : le bureau exécutif s’ouvrit aux différents syndicats nationaux et des groupes de travail se réunirent de façon régulière sur les personnes non titulaires. Une attention grandissante fut portée aux catégories A, B, C et D, ainsi que, dans un autre domaine, à l’informatique. En 1970, les droits syndicaux des fonctionnaires furent renforcés dans les administrations d’État. Le secrétariat de la FGF passa de 3 à 5, puis 6 membres. Henri Lubin, secrétaire général adjoint de 1953 à 1977, continua à assurer la publication de La nouvelle Tribune, assisté de Georges Endress, trésorier depuis 1954 et qui devait le rester jusqu’en 1979. Lors du comité confédéral national qui se tint les 25-26 avril 1970, il se prononça contre Maurice Labi, le secrétaire de la Fédération FO de la Chimie qui s’apprêtait à quitter FO pour rejoindre la CFDT. Et en 1972, il fut un des signataires, toujours avec Alexandre Hébert et Paul Malnoë, d’un appel « contre l’incohérence et le confusionnisme » de la Fédération FO de la Chimie ; ce texte s’en prenait violemment à la CGT et à la CFDT.

André Giauque fut élu à la commission exécutive confédérale de Force ouvrière lors de son Xe congrès en 1969.

Au sein du Cartel des Services publics FO, réunissant la FGF ainsi que les Fédérations des PTT et des Services publics et de Santé, les débuts d’André Giauque furent difficiles, dans la mesure où les postiers, systématiquement anticommunistes, combattaient les partisans d’une ouverture vers la CGT. Il finit cependant par très bien s’entendre avec Camille Mourguès* et les responsables de la Fédération syndicaliste des PTT, et créa en 1973 l’Union interfédérale des fonctionnaires, qui succéda au Cartel des Services publics. Son élection à la commission exécutive confédérale se fit sans doute avec l’appui d’André Bergeron* à la place de Roger Lapeyre*, le secrétaire général de la Fédération des Travaux publics.

André Giauque succéda à Pierre Tribié comme secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires de 1973 à 1987. À ce titre, durant toute cette période, il siégea au Conseil supérieur de la Fonction publique. Les relations avec les pouvoirs publics changèrent avec les négociations salariales instituées après 1968. La période la plus faste fut celle où l’inflation permettait de « donner du grain à moudre », même si le bénéfice final était peu important. Il fut ensuite beaucoup plus difficile de convaincre les fédérations et syndicats de signer pour des augmentations relativement limitées. À partir de 1976, alors que le gouvernement de Raymond Barre adoptait un premier plan d’austérité, André Giauque fit partie de ceux qui réclamèrent un durcissement de l’action syndicale pour préserver la politique contractuelle. Les décisions n’étaient pas non plus faciles à obtenir de l’interfédérale, réunissant les PTT, les Services publics et de Santé avec la FGF pour les négociations salariales, car il fallait au moins convaincre deux des trois composantes. Selon André Giauque, les nombreuses relations personnelles qu’il entretenait dans les différents syndicats de la FGF lui facilitaient la tâche, sur des questions souvent très techniques où les militants lui faisaient confiance. Cependant, d’après lui, le développement des droits syndicaux fut un cadeau empoisonné qui favorisa la bureaucratisation. André Giauque siégea à la commission exécutive confédérale jusqu’en 1987.

Il prit sa retraite, en 1987, avec le grade de chef de service administratif du ministère de l’Équipement et du Logement. Lors de la succession d’André Bergeron à la tête de la confédération, il prit position en faveur de Marc Blondel .Dans une lettre en date du 5 décembre 1988 adressée au secrétaire général sortant, il manifesta ce soutien aux côtés d’autres responsables et anciens dirigeants de la FGF dont Roland Gaillard, alors dirigeant de la FGF, et Pierre Tribié*, comme lui ancien secrétaire général. En 1989, André Giauque fonda avec Pierre Tribié l’Union fédérale des fonctionnaires retraités, devenue interfédérale, dont il fut le secrétaire général jusqu’en 2003.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24427, notice GIAUQUE André, Marcel, Auguste par Jeanne Siwek-Pouydesseau, version mise en ligne le 3 février 2009, dernière modification le 14 mai 2016.

Par Jeanne Siwek-Pouydesseau

SOURCES : Arch. UD-FO du Nord. — La nouvelle Tribune des Fonctionnaires FO. — J. Siwek-Pouydesseau, Les syndicats des fonctions publiques au XXe siècle, Berger-Levrault, 2001. — J. Siwek-Pouydesseau, « Les fonctionnaires FO dans les années 1960 et 1970 », colloque Force ouvrière acteur de la vie contractuelle et du paritarisme, sous la direction de M. Dreyfus et M. Pigenet, décembre 2008. — G. Adam, La CGT-FO, Armand Colin, 1966. — K. Yon, Retour sur les rapports entre syndicalisme et politique : le cas de la CGT-FO. Élément pour la sociologie d’un « monde de pensée », thèse de Science politique, Université de Paris 1, 2008, p. 318 et 330. — S. Vormus, « André Giauque : 40 ans de syndicalisme », Le Quotidien de Paris, 27 novembre 1987, cité par K. Yon, Retour…, op. cit., p. 330. — S. Béroud, G. Ubbiali, « Association ou syndicat ? Le syndicalisme des retraités face au principe associatif », in D. Tartakowsky, F. Tétard (dir.), Syndicats et associations : concurrence ou complémentarité ?, Rennes, PUR, 2006. — Entretien avec M. Pigenet, CHS du XXe siècle. — Entretien avec l’intéressé, 24 octobre 2000. — État civil (pas de mention de décès en 2010).

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