PICQUERAY May [PICQUERAY Marie-Jeanne dite May]

Par Jean Maitron

Née le 8 juillet 1880 à Savenay (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), morte le 3 novembre 1983 à Paris (XIVe arr.) ; militante anarchiste.

May Picqueray
May Picqueray

Fille de François Picqueray et de Marie Louise Leray, Marie-Jeanne Picqueray passa son enfance avec ses frères et sa sœur en Bretagne et fréquenta une école privée que dirigeaient des sœurs. Son père était convoyeur postal ; sa mère, couturière en chambre, qui avait failli mourir en la mettant au monde, la détestait et l’éleva très durement. L’enfant travaillait assidûment à l’école et fut reçue à dix ans et demi au Certificat d’études avec mention « Très bien ».

Placée chez un négociant à Penhoët, elle y resta peu et fut engagée par une institutrice pour s’occuper d’un de ses deux fils épileptique. Considérée comme l’enfant de la maison, Marie-Jeanne partit avec ses employeurs et leurs deux fils pour le Canada. Deux ans plus tard, le petit épileptique mourut et Marie-Jeanne fréquenta alors le lycée de Montréal. Mais ce fut la guerre. Son « maître » regagna la France et fut tué, sa femme mourut et un oncle recueillit le fils restant. Quant à May Picqueray, elle fut rapatriée.

Elle travailla alors comme interprète puis dactylo bilingue. Mariée une première fois le 22 juillet 1916 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) avec Frédéric Wilhelm Schneyder, elle divorça le 28 février 1920, car son mari se droguait. Venue à Paris en 1918, elle se lia à Dragui, étudiant en médecine qui l’initia aux doctrines anarchistes auxquelles elle adhéra. Elle participa aux sorties champêtres collectives que pratiquaient volontiers les compagnons, elle connut Sébastien Faure, Louis Lecoin, etc. Mais Dragui partit pour l’Allemagne, son frère aîné s’opposant à ses fréquentations.

Inscrite au groupe des Jeunesses anarchistes des Ve et XIIIe arr. et aux Jeunesses syndicalistes, May Picqueray devint en 1922 secrétaire administrative de la Fédération des Métaux. Elle assista au premier congrès de la CGTU, tenu à Saint-Étienne en juin-juillet 1922, et fut déléguée pour accompagner Louis Chevalier, secrétaire fédéral, au IIe congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou en novembre 1922. Elle profita de son séjour pour demander une entrevue à Léon Trotsky au cours de laquelle elle obtint la libération de deux jeunes anarchistes russo-américains, Mollie Steiner et Sonya Flechine, condamnés à la déportation aux îles Solovietsky. Bloquée à Moscou par défaut de passeport, elle put revenir grâce à de faux papiers remis par les autorités russes ; arrêtée à la frontière franco-belge, elle fut écrouée à Avesnes-sur-Helpe (Nord) et condamnée pour usage de faux.

Quelques mois après son retour, la Fédération des Métaux étant passée sous influence communiste, May Picqueray la quitta et partit pour la province où, mi-rédactrice, mi-correctrice, elle travailla pendant sept ans dans un journal régional. Elle fut également, pendant trois ans (jusqu’en juillet 1926), la secrétaire particulière d’Emma Goldman qui résidait alors à Saint-Tropez (Var).
A Saint-Tropez elle se maria le 9 août 1930 avec François Félix Niel, dont elle divorça le 7 mai 1937.

Elle revint à Paris pendant la guerre d’Espagne et travailla pour diverses œuvres de bienfaisance. C’est ainsi qu’elle collabora, pour le compte de Quakers américains, à l’évacuation des enfants espagnols. A partir de juin 1940, à Toulouse (Haute-Garonne), toujours pour le compte de Quakers, elle s’occupa des camps de concentration français de la zone libre, en particulier des camps de Noé et du Vernet. Elle favorisa alors plusieurs évasions, puis se sentant suspectée, elle dut quitter la région. Elle n’en continua pas moins, de manière indépendante, à fabriquer de faux papiers pour des évadés ou des résistants de divers groupements.
May Picqueray devint ensuite correctrice dans une maison de labeur à Paris, puis dans un journal local en province et enfin adhéra le 1er octobre 1945 au syndicat des correcteurs de Paris lors de son entrée dans la presse parisienne. Elle fut l’une des quatre ou cinq femmes, toutes militantes, que comptait alors le syndicat des correcteurs.

À la disparition de Libre Soir Express, journal qui l’employait, May Picqueray et l’une de ses camarades décidèrent de citer la direction du journal devant les autorités prud’homales, ce qui ne s’était jamais fait, afin d’obtenir un mois d’indemnité de licenciement. A l’étonnement général, satisfaction leur fut donnée et le jugement fit jurisprudence.

May Picqueray fonda les « Amis de Louis Lecoin » pour continuer sa propagande et apporter une aide pratique aux insoumis, réfractaires et autres objecteurs de conscience. Elle fit paraître le mensuel des Amis, Le Réfractaire (n° 1, 1er avril 1974) jusqu’à son décès en 1983.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24397, notice PICQUERAY May [PICQUERAY Marie-Jeanne dite May] par Jean Maitron, version mise en ligne le 16 juin 2014, dernière modification le 16 juin 2014.

Par Jean Maitron

May Picqueray
May Picqueray
May Picqueray dans le bureau du {Réfractaire} dans les années 1970
May Picqueray dans le bureau du {Réfractaire} dans les années 1970

FILMOGRAPHIE : Écoutez May Picqueray, film de Bernard Baissat, Noisy-le-Grand, 1983. http://bbernard.canalblog.com/archives/2013/01/25/26242339.html

SOURCES : Lettre de May Picqueray, 22 février 1973. — R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — Bernard Alliot, « May la rebelle », Le Monde, 11 novembre 1979. — May la réfractaire. Pour mes 81 ans d’anarchisme ; préface de B. Thomas, Atelier Marcel Jullian, 1979, 250 p. avec iconographie. — Bulletin du CIRA, n° 23/25, 1er sem. 1985. — Archives May Picqueray en possession de René Bianco. — État civil.

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