Né le 17 juillet 1939 à Paris (XVIe arr.) ; professeur ; syndicaliste SNES-Sup ; militant du Parti socialiste unifié (PSU), puis d’extrême gauche, puis socialiste.

Alain Geismar en avril 2008
[Photo Cl. Pennetier]
Alain Geismar en mai 1968 avec Jacques Sauvageot
Né dans une famille juive d’origine alsacienne qui avait peu de pratiques religieuses et de grandes convictions républicaines, d’un père, inspecteur de la Banque de France tué sur le front en juin 1940, Alain Geismar, pupille de la Nation, et sa mère, fille de confectionneurs du quartier du Sentier à Paris, échappèrent à la répression antijuive en s’installant en Corrèze puis en Savoie. Après une scolarité secondaire au lycée Carnot à Paris, il réussit en 1959 le concours de l’École nationale supérieure des mines de Nancy. Il fut à la sortie de l’école intégré dans le laboratoire de physique de l’École normale supérieure et commença à travailler pour une thèse de troisième cycle soutenue en 1966 sous le titre « Phénomène de transport dans le silicium de type n fortement dopé ». Il participa aux luttes de la jeunesse étudiante à la fin des années 1950 (hostilité à l’intervention soviétique en Hongrie sans toutefois participer aux actions violentes contre le Parti communiste français, actions contre la guerre d’Algérie). Il fut le vice-président de l’AG des étudiants de Nancy (1959-1962). Il adhéra, comme beaucoup de militants de l’Union nationale des étudiants de France au moment de la guerre d’Algérie, au Parti socialiste autonome devenu PSU dont il fut, en 1960, membre du secrétariat national des étudiants en 1961, tout en exerçant des responsabilités dans la fédération de Meurthe-et-Moselle de 1959 à 1963. De retour à Paris il dirigea la section PSU de son arrondissement et fut secrétaire général adjoint de la fédération de Paris. Il fut notamment le secrétaire du comité pour la candidature unique de la gauche fondé par Jean Vilar* à l’initiative de Jean Poperen*, dont il était proche, en 1965. Mais cette année-là il quitta le PSU.
Alain Geismar se maria en juin 1962 à Paris (XVIIe arr) avec une professeure agrégé de lettres, et, divorcé, se remaria en janvier 1986 à Paris (XXe arr.) avec une psychiatre des hôpitaux. Il eut quatre enfants, dont deux de son premier mariage.
En 1963, Alain Geismar, devenu assistant, puis maître-assistant, à la Faculté des sciences de Paris au département de physique, commença à militer au Syndicat national de l’enseignement supérieur, « foyer qui contestait la tradition et aspirait à faire du neuf ». Il en fut le secrétaire général adjoint de 1964 à 1965. Il fut élu au comité national du CNRS en 1966. Avec d’autres militants mobilisés contre le conservatisme universitaire, en liaison avec les militants de la tendance « autonome » de la Fédération de l’éducation nationale, mais sans y appartenir, et surtout avec de nombreux « oppositionnels » communistes, il affronta la ligne majoritaire dans le syndicat dirigé par des militants proches du PCF. Au congrès de l’automne 1967 à l’ENS, la liste qu’il conduisait et qui souhaitait notamment une petite « révolution culturelle » à l’Université, l’emporta sur celle conduite par Guy Bois*. Ses fonctions lui permirent de participer aux débats sur le système scolaire et universitaire dont le colloque d’Amiens en mars 1968 où il prit la parole et proposa notamment une participation des étudiants. Dès lors les événements s’enchaînèrent. À partir du 3 mai 1968, il fut un des dirigeants du mouvement marchant la main dans la main avec les dirigeants du Mouvement du 22 mars et de l’UNEF, participant aux manifestations dans le Quartier Latin. Sa responsabilité syndicale dans un premier temps l’imposa comme le porte-parole du mouvement universitaire. Il participa à plusieurs émissions de radio notamment sur Radio Luxembourg. L’ouvrage La Révolte étudiante, les animateurs parlent, paru pendant les événements aux éditions du Seuil, reproduisait ses interviews par Hervé Bourges avec celles de Daniel Cohn-Bendit et de Jacques Sauvageot. Toutefois, il entendait pouvoir agir en pleine convergence avec le monde ouvrier qui entrait en grève. Il estimait que la crise devenait plus politique. Déçu par l’attitude des syndicats et du PCF, favorable à la tentative de définir une voie différente lors du meeting du stade Charléty, le 27 mai, il abandonna sa responsabilité de secrétaire général du SNESup.
Alain Geismar s’engagea alors dans un combat plus violent, de nature plus politique en direction du monde ouvrier. Il devint alors la cible privilégiée aussi bien des organisations de gauche, surtout du PCF, que des forces gouvernementales.
Avec des militants de divers horizons de l’extrême-gauche (depuis les libertaires jusqu’aux militants maoïstes), Alain Geismar participa, avec Benny Lévy, à l’organisation de la Gauche prolétarienne qui préconisait la lutte pour une issue révolutionnaire et l’engagement aux côtés de la classe ouvrière pour qu’elle prenne conscience de la nécessité révolutionnaire. Il devait au début de l’année 1969 définir sa vision stratégique dans un ouvrage écrit avec Erlyn Morane et Serge July, Vers la guerre civile. Bien qu’en semi-clandestinité, sa notoriété en fit le responsable affiché, ce qui ne correspondait pas à la réalité puisque le véritable dirigeant du mouvement était Lévy. Il dirigeait La Cause du Peuple, journal qui fut interdit et le mouvement fut dissous officiellement, le 27 janvier 1970. Il demanda alors à Jean-Paul Sartre, qui accepta, d’utiliser son nom pour légitimer les activités du groupe.
Alain Geismar, qui avait été suspendu de son emploi, devint clandestin après la manifestation contre le procès Le Dantec (fin mai 1970). Il fut arrêté à la mi-juin 1970 et condamné lors de quatre procès de septembre à mai 1971, chaque fois à dix-huit mois de peine de prison. Ses déclarations au procès des 20-22 octobre 1970 furent publiés sous le titre Pourquoi nous combattons et Le Prix de la liberté aux éditions Maspero. Jean-Paul Sartre préfaça les Minutes du procès d’Alain Geismar, aux éditions Hallier dans la collection de L’Idiot International en 1970. Il effectua ces peines, qui furent confondues, à la Santé et à Fresnes.
Radié de la fonction publique, Alain Geismar, libéré en décembre 1971, devint en 1973 agent-contractuel à l’Université de Paris VII qui venait de naître. Amnistié en 1974, il ne fut réintégré dans l’enseignement qu’en 1978.
Après la dissolution de la Gauche prolétarienne, l’action de ses militants se transforma : organisation du Secours rouge, du Groupement d’information sur les prisons, comités Palestine dissous en 1974. Alain Geismar apparut ainsi comme un des porte-parole de ces mouvements qualifiés souvent de « maoïstes ». Il prit notamment la parole, récusant la vengeance, le 4 mars 1972, lors de l’enterrement de Pierre Overney, militant de la Gauche prolétarienne assassiné par un vigile d’usine.
Après ces années, Alain Geismar aspira à se « reconstruire ».
Responsable du département d’éducation permanente de l’Université de Paris VII (1974-1978), vice-président de cette université chargé des enseignements (1978-1980), premier vice-président (1982-1984), il s’engagea fermement dans les actions de formation permanente ou d’enseignement dans les prisons décidées par son université, puis comme responsable des enseignements en prison pour les universités parisiennes (1981-1985). Conseiller du président de l’agence de l’informatique, chargé des questions de qualification, de formation et d’éducation (1984), il devint directeur général adjoint de l’Agence de l’informatique (1985-1986).
Longtemps distant par rapport à un engagement politique, Geismar participa activement à diverses actions (« Un bateau pour le Vietnam », manifestation contre la venue en France du dirigeant soviétique au nom des droits de l’homme). Lors de l’élection présidentielle de 1974, il demanda à Charles Piaget, dirigeant des ouvriers de Lip, de se porter candidat. Il refusa de soutenir François Mitterrand en 1981, mais vota pour lui. En 1986, Claude Allègre lui proposa de faire partie d’un groupe d’experts auprès de Lionel Jospin, secrétaire du Parti socialiste et il adhéra ensuite au Parti socialiste dont il fut membre suppléant du conseil national. Il devint le directeur-adjoint du cabinet d’André Laignel, secrétaire d’État à la Formation professionnelle (1988-1991). À partir de mai 1991, il entra au cabinet de Lionel Jospin, ministre de l’Education nationale, puis, devint directeur du cabinet de Jean Glavany, secrétaire d’État à l’enseignement technique (1992-1993), puis membre des cabinets des ministres de l’Éducation nationale Jack Lang (1992), Allègre (1997), enfin de Pierre Moscovici, ministre des Affaires européennes (2000). En 2001, après l’élection de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, il devint un de ses collaborateurs, chargé de l’éducation, de la recherche et des universités. Dans le PS, où il affirma avoir assumé son « évolution vers le réformisme », il se prononça pour une éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn aux élections présidentielles de 2007. Membre de la Ligue des droits de l’Homme, il adhéra également à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme en 2002.
Inspecteur général de l’Éducation nationale depuis octobre 1990, professeur associé à l’Université de Marne-la-Vallée (1994-1997), Alain Geismar fut aussi à sa retraite en 2006, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.
Le 8 octobre 1998, Alain Geismar avait témoigné rapidement sur les relations entre la FEN et le SNESup à la fin des années 1960 dans le cadre du séminaire de recherches sur l’histoire du syndicalisme enseignant et universitaire organisé par le Centre Aigueperse de l’UNSA-Éducation et le Centre de recherches d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université de Paris I. Après le discours de Nicolas Sarkozy condamnant l’héritage de Mai 1968, le 2 mai 2007, il écrivit avec Daniel Cohn-Bendit dans Libération, un article « Nous sommes coupables… ». En 2008, il publia un ouvrage sur son parcours militant dans la crise de la société française de la fin des années 1960, plusieurs articles dans la presse, répondit à plusieurs interviews et témoigna dans un colloque sur Mai 1968 organisé par le centre de recherches de la Fédération syndicale unitaire, comme dans celui qu’organisa la CFDT avec Edmond Maire et Édouard Balladur.
Depuis avril 1998, à la suite d’une adoption simple, son nom légal est Geismar-Bloch.

ŒUVRE : Erlyn Morane, Alain Geismar, Serge July, Vers la guerre civile, Paris, Denoël, 1969, 440 p. — L’engrenage terroriste, Paris, Fayard, 1981, 184 p. — Mon Mai 1968, Paris, Perrin, 2008, 247 p.

SOURCES : Presse syndicale. – Sources orales.

Jacques Girault

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