SAND George, baronne DUDEVANT, née DUPIN Aurore [DUPIN Armandine, Lucile, Aurore]. Pseudonyme littéraire : George Sand.

Par Michelle Perrot

Née le 1er juillet 1804 à Paris, morte le 8 juin 1876 à Nohant (Indre) ; écrivain ; républicaine, socialiste et féministe.

Par sa mère, ouvrière en modes du Palais-Royal, George Sand était une fille du peuple ; par son père, brillant officier des armées impériales, par sa grand-mère, fille naturelle du maréchal de Saxe et mariée à Dupin de Francueil, fils du fermier général et économiste Claude Dupin, elle descendait de l’aristocratie. Elle était une métisse sociale et le sentiment d’injustice qu’elle puisa dans sa lignée bâtarde fut pour beaucoup dans ses convictions démocratiques. Elle s’en est longuement expliqué dans Histoire de ma vie, témoignage capital sur elle-même et son temps.

Très tôt elle éprouva « la rage d’écrire » : au couvent des Anglaises où elle fut pensionnaire, on l’appelait « Miss Agenda ». Très tôt, elle prit conscience de la sujétion féminine. Mariée à Casimir Dudevant, dont elle eut deux enfants (Maurice et Solange), elle s’en sépara pour mener une vie libre et créatrice. Elle ne cessa de se battre contre l’iniquité du code Napoléon, revendiquant le droit au divorce et l’égalité civile, préalable indispensable à la citoyenneté politique des femmes : d’où son différend avec les féministes de 1848 qui pensaient le contraire. Ses premiers romans — Indiana, Lelia —, résolument « féministes », comme les Lettres à Marcie (1837), eurent un immense succès et la rendirent immédiatement célèbre.

1830 marqua une nette évolution de sa pensée politique. Elle devint républicaine, suivit avec passion le procès des accusés d’avril 1834 et celui des défenseurs désignés par les accusés eux-mêmes, grand rassemblement des républicains animé par son ami Michel de Bourges* et Ulysse Trélat*, Marc-René Voyer d’Argenson*, Armand Barbès*, Auguste Blanqui*, etc., soutenu par La Tribune et le Réformateur de François Raspail*. Autour de 1840, elle prit conscience de la « question sociale ». Le socialisme égalitaire et moral de Pierre Leroux* la séduisit. Elle le soutint dans ses entreprises de presse (La Revue Indépendante, L’Éclaireur de l’Indre), par la plume et l’argent. Elle se convertit à un art « utile », destiné à l’éducation des « masses ». C’est l’époque des « romans socialistes », en quête de formes nouvelles, de style et de langage, autant que de nouveaux acteurs. Agricol Perdiguier* lui inspira le héros (Pierre Huguenin) du Compagnon du Tour de France (1842). C’est le temps des poètes ouvriers — Jérôme-Pierre Gilland*, Éléonore Magu*, Jean Reboul*, Adélaïde Bousquet et surtout Charles Poncy*, le maçon de Toulon — qu’elle encourageait à écrire, les soutenant contre les sarcasmes dont ils étaient l’objet. « C’est dans le Peuple, et dans la classe ouvrière surtout qu’est l’avenir du monde » (à Perdiguier). Après 1845, elle s’éloigna de Pierre Leroux et se rapprocha de Louis Blanc* ; elle donna à La Réforme, en 1845, un roman « communiste », Le Péché de Monsieur Antoine, où elle comparait plusieurs formules d’organisation communautaire, acquise à l’idée d’une nécessaire modification des systèmes de propriété. « Le socialisme est le but, la République est le moyen. »

C’est dire son enthousiasme pour la Révolution de 1848. Elle s’y engagea à fond : en Berry, où elle tenta d’instaurer « La République au village » ; à Paris surtout, où elle se mit à la disposition du Gouvernement provisoire. Elle rédigea pour lui un grand nombre des Bulletins de la République, dont certains firent scandale par le caractère hardi des prises de position. Elle publia les Lettres au peuple, lança La Cause du peuple (3 numéros) et collabora activement à La Vraie République de Théophile Thoré*, qui rêvait comme elle d’un art républicain. Elle participa à plusieurs manifestations, dont la journée du 16 avril et la fête de la Fraternité du 20 avril : apothéose avant le chaos. De plus en plus hostile à la violence blanquiste, elle désapprouva la tentative manquée du 15 mai, qui aboutit à l’arrestation de nombre de ses amis, dont Barbès.

De retour à Nohant, où on la conspua comme « communiste », elle assista atterrée, aux journées de Juin : « Je ne crois pas à l’existence d’une République qui commence par tuer ses prolétaires. Voilà une étrange solution donnée au problème de la misère. C’est du Malthus tout pur. » Mais la République se mourait, le peuple lui préfèrant Bonaparte. Il réagit mollement devant le coup d’État que Sand condamna sans appel. Elle utilisa son immense crédit pour aider ses amis poursuivis, en fuite ou exilés. Mais c’en était fini de l’action directe, brève mais intense parenthèse dans la vie de celle qui fut une des femmes les plus « politiques » de son temps. Elle demeurait profondément fidèle à ses convictions. « Je n’ai qu’une passion, l’idée d’égalité (...) Mais c’est un beau rêve dont je ne verrai pas la réalisation. Quant à mon idée, je lui ai voué ma vie, et je sais bien qu’elle est mon bourreau » (juin 1848).

Retour à l’écriture (La petite Fadette, 1849), au théâtre qui devint sous le Second Empire un des moyens d’expression critique. L’anticléricalisme du Marquis de Villemer fut salué par de vibrantes manifestations d’étudiants au quartier Latin. Repli sur la vie privée de l’exil intérieur. Sa Correspondance (24 volumes) maintenant entièrement publiée grâce à Georges Lubin, montre l’étendue de ses relations politiques européennes (comme par exemple Joseph Mazzini) et l’acuité de sa réflexion sur le suffrage universel, les exigences de la démocratie, la nécessité de l’éducation des masses à laquelle, par son œuvre, elle entendait justement contribuer. Elle ferraillait sur ce point avec Flaubert, son cher « troubadour », partisan de l’art pour l’art quand elle voulait l’art pour le peuple.

Toutefois, fidèle à ses amis de 1848, elle perdit contact avec le mouvement ouvrier de la fin du Second Empire, qu’elle connaissait mal, comme du reste les nouvelles réalités industrielles qu’elle évoquait cependant dans La Ville noire (1860). Mal informée, elle ne comprit pas la Commune qu’elle lisait à travers les journées de Juin, voire à travers 1793. Elle condamnait sans appel cette « folie », cette violence qui risquait de compromettre la République enfin proclamée et qui, même médiocre, lui apparaissait comme le préalable indispensable à toute évolution. Au soir de sa vie et d’un siècle de feu, elle rêvait de changement pacifique. « Je hais le sang répandu, écrivait-elle à un jeune poète. Maudissez tous ceux qui creusent des charniers. Le vie n’en sort pas (...) Apprenons à être révolutionnaires obstinés et patients, jamais terroristes. »

C’est dans son œuvre d’écrivain, qu’on ne cesse aujourd’hui de réévaluer, qu’elle développa ses convictions et esquissa ses conceptions du monde et de la vie. Une œuvre immense qui fut, pour beaucoup de lecteurs et de lectrices, la source d’une quête identitaire et d’un imaginaire démocratique.

Principales féministes dans le Maitron
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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24358, notice SAND George, baronne DUDEVANT, née DUPIN Aurore [DUPIN Armandine, Lucile, Aurore]. Pseudonyme littéraire : George Sand. par Michelle Perrot, version mise en ligne le 26 janvier 2009, dernière modification le 4 décembre 2016.

Par Michelle Perrot

ŒUVRE : Histoire de ma vie, 1854-1855, édition de Georges Lubin, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1970-1972, 2 vol. — Correspondance (1812-1876), 24 tomes, édités par Georges Lubin, Paris, Garnier, 1964-1989. — Politique et polémiques, 1843-1851, édités par Michelle Perrot, Paris, Imprimerie nationale, 1997.

SOURCES : On pourra se reporter à : Europe, numéro spécial consacré en 1956 à George Sand. — Jean Larnac, Georges Sand révolutionnaire, Paris, Éditions Hier et aujourd’hui, 1948. — André Maurois, Lélia ou la Vie de George Sand, Paris, s. d. — Henri Guillemin, À vrai dire, Paris, 1957. — Jean-Pierre Lacassagne, Histoire d’une amitié. Pierre Leroux et George Sand, Paris, Klincksiek, 1973. — Naomi Schor, George Sand and Idealism, New York, Columbia University Press, 1973. — Pierre Vermeylen, Les Idées politiques et sociales de George Sand, Bruxelles, Éditions de l’Université Libre, 1984. — Parmi les meilleures biographies : Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté, Paris, Le Seuil, 1982 (éd. américaine en 1976). — Huguette Bouchardeau, George Sand. La lune et les sabots, Paris, Laffont, 1990.

ICONOGRAPHIE : Le Musée George Sand de La Châtre (Indre), et ses deux demeures de Nohant (Indre) et de Gargilesse-Dampierre (Creuse) contiennent, outre des documents manuscrits et des montages de documents, l’essentiel des portraits.

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