TALANDIER Alfred [TALANDIER Pierre, Théodore, Alfred].

Né le 7 septembre 1822 à Limoges, mort en mars 1890 ; avocat, puis procureur de la République à Limoges (1848) ; exilé en décembre 1851 ; membre de l’Association internationale (1859) ; de l’Internationale (1864) ; avocat général à Limoges (1870) ; sous-préfet de Rochechouart ; conseiller municipal de Paris (1874), député de la Seine (1876) ; collaborateur de L’Association et de La Rive Gauche sous l’Empire, de L’Homme libre de Louis Blanc, de 1876 à 1877. Il fit connaître en France l’œuvre des Pionniers de Rochdale.

Talandier appartenait à une famille de magistrats et de militaires limousins. Il étudia le droit à Poitiers et se fit inscrire au barreau de sa ville natale (1844). Disciple de Pierre Leroux*, son attachement aux idées républicaines lui valut, en mars 1848, la place de substitut du procureur général. Il devint également membre de la Société populaire de Limoges, au bureau de laquelle il figura un certain temps. Lors des manifestations organisées le 27 avril 1848 pour protester contre le résultat des élections à la Constituante, il dénonça au procureur général les distributions de cartouches faites la veille aux gardes nationaux bourgeois, et, l’après-midi, fit partie de la délégation qui se rendit à la préfecture pour réclamer le désarmement de la Garde nationale. Secrétaire du Comité administratif provisoire formé le 27 avril, il démissionna le 1er juin 1848 de ses fonctions de substitut du procureur général.

Poursuivi en justice pour avoir prêté son concours aux ouvriers lors du désarmement de la Garde nationale bourgeoise (manifestation du 27 avril 1848), il comparut devant les assises à Poitiers et y entraîna ses coinculpés, parce qu’un magistrat ne peut être jugé par une cour à laquelle il appartient.

Il assuma lui-même sa défense, aidé par Lebloys, et fut condamné à deux ans de prison qu’il purgea à Poitiers, puis à Fontevrault. Par décision ministérielle du 13 mars 1852, il fut, à sa sortie de prison, expulsé du territoire français. Voir Briquet Ch.*

Il se rendit alors en Angleterre et donna des leçons à l’école militaire de Woolwich. À Londres, il vécut dans l’entourage de Louis Blanc*, tout en manifestant plutôt son accord avec les blanquistes. À Jersey, il participa à la création de L’Homme, « journal de la démocratie universelle », en compagnie de Pierre et Jules Leroux et de Roumilhac*, ancien avoué à Bellac. Enfin, il adhéra à la « Commune révolutionnaire » de Pyat* et de Caussidière*. En 1854, le 27 février, il prit la parole à un meeting de Saint-Martin’s Hall, pour « l’union de la démocratie dans toutes les nations ». Le 17 mars suivant, il fit partie d’une commission de quinze membres créée en vue de secourir les proscrits français sans travail. Les 22 septembre et 29 novembre 1855, il participa à des meetings de la Commune révolutionnaire. Il faisait également partie de la franc-maçonnerie et des comités permanents chargés de commémorer les anniversaires des révolutions de 1830 et de 1848. Il entra, en 1859, à l’Association internationale (regroupant des révolutionnaires exilés) qui célébrait l’anniversaire des Journées de Juin 1848 et y retrouva Ernest Jones, F. Mijoul*, J. Déjacque* et les deux anciens députés socialistes du Rhône : C. Pelletier* et J. Benoît*.

Le 10 mai 1857, il avait signé, avec Pyat et A. Besson*, un manifeste de la « Commune révolutionnaire » : « Aux Prolétaires... Prolétaires de Paris, la France vous attend... » En 1858, à l’occasion de l’attentat d’Orsini, il avait rédigé une Lettre au Parlement et à la Presse, où il glorifiait le révolutionnaire italien.

Dans les derniers mois de 1862 et dans les premiers de 1863, Le Progrès de Lyon publia une traduction faite par Talandier de l’ouvrage de Holyoake, Histoire des Équitables Pionniers de Rochdale. Cette publication devait avoir un profond retentissement dans la population ouvrière lyonnaise. En juin 1864, sa signature figure parmi celles des vingt-sept personnalités (Béluze*, Arthur de Bonnard*, Bouyer*, Cohadon*, Joseph Delbrouck*, etc.) qui publient l’Association générale d’approvisionnement et de consommation, véritable charte du mouvement coopératif d’inspiration rochdalienne, et qui devait aboutir, à Paris, à la création de la première société coopérative « rochdalienne ».

Le 12 octobre 1864, sur proposition du major Wolff et de Fox, il devint membre du Conseil général de l’Internationale (cf. Minutes..., op. cit., vol. I). Il adhéra cette même année à l’Alliance secrète de la démocratie sociale fondée en Italie par Bakounine* (cf. J. Guillaume, L’Internationale, op. cit., t. I, p. 77, n. 1).

À partir de 1864, il enverra régulièrement, d’Angleterre, des articles à L’Association qui visait à devenir le « Bulletin international des sociétés coopératives ». Le 12 août 1866, il préconisait la coopérative de consommation sur les bases pratiques suivantes : 1°) pas de crédit ; 2°) prix courant ; 3°) répartition du boni au prorata des achats. Il établissait les raisons de la supériorité de la coopérative de consommation, du point de vue succès matériel et but poursuivi, sur la coopérative de production qui laissait subsister le marchand, exploiteur du consommateur, et ne supprimait que le patron exploiteur du salarié. Ce qui importait avant tout, selon lui, c’était de supprimer le marchand intermédiaire. Il affirmait qu’il fallait que la clientèle ait intérêt à venir acheter à la coopérative de production et, pour cela, il préconisait sa participation aux bénéfices au prorata de ses achats.

Sous l’influence de la gestion des communes anglaises, ses idées évoluèrent vers le mutuellisme. Il publia dans Le Libéral du Centre, de Georges Périn, paraissant à Limoges, des articles inspirés du mutuellisme proudhonien, considéré dans le cadre de la Commune. En 1869, il était au nombre des collaborateurs du Travail puis du Commerce qui lui succéda, organe des associations ouvrières parisiennes.

Correspondant londonien de La Marseillaise de Rochefort, au début de 1870, il prit dans ce journal une position peu favorable aux Irlandais révolutionnaires à cause de leur catholicisme. Par réaction contre ce point de vue étroit, la fille de Marx envoya des articles et des documents authentiques que le journal inséra. (Jean Dautry, « Karl Marx et l’indépendance de l’Irlande », Cahiers internationaux, année 1959).

Talandier rentra en France après le 4 septembre et fut nommé avocat général à Limoges, puis sous-préfet de Rochechouart. Il démissionna (ou fut révoqué) peu après l’armistice. Il devint directeur du journal La Défense républicaine de Limoges et, pendant la Commune, participa à un congrès de journalistes à Moulins. Traduit devant un conseil de guerre pour avoir adressé une protestation à Thiers, il fut acquitté, mais son journal fut suspendu. Pendant les jours où s’organisa la Commune de Limoges, il s’associa à l’action de la « Société populaire » ; c’est sur sa suggestion que Beaubiat fut envoyé à Paris auprès du Comité central où il fut reçu par Edgard Monteil*.

Talandier fut battu deux fois aux élections en Haute-Vienne, le 8 février 1871 et le 7 janvier 1872.

Reçu premier au certificat d’aptitude à l’enseignement de l’anglais, Talandier fut nommé professeur au lycée Henri IV, mais révoqué peu après son élection au conseil municipal de Paris, le 29 novembre 1874, dans le quartier Saint-Victor.

Il comptait dès lors parmi les radicaux notoires. En 1876, il fut élu député de la circonscription de Vincennes-Charenton (20 février) l’année suivante, le 16 mai, il vota l’ordre du jour des 363, fut réélu et le fut encore en 1881. Au Parlement, il se fit le champion de l’enseignement laïque et l’adversaire de la politique opportuniste, se prononça en faveur de l’amnistie aux condamnés de la Commune, et fit voter une allocation aux victimes du 2 décembre ou à leurs ayants droit. Il présenta un projet de loi en faveur de l’extinction du paupérisme par l’assurance obligatoire et dénonça l’expédition du Tonkin. C’est Talandier qui, avec Barodet, demanda à la Chambre, le 14 janvier 1879, que l’on en revienne au décret du 26 messidor, an II, attribuant à « La Marseillaise » un caractère national.

En 1880, il soutint salle des Écoles à Paris contre Jules Guesde* un débat contradictoire sur la question de savoir si le prolétariat pouvait arriver à s’émanciper par des voies légales. Ce qui ne l’empêcha pas d’être témoin à décharge lors du procès de Guesde devant les assises de l’Allier en1883.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Devenu le gérant d’une feuille d’extrême gauche : La République démocratique et sociale, il fut poursuivi en janvier 1884. Aux élections de 1885 il ne se représenta pas.

Lorsqu’il mourut, il était titulaire d’un bureau de tabac.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24361, notice TALANDIER Alfred [TALANDIER Pierre, Théodore, Alfred]., version mise en ligne le 27 janvier 2009, dernière modification le 9 mars 2019.

ŒUVRE : Lettres au Parlement et à la Presse, 1858, 14 pp., brochure in-8°. — Denis Dussoubs : sa vie, sa mort (1818-1851), par le citoyen A. Talandier, député, Paris, 1880.
Nombreux articles dans les journaux de Paris : L’Association, La Rive gauche, L’Homme libre (1876-1877), La République démocratique et sociale. Dans les journaux de province : Le Progrès de Lyon (traduction originale de l’ouvrage de Holyoake : Histoire des Équitables Pionniers de Rochdale, 1862-1863), Le Libéral du Centre (14 août 1869, lettre à Périn), La Défense républicaine (Limoges, 1871).

SOURCES : En dehors des documents ci-dessus, consulter J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I. — J. Bossu, « Une loge de proscrits à Londres sous le Second Empire et après la Commune », dans L’Idée libre de juin-juillet 1958. — Minutes..., op. cit., vol. I.

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