ENDEWELT Robert

Par Frédéric Dabouis, Claude Pennetier

Né le 26 octobre 1923 à Paris (XIIe arr.), mort dans la nuit du 16 au 17 octobre 2018 ; mécanicien tailleur ; membre de la direction régionale parisienne des jeunes communistes juifs de la Moi (1941), puis responsable de cette direction régionale de mars 1943 à août 1944 ; permanent à la section centrale de presse du PCF (1955-1958), puis à la Fédération de Paris (1958-1970) ; responsable parisien du Mouvement de la Paix (1961-1971) ; collaborateur du comité central du PCF ; responsable communiste à Paris puis dans le Val-de-Marne. Pseudonyme : GABY dans la Résistance.

Robert Endewelt
Robert Endewelt
Cliché fourni par Frédéric Dabouis

Robert Endewelt (le nom est parfois écrit par erreur Endelwelt) est le fils de Gitla Dynerman, couturière et de Szmul Endewelt tailleur, tous deux originaires de Varsovie (Pologne) arrivés en France en 1923.

Il obtint son certificat d’études primaires en 1935 à l’école communale de Pontault-Combault (Seine-et-Marne) et effectua sa première année de cours complémentaire à l’école de la rue des Petits-Hôtels (Paris, Xe arr.). Il termina sa scolarité en 1937 et fit l’apprentissage du métier de tailleur auprès de ses parents qui exerçaient à domicile, tout en se partageant avec des cours du soir de mécanique au Conservatoire des Arts et Métiers. Il devint salarié dans l’industrie de l’habillement après le décès de son père en mai 1940. Il assuma alors la responsabilité de chef de famille (une mère, un frère et une sœur).

Il entra en Résistance en janvier-février 1941 dans un groupe des Jeunesses communistes clandestines du Xe arr. (ceux-ci s’étaient reconstitués dès l’été 1940). Il intégra dans la même période, ce qui n’allait pas forcément de soi pour un jeune « éloigné de tout esprit communautaire », les groupes de jeunes juifs de la MOI du Xe arr. Leurs lieux de rencontre étaient le club sportif de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), le CPS 10, et la salle de gymnastique du YASK (Yiddisher Arbeiter Sport Klub : Club Ouvrier Sportif Juif), 14 rue de Paradis. Nombre de ses camarades tombèrent au cours des actions menées contre l’occupant nazi. Lui-même participa aux trois manifestations organisées en 1941, dont celle du 13 août à la porte Saint-Denis où furent arrêtés Henry Gautherot et Samuel Tyszelman, fusillés le 19 août.

Il entra dans la clandestinité sous le nom de Gabriel Rapert (« Gaby ») en juin 1942, peu avant la rafle du Vel’ d’Hiv. Pour lui, « porter l’étoile jaune et mener des actions de résistance en même temps, c’était accumuler des risques ». Il participa en 1943 à la fondation de l’Union de la Jeunesse Juive (UJJ), qui recrutait ses membres dans les entreprises du textile et des cuirs et peaux pour y organiser un « travail systématique de sabotage ». Ces entreprises, qui employaient une importante main d’œuvre juive, étaient en effet contraintes de travailler pour l’occupant, notamment en fabriquant des vêtements chauds pour les troupes du front russe.

Le 23 mars 1943, il échappa au coup de filet des Brigades Spéciales de la Préfecture de police, qui entraîna l’arrestation d’Henri Krasucki*, de Roger Trugnan* et d’une cinquantaine de jeunes résistants de la MOI à Paris. Un des deux membres rescapés du triangle de direction, il reconstitua alors l’organisation, et devint jusqu’à la Libération le responsable régional parisien des jeunes juifs de l’UJJ. Trois de ses camarades, Wajsbrot, Rayman et Fingercwajg, figuraient sur l’Affiche rouge (février 1944). Au printemps 1944, il fut chargé avec d’autres militants d’organiser des milices patriotiques juives. Lors de l’insurrection parisienne d’août 1944, il participa aux ultimes combats de la caserne de la place de la République. Engagé volontaire dans le bataillon FFI 51/22 dirigé par Boris Holban (l’un des chefs des FTP-MOI de la Région parisienne), il termina la guerre avec le grade de sergent-chef dans un régiment de tirailleurs algériens, en Allemagne, dans la zone française d’occupation. Il a toujours considéré que cette résistance des juifs était partie intégrante de la Résistance nationale en France.

Démobilisé le 18 avril 1946, il légalisa son domicile clandestin de la rue Bellot dans le XIXe arr., puis se fixa dans le XIe arr. où il exerça la profession d’ouvrier mécanicien tailleur (confection pour dames) de 1947 à 1954.

Au début de cette période, il milita d’abord au cercle de l’UJRF « Maurice Deck » dans le XIXe arr., et en devint le secrétaire. Il adhéra ensuite au Parti communiste dans cet arrondissement en 1946 puis fut muté à la section de la Roquette du XIe arr. de Paris dont il devint secrétaire. Lors de la conférence fédérale de la Seine du 27 février au 1er mars 1953, il soumit par écrit une intervention sur l’activité de sa section dans le domaine de la laïcité. Quelques mois plus tard, lors de la constitution de la Fédération de Paris en décembre 1953, il entra au comité fédéral. Il suivit une école centrale du PCF du 14 février au 16 mars 1954, destinée aux dirigeants fédéraux (formation de journalistes). Il entra alors à la rédaction de l’Humanité comme stagiaire à la rubrique « le front du travail », sous la direction d’Octave Rabaté, de novembre 1954 à mai 1955. En juin 1955, il passa à la Section Centrale de Presse sous la direction d’Étienne Fajon, en compagnie de trois autres permanents : Jacques Ralite*, François Lescure* et René Roy*.

D’octobre 1958 à 1970, il devint permanent à la Fédération de Paris du PCF (membre du bureau fédéral). Il entra au secrétariat fédéral en mai 1961, pour se charger de la propagande dans une équipe de cinq secrétaires animée d’abord par Raymond Guyot, puis par Bernard Jourd’hui*, et comprenant également Louis Baillot (intellectuels), Henri Fiszbin (organisation), René Thoirain* (organisation de masse). Son passage fut très bref car dès octobre-novembre 1961, il fut appelé au secrétariat départemental du Mouvement de la paix, en remplacement d’Yves Cholières puis accéda au bureau national de cette organisation. Selon le secrétariat du parti du 29 avril 1957, il avait des difficultés à militer au comité fédéral parisien en raison de ses autres engagements. En juin 1962, il fut donc seulement réélu au bureau fédéral, où il continua de siéger jusqu’en 1970.

En tant que secrétaire départemental du Mouvement de la paix, il fut l’organisateur des grandes manifestations parisiennes contre la guerre américaine au Vietnam, ce qui lui valut des démêlés avec le préfet de police, Maurice Grimaud, en février 1971.

Il s’installa en 1970 à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et fut un responsable communiste du Val-de-Marne dans les années soixante-dix. Il fut affecté d’abord à la cellule « Langevin » de Nogent-sur-Marne puis à la cellule « Benoît Frachon » de Champigny. En mars 1977, il fut élu conseiller municipal de Champigny sur une liste d’Union de la Gauche et siégea jusqu’en 1983.

En 1971, il quitta ses responsabilités au Mouvement de la paix et redevint collaborateur du comité central du PCF à la section de propagande avec René Piquet*, puis responsable au bureau de presse avec Georges Gosnat puis Pierre Juquin*, et enfin à la section « cadre de vie », successivement avec Claude Poperen*, Mireille Bertrand et Jackie Hoffman*, membres du bureau politique.

Robert Endewelt travailla ensuite pour Unicité, société cinématographique proche du PCF, avec Pierre Eloire.

En 1978, il quitta Champigny pour habiter de nouveau à Paris.

De 1983 à 1993, retraité, il participa encore à titre bénévole à la section « cadre de vie » du comité central. Il anima avec Pierre Eloire la rédaction du journal national en direction des personnes âgées, Plein-Temps.

Dans cette période et depuis, il se consacre activement au travail de mémoire de la Résistance : il milite à l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR), est membre du Comité de Paris et secrétaire du comité local du XIXe arr. À ce titre, il est le maître d’œuvre avec René Le Prévost pour l’ANACR de l’édition du livre La Résistance dans le XIXe arrondissement. Il multiplie les témoignages dans les écoles, collèges et lycées, et participe à des colloques.

Membre de l’Association Nationale des Amis du Musée de la Résistance Nationale de Champigny, il est nommé en 2008 au comité d’honneur de cette association.

Membre fondateur de l’Association des amis parisiens du musée de Champigny, il en est élu « président délégué » en 2009.

Le 21 avril 2009, il a été élu membre du bureau de la nouvelle association Comité Parisien de Libération (CPL) lors de sa première assemblée générale réunie à l’Hôtel de Ville de Paris.

Il s’était marié en octobre 1945, à Paris Xe arr., avec Annette Kalinsky, résistante, agent de liaison de la MOI, proche d’Holban (soeur de Maxime Kalinsky) dont il divorça en 1978.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24328, notice ENDEWELT Robert par Frédéric Dabouis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 18 janvier 2009, dernière modification le 20 octobre 2018.

Par Frédéric Dabouis, Claude Pennetier

Robert Endewelt
Robert Endewelt
Cliché fourni par Frédéric Dabouis

ŒUVRE : "Propagande : à la hauteur des responsabilités", Cahiers du communisme, janvier 1972, p. 40-50. — 1940-1945, la Résistance dans le XIXe arrondissement de Paris, édité par l’ANACR et LE TEMPS DES CERISES, septembre 2005.

SOURCES : Arch. comité national du PCF, décisions du secrétariat. — Arch. PPo., dossier Georges Gosnat. — Copie du courrier adressé par Maurice Grimaud, préfet de Police, à R. Endewelt le 9 février 1971. — Intervention de R. Endewelt lors d’un colloque tenu à l’Hôtel de Ville de Paris le 15 décembre 2006. — Entretien filmé dans le documentaire de Jorge Amat et Denis Peschanski, La traque de l’Affiche rouge, DVD, Compagnie des Phares et Balises, 2006. — Interview de R. Endewelt dans le Hors-série de l’Humanité consacré au Groupe Manouchian, février 2007, p. 24-25. — État civil du XIIe arr., 2008. — Curriculum vitae fourni à Frédéric Dabouis par R. Endewelt, septembre 2009. — Notes de Céline Barthonnat.

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