GUÉRIN Georges, Martial (abbé GUÉRIN, père GUÉRIN)

Par André Caudron, Michel Launay

Né le 24 octobre 1891 à Grandménil, commune d’Écrouves (Meurthe-et-Moselle), mort le 15 mars 1972 à Paris (XIVe arr.) ; apprenti essayeur sur métaux puis employé ; prêtre du diocèse de Paris, vicaire à Clichy (Seine, Seine-Saint-Denis) en 1925 ; fondateur de la JOC française (1927), aumônier général de la JOC jusqu’en 1950.

Georges Guérin en 1937
Georges Guérin en 1937

Fils d’un galochier qui fut ensuite employé de banque et essayeur sur métaux, et d’une mère issue d’une famille de vignerons, Georges Guérin, encore enfant, suivit ses parents dans la région parisienne avec son jeune frère. Il fréquenta l’école de la paroisse Saint-Ambroise, tenue par les Frères des écoles chrétiennes et suivit leurs activités postscolaires dans le cadre de l’Amicale de Saint-Ambroise où il se lia à Marcel Poimbœuf*. Comme lui, mais l’année suivante, il fut admis le 23 mai 2009 à Saint-Labre, société de persévérance, placée sous le vocable de Benoît Labre, le saint mendiant du XVIIIe siècle, et dirigée par l’abbé Charles Fichaux qui exerça sur Georges Guérin une profonde influence : « L’abbé Charles Fichaux devint pour moi le prêtre dans toute l’acception du terme. J’eus en lui une confiance filiale. Vers 1908, il est devenu mon père spirituel et il l’est demeuré jusqu’à sa mort survenue en 1945. » À Saint-Labre, il fit la connaissance de Jules Zirnheld*, secrétaire général adjoint du syndicat des employés de commerce et de l’industrie (SECI) qui allait être à l’origine de la CFTC. Entre-temps, Georges Guérin avait entrepris, lorsqu’il avait quatorze ans, un apprentissage d’essayeur sur métaux et était devenu employé chez Hesse, une entreprise de produits chimiques où son père travaillait. Il avait alors rejoint le SECI tout en étant un propagandiste du Sillon dans sa Lorraine natale et dans les XIe et XIIe arrondissements de Paris où il était inscrit au « groupe d’action démocratique » réunissant les amis de Marc Sangnier*. Il vendait L’Éveil démocratique, qui avait été fondé en 1905.

Appelé en 1912 au service militaire à Verdun (Meuse), au 166e régiment d’infanterie, il y était toujours, avec le grade de sergent, quand la guerre éclata. Sa vocation religieuse s’était éveillée peu avant (lettre à sa mère du 19 janvier 1913). Blessé autour des Éparges (Meuse) à deux reprises, en mars et en octobre 1915, la seconde fois assez grièvement, il dut subir une intervention chirurgicale en juin 1917. Sa bravoure lui valut la Croix de guerre et la Médaille militaire. Il avait fait la connaissance, décisive, du père Achille Danset, jésuite de l’Action populaire, aumônier de son régiment, qui l’ouvrit aux problèmes des rapports entre l’Église et le monde ouvrier.

Démobilisé, Georges Guérin entra le 1er octobre 1919 dans la section des vocations tardives du séminaire de Conflans à Charenton (Seine, Val-de-Marne). Dix-huit mois plus tard, il intégra pour quatre ans celui d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) où il fut marqué par les préoccupations sociales de son directeur spirituel, Pierre Callon. En 1924, au cours de sa dernière année de théologie, il fonda avec d’autres séminaristes une « bande sociale » qui devint en 1925 le Groupe d’entraide sacerdotale. Il s’agissait de réunions mensuelles avec une intervention du père Danset qui commentait l’actualité. Ordonné prêtre le 29 juin 1925 par le cardinal Dubois en l’église Saint-Sulpice, il fut nommé le 3 juillet vicaire de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul à Clichy. Dès le début de son ministère Georges Guérin se préoccupa des apprentis, ouvriers ou employés, essaya de développer la conférence Saint Vincent de Paul et prit contact avec la section CFTC de la paroisse qui était composée d’adultes. Ses tentatives pour attirer les jeunes ouvriers de la paroisse (conférences, causeries sur la doctrine sociale de l’Église) s’avérèrent vaines. C’est vraisemblablement au cours de l’hiver 1925-1926 qu’il se rendit à Vanves pour voir Achille Danset. Celui-ci, qui avait assisté au premier congrès de la JOC belge, lui fit découvrir ce tout jeune mouvement dont le fondateur était Joseph Cardijn en lui donnant à lire La jeunesse ouvrière et Le bulletin des dirigeants, deux périodiques belges. Trouvant dans ces publications un écho à ses aspirations, Georges Guérin fit venir le Manuel de la JOC et réunit dès 1926 quelques apprentis tel Georges Quiclet*. Il fit alors la rencontre décisive du jésuite Jean Boulier qui venait d’arriver à l’Action populaire. Celui-ci, lié à Joseph Cardijn, l’encouragea et lui fit comprendre la portée de la méthode jociste. Lorsque la JOC de Clichy commença à prendre forme, Georges Guérin contribua en janvier 1927 à la parution des premiers numéros de Jeunesse ouvrière, présentée comme section française de la JOC, située 7 rue du Landy à Clichy. Dégagé des tâches de vicaire depuis juillet, le jeune prêtre fut nommé aumônier général de la JOC naissante en janvier 1928 et fit immédiatement paraître la Lettre aux aumôniers, qui deviendra mensuelle en 1930, pour établir un lien avec les aumôniers. C’est à Clichy encore que Jeanne Aubert, la même année, lança la JOC féminine (JOCF).

L’insertion assez délicate d’une JOC autonome au sein de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) fut facilitée grâce à Pierre Gerlier*, alors directeur des Œuvres du diocèse de Paris, ancien président de l’ACJF et futur archevêque de Lyon, à François de Menthon*, président de l’ACJF à cette époque, et à Jean Boulier. Ce fut ce dernier qui trouva le compromis et rédigea L’appel de la JOC, première présentation française du mouvement. La JOC devint peu à peu un grand mouvement d’Église qui fêta avec éclat son dixième anniversaire au Parc des Princes en 1937. Celui-ci rassembla près de quatre-vingt mille participants, implantés surtout dans la région parisienne, le nord de la France, l’Alsace, le Lyonnais et l’Ouest du pays. Les pèlerinages de Rome, attestant le soutien pontifical, autorisaient une diffusion plus grande du message jociste, « Rendre chrétiens nos frères », et de sa formule pédagogique : « Voir, juger, agir ». Les rapports avec la CFTC, difficiles au début, en raison de l’existence d’une jeunesse syndicaliste concurrente, s’étaient améliorés à partir de 1936. De nombreux responsables de la JOC, devenus adultes, prirent une part active à la direction de la CFTC, d’autant plus que l’abbé Guérin entretenait de bons rapports avec Gaston Tessier* qu’il avait connu à l’association Saint-Labre.

« Toujours efficace mais jamais timide », selon l’expression de Martial Bonnet, Georges Guérin refusait pour lui seul la qualité de fondateur : tous les jocistes, disait-il, étaient les véritables fondateurs de leur mouvement. Il recommandait aux aumôniers de rester à l’écart des débats entre militants et de ne point arborer l’insigne. En 1940, la défaite obligea la JOC à prendre une position de repli qui n’empêcha nullement le développement de son expansion. Le secrétariat général fut évacué en « zone libre » à Lyon, et l’aumônier général – que Marie-Dominique Chenu présentait comme un « catalyseur spirituel » – continua d’animer la centrale jociste de l’avenue Sœur-Rosalie à Paris, avec le concours d’Albert Bouche et d’Henri Godin.

L’aumônier général fit en sorte que le « parapluie épiscopal » permette aux jeunes de continuer leur action et même de s’engager dans la Résistance, ce qu’il n’ignorait pas, mais officiellement la JOC n’était qu’un mouvement d’Église qu’il fallait sauvegarder aussi bien des occupants que des projets vichystes de jeunesse unique. Le 3 août 1943, il fut arrêté par la police allemande comme responsable d’une organisation de jeunesse interdite, et emprisonné à Fresnes jusqu’à la veille de Noël. Il fut libéré sur les instances du cardinal Suhard, archevêque de Paris, qui le promut chanoine honoraire le 3 octobre 1944. Au cours de son internement, il avait reçu l’aide fraternelle de Franz Stock, célèbre aumônier allemand des prisons. Dans un communiqué clandestin, la Fédération des jeunesses communistes de France s’était associée aux protestations suscitées par cette arrestation.

En 1950, en raison de l’âge, il démissionna de l’aumônerie générale, de même qu’Adrien Dewitte qui en partageait la charge avec lui depuis quatre ans. Le père Michel Grenet les remplaça et Georges Guérin fit encore partie de l’équipe des aumôniers nationaux jusqu’à sa mort, survenue à l’hôpital Bon Secours au lendemain d’une intervention chirurgicale. Celui-ci était resté longtemps l’infatigable pèlerin de la JOC à travers la France et à l’étranger, notamment lors du congrès international jociste de Rome (1957). Néanmoins, réticent à l’égard de l’évolution des idées depuis la fin de la guerre, il semblait garder la nostalgie des années 30, période où les remises en question n’étaient pas à l’ordre du jour. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1950, au titre du ministère du Travail.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24271, notice GUÉRIN Georges, Martial (abbé GUÉRIN, père GUÉRIN) par André Caudron, Michel Launay, version mise en ligne le 15 janvier 2009, dernière modification le 17 avril 2014.

Par André Caudron, Michel Launay

Georges Guérin en 1937
Georges Guérin en 1937

ŒUVRE : Préface La France, pays de mission ? d’Henri Godin et Yvan Daniel, Éditions de l’Abeille, 1943. – Nombreux articles dans la Lettre aux aumôniers à partir de 1928. – Sous le pseudonyme de Georges Grandménil, Action catholique et STO, trois petits livres, Éditions ouvrières, s.d. – Le père Guérin, sa vie, sélection de textes, Les Éditions ouvrières, 1972. – Le père Guérin, extraits de ses écrits de 1944 à 1971, Amis de la JOC-JOCF, Lyon, 1991.

SOURCES : Archives de la JOC, archives départementales des Hauts-de-Seine, Nanterre. – Joseph Debès, Émile Poulat, L’appel de la JOC, Les Éditions du Cerf, 1986. – Le père Guérin, son ministère et les fondements théologiques de sa pensée, colloque de Lyon, Amis de la JOC-JOCF, Lyon, 1993. – Jocistes dans la tourmente, Éditions du Témoignage chrétien et Éditions ouvrières, 1989. – Catholicisme, V (Charles Bordet). – Dictionnaire de géographie et d’histoire ecclésiastique, XXII. – Dictionnaire de biographie française, XVI (Antoine Trin). – Pierre Pierrard, Georges Guérin, une vie pour la JOC, Éditions de l’Atelier, 1997.

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