GENDRE André

Par André Balent

Né le 27 mars 1896 à Millas (Pyrénées-Orientales), mort le 3 décembre 1981 à Millas ; exploitant agricole et restaurateur à Millas ; dirigeant du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales ; militant de diverses organisations paysannes.

André Gendre était le fils d’un ouvrier agricole et d’une couturière. Son père qui fut dreyfusard et sympathisant du parti radical se tint à l’écart du syndicat des travailleurs de la terre de Millas créé au début du siècle.
Millas, petite bourgade de la basse vallée de la Têt était un des principaux centres du Riberal, le plus vaste des riches terroirs irrigables de la plaine du Roussillon. Le canton de Millas était “ rouge ” depuis les années 1848-1851. Démocrate-socialiste sous la Seconde république, le canton de Millas était devenu dès les années 1880 un fief radical. Jusqu’en 1918 le Parti socialiste ne réussit pas à créer de section à Millas. Les groupes socialistes créés dans les communes voisines (Néfiach, Pézilla-de-la-Rivière, Saint-Felice-d’Avall) avant 1914 n’eurent qu’une existence précaire. Ce ne fut qu’après la Première Guerre mondiale que les partis se réclamant du mouvement ouvrier (SFIO ; PC) s’implantèrent solidement dans plusieurs communes du Riberal. André Gendre allait contribuer de manière décisive à l’implantation du Parti communiste dans cette petite région. Le Riberal tendait à se distinguer de plus en plus de la plupart des autres zones de la plaine roussillonnaise : en effet, dès le début du XXe siècle, mais surtout après 1918, les cultures maraîchères et l’arboriculture fruitière connurent un essor sans précédent et évincèrent partiellement la viticulture.

André Gendre fréquenta l’école communale de Millas jusqu’à l’obtention du certificat d’études. Élève du cours supérieur il fut très influencé par son instituteur, sympathisant du Parti socialiste : Pons, originaire de Maury (Pyrénées-Orientales). Celui-ci développait devant ses élèves le bien-fondé de la coopération dans tous les domaines, notamment celui de l’agriculture. Si le Parti socialiste n’était pas implanté à Millas, André Gendre avait entendu parler de ses deux principaux dirigeants Jean Manalt et Lucien Deslinières dont la renommée était parvenue jusque dans son entourage. Le mouvement viticole de 1907 impressionna beaucoup le jeune André Gendre : sa famille était directement concernée et son père y participa activement.

Après le décès de sa mère, son père se remaria. Sa famille l’incita à s’engager dans la Marine. Le 7 janvier 1911, il entrait à l’école des mousses à Brest (Finistère). À l’issue d’un stage de 21 mois il fut reçu 21e sur 600 candidats et suivit un stage de spécialisation en électricité sur le D’Entrecastraux à Toulon (Var). Déjà il se plaignait des brimades infligées par les officiers. Il n’admettait pas les mauvais traitements et, révolté par la discipline militaire, se demandait comment il pourrait quitter la marine. De la fin de 1913 jusqu’en 1914 il fut affecté sur le cuirassé Jean-Bart à Brest, dont on achevait la construction. Des ouvriers du port participaient aux travaux et avaient des contacts avec les marins. À la veille du 1er Mai 1914 les ouvriers distribuèrent aux marins des journaux syndicalistes. Leur lecture fit réfléchir André Gendre dont la révolte contre l’armée était en train de mûrir. Le fait d’être consigné à bord, ainsi que tous les marins, pendant la journée du 1er Mai l’amena à se poser des questions. Après avoir participé aux fêtes anniversaire de Jean Bart à Dunkerque et à des manœuvres en Méditerranée, il regagna Millas à l’occasion d’une permission de 72 heures. Il aurait dû regagner son bâtiment qui devait appareiller pour la Scandinavie et la Russie où le président Poincaré se rendait en visite officielle (juillet 1914). Mais son antimilitarisme était tel que pour ne pas revenir à Toulon il se trancha volontairement un doigt à la hache. Il expliqua qu’il s’agissait d’un accident qui s’était malencontreusement produit alors qu’il coupait du bois. Alors que le Jean-Bart était à Pétrograd, André Gendre se trouvait à l’hôpital de Perpignan. Il fut réformé au dépôt de l’Arsenal de Toulon le 3 août 1914, jour de la déclaration de guerre. Succombant aux thèses de l’Union sacrée, il fut pris de remords et demanda qu’on le réintégrât dans la Marine, mais ceci lui ayant été refusé, il revint à Millas. Il vécut pendant plusieurs années chez ses grands-parents (son père avait été mobilisé). Craignant que l’on apprenne que sa mutilation était un acte volontaire, il chercha en vain à se faire mobiliser, notamment lors du conseil de révision de la classe 1916. Patriote et belliciste en 1914-1915, il évoluait insensiblement vers le pacifisme. Un ami de sa famille, Raymond Adroguer, pacifiste de la première heure, discutait souvent avec lui. De plus, les témoignages de ses camarades mobilisés l’édifiaient et il prenait de plus en plus conscience des horreurs de la guerre. En 1917 il devint lecteur de La Vague et du Cri Catalan, journal socialiste local dirigé par Jean Payra qui développait des thèses pacifistes. Bientôt il fut gagné aux idées socialistes et internationalistes. Il lut une version abrégée du Capital ainsi que divers ouvrages d’Engels, Lafargue et Deslinières. Sympathisant du Parti socialiste, il hésita toutefois à s’engager dans ses rangs car il craignait toujours que sa mutilation lui fût reprochée. En février puis en octobre 1917, il accueillit avec sympathie la nouvelle de la Révolution russe.

En 1919, il n’adhéra pas au Parti socialiste, car il n’avait guère confiance en Jean Payra qui avait réussi à obtenir de la Fédération des Pyrénées-Orientales qu’elle ne présente pas de liste aux élections législatives (scrutin du 16 novembre 1919).

Sympathisant de la IIIe Internationale, André Gendre adhéra au Parti communiste en 1923 lorsque ce dernier fut fondé à Millas à l’initiative de Firmin Pélissier (voir également : Canet Albert). Il milita fort activement dans les rangs du Secours rouge et participa aux actions que le Parti communiste développa contre la guerre du Rif. Il prit part à l’organisation des campagnes du Parti communiste lors des élections législatives du 14 mai 1924, 12 avril 1928, 1er mai 1932. À l’occasion de la dernière de ces trois campagnes, André Gendre accompagna le candidat communiste de la circonscription de Céret, le millassois Albert Canet ; il mit son automobile à la disposition du parti.

André Gendre travailla jusque dans les années 1960 comme petit exploitant agricole. Mais parallèlement à cette activité professionnelle, il exerça divers métiers : représentant de commerce (machines à coudre), ouvrier électricien. En 1922, il épousa Marie Bourrat, sœur de la femme d’un militant communiste cerdan, Sauveur Rougé. Après son mariage, il ouvrit un restaurant près de la gare de Millas où il eut l’occasion de travailler mais ce fut sa femme qui pour l’essentiel assura la gestion de cet établissement.

À la fin des années 1920 et au début des années 1930, André Gendre fut, ainsi que François Feuerstein, chargé par sa cellule de développer les activités du Secours rouge international et de l’organisation de syndicats CGTU d’ouvriers agricoles dans le Riberal : furent ainsi créés des syndicats unitaires à Néfiach, Corneilla-de-la-Rivière, Pézilla-de-la-Rivière, Saint-Feliu-d’Avall. Ces syndicats, minoritaires, eurent souvent une brève existence. Georges Malet collabora également avec André Gendre à la construction de syndicats unitaires dans le prolétariat agricole du Riberal.

En 1929, André Gendre et François Feuerstein participèrent à la création du comité de Défense de l’Humanité de Millas : tous deux assurèrent désormais le fonctionnement de cette organisation.
André Gendre prit également en charge l’organisation de la CGPT dans le Ribéral et les Corbières voisines. La mise en place de comités locaux de la CGPT fut décidée après que Renaud Jean eût tenu une réunion publique à Estagel : des comités furent créés à Millas, Estagel, Ille-sur-Têt, Rivesaltes et même en Cerdagne (à l’initiative de Sauveur Rougé, beau-frère d’André Gendre).

Au début des années 1930, André Gendre était secrétaire de la cellule de Millas qui étendait son activité sur les communes de Thuir, Saint-Feliu d’Avall, Saint-Feliu d’Amont, Le Soler, Millas. En juin 1932, la cellule de Millas groupait 80 adhérents dont une vingtaine étaient vraiment actifs (parmi lesquels six ou sept résidaient à Millas). Elle était renforcée par quelques sympathisants, organisés dans la CGTU ou le Secours Rouge. Pourtant, d’après le préfet des Pyrénées-Orientales (rapport au ministre de l’Intérieur, 21 juin 1932), la cellule de Millas ne semblait “ pas déployer une activité inquiétante ”. Elle était rattachée au sous-rayon de Perpignan qui dépendait alors de la Région communiste du Midi dont le siège était à Béziers. En décembre 1934, André Gendre était toujours secrétaire de la cellule de Millas. Quelque temps après, il céda ce poste à Albert Canet.

En août 1934, les Pyrénées-Orientales furent détachées de la Région communiste du Midi et formèrent une région autonome : la Région catalane. En 1935 André Gendre assura l’intérim du secrétariat régional : le secrétaire en titre, Pierre Terrat avait dû quitter momentanément son village, Marseillan dans l’Hérault. Il siégea au bureau régional jusqu’à la dissolution du Parti communiste en septembre 1939 et anima les travaux de la commission régionale paysanne. Il présida la Ve Conférence de la Région catalane (décembre 1938).

Avec quelques-uns de ses camarades de la cellule de Millas, André Gendre fut un des militants qui prirent, vers 1932-1933, l’initiative de construire la cave coopérative viticole de cette commune. En 1934, peu après sa construction, le Parti communiste était majoritaire à son conseil d’administration : André Gendre y siégeait. L’activité de militants communistes dans le mouvement coopérateur renforça l’influence du Parti à Millas.

Pour les élections municipales de mai 1935, le Parti communiste prit l’initiative de la constitution d’une liste de “ Bloc ouvrier et paysan ” : cette liste conduite par Paul Malet (PC) comprenait dix communistes et six socialistes SFIO. André Gendre et son ami Feuerstein — tous deux candidats — étaient favorables à ce que le Parti communiste ait davantage de sièges que la SFIO au conseil municipal. Albert Canet était, de son côté, partisan de la parité entre les deux partis. Un arbitrage national de Gabriel Péri trancha en faveur de la position que défendait notamment André Gendre. Celui-ci fut élu conseiller municipal de Millas : il demeura à ce poste jusqu’à ce qu’il fut suspendu puis déchu (janvier 1940) après la dissolution du Parti communiste.

André Gendre fut le candidat du Parti communiste dans la circonscription de Prades pour les élections législatives des 29 avril et 3 mai 1936. Il recueillit 2 753 voix (Manaut, 7 429 voix ; Rous, SFIO dissident, 5 307 ; Ferlat, SFIO officiel, 1 023 ; Fabre, rad.-soc. 690 ; Cadène rad.-soc. “ Camille Pelletan ”, 78). Au second tour, il se désista en faveur du député sortant, Joseph Rous qui fut réélu.

Avant la Seconde Guerre mondiale, André Gendre fut, à deux reprises, candidat à une élection sénatoriale. Son colistier communiste fut, lors de ces deux scrutins, Paul Combeau. Aux élections sénatoriales du 20 octobre 1935 ils obtinrent 19 voix : les candidats de la SFIO, Jean Payra et Georges Pézières, qui recueillirent respectivement 211 et 184 suffrages, furent élus. Le 25 juillet 1937, André Gendre se présenta à nouveau à une élection sénatoriale : au second tour il contribua à l’élection de Joseph Parayre, jusqu’alors député socialiste de Céret.

André Gendre fut également, avant 1939, candidat du Parti communiste à des élections au conseil général des Pyrénées-Orientales et aux conseils d’arrondissement de Perpignan et de Prades.
Présent aux élections cantonales du 7 octobre 1934 dans le canton de Vinça, il obtint 263 voix et se désista en faveur de Peyrevidal, radical-socialiste autonome.

Le 9 décembre 1934 il se présenta à nouveau, cette fois dans le canton de Thuir, où, à l’occasion d’un scrutin partiel, il fallait élire un conseiller d’arrondissement. Il obtint 242 voix. Le scrutin de ballottage fut favorable à Michel Buzan, viticulteur à Trouillas et candidat du Parti socialiste SFIO qui recueillit 889 suffrages au premier tour. Michel Buzan qui bénéficiait du désistement d’André Gendre fut facilement élu au second tour par 1 383 voix contre 1 005 au radical Bolte.
Le 10 octobre 1937, il était, avec Fitte candidat du Parti communiste dans le canton de Vinça, pour l’élection de conseillers d’arrondissement. Pour sa part André Gendre obtint 408 voix. Il se désista (ainsi que Fitte) en faveur des deux candidats de la SFIO, Lucien Doste et Dominique Parsuire qui furent élus.

En mars 1937, André Gendre fit, avec son beau-frère Sauveur Rougé, plusieurs meetings en Cerdagne afin d’implanter la CGPT dans cette région.

De la fin de 1936 jusqu’au début de 1939 André Gendre consacra l’essentiel de ses activités militantes à organiser l’aide matérielle à la révolution espagnole. Dès le mois de septembre 1936, alors que les volontaires internationaux affluaient à Perpignan et étaient pris en charge par des militants locaux — notamment par des cadres du Parti communiste — André Gendre fit franchir à certains d’entre eux la frontière franco-espagnole près du petit village de Palaude-Cerdagne. Mais bientôt Joseph Baurès et Pierre Terrat s’occupèrent des volontaires des Brigades internationales. André Gendre fut alors chargé par le “ Comité national d’aide à l’Espagne républicaine ” d’assurer l’acheminement clandestin de matériel militaire. Des camions arrivaient à Millas en provenance de Paris. André Gendre déchargeait leur contenu dans un entrepôt qu’il avait loué à la municipalité à direction communiste de Millas. Dans un premier temps il ne reçut que des armes légères, anciennes, hétéroclites et en faible quantité. Aidé par un militant, Berthomieu, il les transportait en automobile jusqu’à Los Illos, petite localité du Vallespin proche de la frontière. Ensuite elles étaient acheminées jusqu’en Espagne à dos d’homme : André Gendre fut aidé par des militants de Céret comme Jean Paloma ou Sauveur Berdaguer. André Gendre convoyait jusqu’à Barcelone des automobiles ou des camions qui lui étaient confiés par le comité d’aide à l’Espagne républicaine : s’il ne put assurer l’acheminement de tracteurs jusqu’en territoire espagnol, c’est que ceux-ci furent considérés comme étant du matériel militaire. Le Comité d’aide à l’Espagne républicaine avait mis à la disposition d’André Gendre une quinzaine de camions destinés au transport de matériels divers (notamment le produit des collectes de solidarité : vivres vêtements). Le même organisme lui avait également confié cinq camions-citerne qui devaient assurer le transport d’hydrocarbures entre Port-la-Nouvelle (Aude) et Barcelone. André Gendre utilisa ces camions-citerne pour transporter armes et munitions, après avoir habilement “ bricolé ” le système de plombage mis en place par les autorités du port de Port-la-Nouvelle. L’essence, entreposée à Millas était remplacée par des armes et n’était transportée que lors d’un second voyage. André Gendre bénéficia de la complicité de nombreux militants, notamment de certains douaniers syndicalistes du Perthus : lors d’un voyage à Barcelone avec les camions-citerne chargés d’armes, le responsable des douanes du Perthus ordonna une fouille systématique des véhicules. Un douanier, Sylvain, socialiste SFIO, découvrit la véritable nature du chargement mais n’en souffla mot à son supérieur hiérarchique. Le convoi put gagner Barcelone : Sylvain fut toutefois muté d’office à Sète (Hérault) 72 heures plus tard. À Barcelone, André Gendre avait des contacts avec le commandant de la caserne Karl Marx, les dirigeants du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne) et le gouvernement de la Généralité de Catalogne. Plus tard, lorsque le gouvernement républicain eut quitté Valence pour Barcelone, il fut directement en contact avec ce dernier. Négrin, président du conseil, lui donna un sauf-conduit qui lui permettait d’entrer en contact avec toutes les autorités locales de la République espagnole. Avant que les troupes franquistes n’aient atteint la Méditerranée — coupant ainsi la zone républicaine en deux — André Gendre se rendait parfois jusqu’à Valence. Il assurait, dans les deux sens, le courrier du PCE et du PSUC entre Valence (ou Barcelone) et Millas. Là, le courrier était pris en charge par un autre militant, Cathala. André Gendre fut également chargé d’acheminer, à plusieurs reprises, le courrier des Brigades internationales. Pourtant il ne se rendit qu’une fois à Albacete pour accompagner la secrétaire d’André Marty. Il remettait une partie du courrier à Togliatti ou au Bulgare Stepanov (connu également sous le pseudonyme espagnol de Moreno), délégué du Komintern auprès du PCE. Le domicile millassois d’André Gendre fut une étape pour les dirigeants communistes qui se rendaient en Espagne ou en revenaient. Il eut ainsi l’occasion d’héberger Dolorès Ibarruri, Maurice Thorez, Jacques Duclos, Togliatti... André Gendre tenta une dernière fois de gagner Barcelone alors que cette ville était sur le point de tomber entre les mains des troupes franquistes. Stepanov, qu’il rencontra par hasard à Gérone, l’en dissuada. Il regagna donc la frontière française en se frayant un chemin au milieu des colonnes de réfugiés qui fuyaient, précédant les armées fascistes.

De retour à Millas, il s’occupa très activement de la solidarité aux réfugiés espagnols qui avaient afflué en masse en Roussillon et étaient rassemblés dans des camps de concentration comme celui d’Argelès-sur-Mer.

Après la dissolution du Parti communiste en septembre 1939, André Gendre fut inscrit sur la liste des “ suspects, du point de vue national ” avec la notice suivante : “ chef de la cellule communiste de la localité [...] est un membre des plus en vue de notre département ”. Il fut suspendu de son mandat de conseiller municipal en septembre 1939 et déchu en octobre de la même année. Son domicile fut perquisitionné à plusieurs reprises. Il fut arrêté le 3 juin 1940 et incarcéré pendant quelques jours dans les locaux de la gendarmerie de Perpignan. Deux arrêtés du préfet des Pyrénées-Orientales datés du 27 mai 1940 ordonnaient son internement au “ centre de résidence surveillée ” du Sablou (Foulac, Dordogne). Il resta au Sablou jusqu’en janvier 1941, date à laquelle il fut interné au camp de Saint-Paul d’Eyjoux (Haute-Vienne) où il ne resta que quelques semaines avant d’être transféré à Djelfa, dans le Sud algérien. Il fut ensuite incarcéré à Bossuet (département d’Oran). Libéré le 1er mai 1943, il vécut à Alger jusqu’en octobre 1944.

André Gendre fut de retour à Millas le 24 octobre 1944. En mai 1945, il fut élu — ainsi que trois autres militants communistes — conseiller municipal de Millas. Lors du renouvellement des conseils généraux (septembre 1945), il fut élu au premier tour de scrutin dans le canton de Vinça. Avec 1845 voix, il battait le conseiller général sortant Peyrevidal, radical et maire de Velmanya (103 voix) et Henri Noguères (fils de Louis Noguères et futur président de la Ligue des droits de l’Homme ; 1 609 voix). Il ne fit qu’un seul mandat de conseiller général. Au cours de son mandat de conseiller général de Vinça, il occupa divers postes de responsabilités au sein de l’assemblée départementale. Celle-ci, dans sa séance du 30 septembre 1948, l’élut à son secrétariat en même temps que son camarade communiste Miquel et que Léon-Jean Grégory, de la SFIO.

Il fut à deux reprises le candidat malchanceux de son parti à des élections cantonales à Sournia (Pyrénées-Orientales).
Le 17 avril 1955, il se présenta contre le conseiller général sortant de Sournia, le radical Argelliès : ce dernier fut réélu avec 678 voix alors qu’André Gendre recueillait pour sa part 99 suffrages. Il fut à nouveau candidat à Sournia le 4 juin 1961 : le docteur René Argelliès (radical-socialiste) fut réélu avec 523 voix ; André Gendre ne recueillit que 70 voix alors qu’un troisième candidat, Claire Danoy (Action sociale) rassemblait 154 voix sur sa candidature.

Aux élections sénatoriales des 11 mai et 8 juin 1958 il fut, avec son camarade Antoine Miquel, candidat du PCF. Dans leur profession de foi, les deux candidats communistes dénoncèrent “ le fascisme naissant ”. Mais d’après M. Roger Bernis, leur campagne fut “ atone et sans éclat ”.
En mars 1971, il se présenta aux élections municipales à Millas sur la liste d’Union de la gauche conduite par François Beffara (SFIO) et fut élu conseiller municipal. Aux élections municipales de mars 1977, il ne sollicita pas le renouvellement de son mandat.

André Gendre siégea à la commission exécutive de la Fédération communiste des Pyrénées-Orientales jusque dans les années 1960.
Depuis la Libération, il ne cessa de militer dans les rangs du PCF et de nombreuses organisations paysannes.

Peu après son retour d’Alger, il fut réélu président de la cave coopérative viticole de Millas, fonction qu’il avait déjà assurée en 1938 et 1939 (il siégeait au conseil d’administration de cette cave coopérative depuis 1934). De 1945 jusqu’au début des années 1950 il fut secrétaire de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) des Pyrénées-Orientales. Il présida également la CUMA (coopérative d’utilisation du matériel agricole) du canton de Millas et participa à la création des huit autres CUMA qui furent fondées après la Libération dans les Pyrénées-Orientales. André Gendre eut des difficultés avec le PCF qui n’admettait pas sa participation à la FDSEA et des CUMA. Aussi fut-il amené à se retirer de ses organismes au début des années 1950. Au printemps de 1945 il avait également participé à la création de la CGA (confédération générale agricole). Il fut délégué à plusieurs congrès de cette organisation qui perdit toute réalité militante au début des années 1950. Par la suite et jusqu’à la fin des années 1960 il fut un militant actif du MODEF (Mouvement de défense des exploitations familiales), organisation paysanne animée essentiellement par des membres du PCF. Il fut le créateur de comités du MODEF à Millas et à Ille-sur-Têt. Peu après la Libération, il participa, avec Jean Doumeng, militant communiste de la Haute-Garonne, à la création de l’UCASO (Union des coopératives agricoles du Sud-Ouest). En 1974 il siégeait encore au conseil d’administration de cet organisme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24307, notice GENDRE André par André Balent, version mise en ligne le 18 janvier 2009, dernière modification le 17 mars 2015.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 64 (Parti communiste 1932-1933), rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (21 juin 1932), rapport du commissaire spécial du Perthus au préfet des Pyrénées-Orientales (15 juin 1939) ; liasse 169 (dissolution du Parti communiste), liste des “ suspects du point de vue national ”, déchéance des élus du Parti communiste ; liasse 177 (Parti communiste et SFIO en 1934), rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (28 décembre 1934) et annexes, versement du cabinet du préfet (16 septembre 1959) ; liasse 50 (“ suspects ” surveillés ou internés par le régime de Vichy), notices individuelles. — Le Travailleur Catalan, hebdomadaire de la Région catalane du Parti communiste (années 1936 à 1939). — Le Cri socialiste, 13 octobre, 15 et 22 décembre 1934. — Le Républicain du Midi, 30 septembre-1er octobre 1945. — L’Indépendant, 18 avril 1955, 5 juin 1961. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, thèse de droit (dactylographiée), Montpellier 1971. — R. Bernis, Roussillon Politique. Du réséda à la rose…, t. 1 : Le temps de la Quatrième, Privat, Toulouse, 1984, p. 29 et 70. — Horace Chauvet, La politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan 1934. — Léo Figuères, Jeunesse militante, chronique d’un jeune communiste des années 30-50, Paris, 1971. — Interview de M. André Gendre, militant du PCF à Millas, 21 juillet 1974. — Émile Dardenne, “ André Gendre n’est plus là — Adieu André ”, notice nécrologique, Le Travailleur Catalan, hebdomadaire de la fédération communiste des Pyrénées-Orientales, 10 décembre 1981. — État civil de Millas. — RGASPI 495 270 3912, dossier du Komintern, 24 mars 1938.

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