VINÇARD Pierre, Denis

Né en 1820 ; mort en 1882 ; graveur en bijoux. Neveu du chansonnier Vinçard aîné, il joua un grand rôle dans les essais d’organisation ouvrière sous la Seconde République. Journaliste, il écrivit aussi des ouvrages touchant la vie ouvrière. Il participa activement au mouvement coopératif sous le Second Empire.

Sous la monarchie de Juillet, Pierre Vinçard professait des idées collectivistes. Il fut secrétaire de rédaction à La Ruche populaire de son oncle qui parut de 1838 à 1842, et où collaboraient côte à côte fouriéristes et saint-simoniens et notamment le typographe Jean-Baptiste Coutant*. En décembre 1843, La Ruche populaire fit place à L’Union, Bulletin des ouvriers rédigé et publié par eux, dont Pierre Vinçard resta un des rédacteurs auprès de son oncle Vinçard aîné* et du chansonnier Savinien Lapointe*. En 1845, succédant à Richard de la Hautière*, il édita La Fraternité, organe des intérêts du peuple, journal de réorganisation sociale et de politique générale. La Fraternité parut jusqu’en 1848 et publia des articles du cordonnier André Savary*, du monteur en bronze Jules Malarmet*, du monteur de métiers lyonnais Joseph Benoît*, du typographe Henri Stévenot*, tous ouvriers manuels. François Charassin*, l’avocat lyonnais, représentait les non-manuels. Le journal, communiste et révolutionnaire, à la différence d’Étienne Cabet*, qui était réformiste, répandait des formules d’association réglées par la loi et par la dictature ouvrière selon les schémas du babouvisme et du néo-babouvisme. Dans l’équipe, Pierre Vinçard se distinguait, semble-t-il, moins par sa personnalité que par son aptitude à traduire les aspirations ouvrières.

Après la révolution de Février, il figura à la Commission du Luxembourg et il devint président du bureau qu’elle se donna. Le 4 juin 1848, il prit la direction d’un nouveau journal : Le Journal des Travailleurs, que Rémi Gossez après Georges Weill qualifie de seul journal ouvrier de la Seconde République entendu au sens de journal d’ouvriers (ce qui n’est même pas tout à fait exact dans ce sens car il y eut aussi L’Association rémoise d’Agathon Bressy*). Dans son troisième numéro (11 au 15 juin 1848), ce journal publia un appel émanant d’un comité présidé par Pierre Vinçard, en raison de sa présidence au Luxembourg et en vue de la constitution d’une « Société des Corporations réunies » qui avait pour but « l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme, par l’association immédiate des producteurs, par la création d’ateliers d’ouvriers associés » (Voir : Ardillon*, Bacon*, Isaac Blum*, Eugène Gartin*, Lafaure*, Petit-Bonnard*).

Cet appel fut certainement entendu puisque des délégués des associations ouvrières que l’on voulait ainsi fédérer se réunirent à plusieurs reprises, 11, rue de Constantine. Dans son sixième et dernier numéro, le 23 juin 1848, Le Journal des Travailleurs présenta un nouveau règlement de la société qui est une sorte de compromis entre les idées de Pierre-Joseph Proudhon* et celles de Louis Blanc* et de la Commission du Luxembourg, puisque l’article 2 était ainsi rédigé : « La société a pour but de produire et de consommer par la mutualité, de mettre un terme à l’exploitation de l’homme par l’homme, en ne laissant escompter le salaire d’aucun de ses membres ».
Il ne semble pas que cette fédération ait pu fonctionner, ni même parvenir à s’organiser définitivement, car la répression qui accompagna les Journées de Juin fit disparaître le journal qui soutenait l’entreprise. Pourtant, il n’est pas exclu que les délégués qui se réunissaient rue de Constantine et qui, presque tous, appartenaient à la Commission du Luxembourg, aient joué un rôle dans le déclenchement des grèves qui précédèrent immédiatement les Journées de Juin et que les rapports de police attribuaient à la « coalition du Luxembourg ».

Pierre Vinçard fut membre de la commission d’abolition de l’esclavage dans sa seconde phase de travail, entre le 10 juin et le 21 juillet 1848 (selon Nelly Schmidt].

Le 7 janvier 1849, avec François Vidal*, Alphonse Toussenel*, Victor Meunier*, Léopold Graffin*, Pierre Vinçard fit paraître Le Travail affranchi, Journal des Associations ouvrières, dont le programme était : Droit au travail, abolition de toute exploitation de l’homme par l’homme, organisation du travail par l’association.
En 1851, Pierre Vinçard devint secrétaire de rédaction de La Presse d’Émile de Girardin qui avait l’intention de prêter la dernière page du journal à une sorte de tribune : la « Presse du travail », dont la mission aurait été l’organisation de corporations nouvelles liées entre elles par la rédaction de cette « Presse du travail ». C’est à ce moment-là que Girardin fit campagne pour une candidature ouvrière à l’élection présidentielle prévue pour 1852 (il songeait à Martin Nadaud*) et qu’il lança l’idée d’une commission chargée d’organiser l’envoi de délégués ouvriers à l’Exposition de Londres. Pierre Vinçard y alla comme secrétaire rapporteur de la délégation ouvrière. Est-ce Pierre Vinçard qui souffla à Émile de Girardin l’idée de répondre au coup d’État par la grève générale ?

Le 7 mars 1865, le Conseil central de l’Association internationale des Travailleurs décida « d’approuver l’administration actuelle [de l’Internationale en France] en lui adjoignant le citoyen Vinçard ». Mais celui-ci, pour raisons de santé, déclina cette offre, tout en transmettant ses vœux de succès au Conseil central (9 mai).

À partir de novembre 1865, Pierre Vinçard collabora à un journal que son oncle faisait paraître à Bruxelles : La Mutualité, Journal du travail, des sociétés coopératives et de secours mutuels. À cette époque, il était devenu un actif militant du mouvement coopératif. Le 23 septembre 1866, il présidait un meeting à l’école communale de Puteaux, première assemblée générale de « la Revendication », société coopérative fondée par Benoît Malon* sur le type rochdalien.
Vers la fin de l’Empire, Pierre Vinçard collabora au Commerce, 6 juin-26 septembre 1869, organe des Chambres syndicales, et à La Démocratie de Charles Chassin* où il tenait le « Bulletin du Travail et des associations ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24364, notice VINÇARD Pierre, Denis, version mise en ligne le 27 janvier 2009, dernière modification le 24 août 2017.

ŒUVRE : Outre de nombreux articles dans les journaux évoqués ci-dessus, Pierre Vinçard a publié : Histoire du Travail et des Travailleurs, 1845, in-8°, 3 vol. — « Le prolétariat français au XIXe siècle » in Jean Guillaume Collins, L’Économie politique source des révolutions et des utopies prétendues socialistes, tome premier (première partie), Paris, 1856, p. 113-282 ; tome deuxième, Paris, 1857, p. 433-454.

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I. — R. Gossez, « L’organisation ouvrière sous la Seconde République », Revue des Révolutions contemporaines, t. XLII, n° 185, février 1950. — Correspondance Marx-Engels, lettre du 13 mars 1865. — Minutes..., op. cit., 1er vol.

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