CUTILLAS Jean [CUTILLAS Juan]

Par Jean-Louis Romain

Né le 15 février 1915 à Campanar (Valencia, Espagne), mort le 30 janvier 1990 à Fresse (Haute-Saône) ; ouvrier lithographe ; militant de la CNT, officier de l’armée républicaine pendant la guerre d’Espagne ; durant la seconde guerre mondiale combat dans les FFL, puis, à partir de 1946, ouvrier métallurgiste et syndicaliste CGT en Haute-Saône où il organise les syndicats de la métallurgie ; dirigeant des syndicats des transports urbains de Belfort ; communiste.

Jean Cutillas
Jean Cutillas

Dernier enfant d’une famille pauvre, Juan Cutillas perdit son père à l’âge de huit ans. Bien qu’excellent élève, il dut quitter l’école à onze ans pour aller travailler. Son frère aîné, militant anarchiste, fut emprisonné et ne dut sa remise en liberté que grâce à l’intervention de leur mère qui avait été la nourrice de lait du fils du gouverneur de la province de Valence. En octobre 1929, la famille s’installait à Barcelone où Juan travaillait comme ouvrier en arts graphiques dans l’atelier de lithographie de José Lopez et militait au sein de la CNT.

À partir de juillet 1936, il prit part à la guerre civile. D’abord comme engagé volontaire dans les milices antifascistes, compagnie des Arts Graphiques, colonne Ortiz de la CNT, puis dans la colonne Rouge et Noir avec laquelle il participa aux campagnes de Belchite, Banastan, Esquadas. De février à juillet 1937, il intégra l’école de guerre n° 2 de Barcelone dont il sortit avec le grade de lieutenant. Il participa aux opérations du secteur Aragon et fut nommé capitaine en décembre 1938. En février 1939, fuyant les armées franquistes, il franchit la frontière au Perthus où, avec ses compagnons, il fut désarmé et interné au camp d’Argelès. Pour échapper à l’internement et poursuivre la lutte antifasciste, il s’engagea dans la Légion Etrangère de l’armée française le 9 mars 1939.

En 1941 il rejoignit les Forces Françaises Libres. Incorporé au sein de la 13e demi-brigade de Légion Etrangère, il participa aux combats de Bir Hakeim, d’El Himeimat et d’El Alamein, puis aux campagnes d’Italie et de France. En septembre et novembre 1944, alors que l’offensive alliée était stoppée devant Belfort et que son régiment stationnait à Fresse, vallée des Vosges saônoises, il lia connaissance avec une jeune fille du village. La reprise de l’offensive l’amena à participer à la libération de l’Alsace, puis son unité fut affectée à la résorption de la poche de résistance allemande de l’Aution (Alpes-Maritimes) où il fut blessé. La guerre finie, après neuf années de pérégrinations et ne se sentant pas une vocation pour le métier des armes, il demanda à être démobilisé en août 1945. Dans l’impossibilité de retourner en Espagne, il décida de rejoindre la jeune fille, Marie-Louise Jeanblanc, qu’il avait connue en France, qu’il épousa à Fresse (Haute-Saône) le 10 novembre 1945.

Jean Cutillas avait trente ans et une nouvelle vie commençait pour lui. Il trouva d’abord du travail comme décalamineur aux usines Peugeot à Sochaux. Mais la distance à Fresse (40 km) qu’il faisait quotidiennement à bicyclette lui fit vite renoncer à cet emploi et c’est aux fonderies Julien Reboud, à Plancher-les-Mines (Haute-Saône) qu’il fut embauché comme mouleur à la main, le 1er avril 1946. Il y créa le syndicat CGT dont il fut secrétaire en même temps que délégué du personnel. C’est pour lire et expliquer les conventions collectives qu’il apprit le français en autodidacte. Il obtint la nationalité française le 18 septembre 1953. Toujours sur la brèche, il oeuvra à la création de syndicats dans les entreprises de la métallurgie du nord-est de la Haute-Saône, arrondissement de Lure, et mit sur pied une coordination départementale. Il fut membre du secrétariat de la Commission administrative de l’Union départementale CGT de Haute-Saône jusqu’en 1961. Il a été délégué aux congrès de la Fédération de la métallurgie d’Issy-les-Moulineaux en 1959 et de Lille en 1960 et au congrès confédéral d’Ivry-sur-Seine en 1961. Très apprécié de ses compagnons de travail, il l’était beaucoup moins de son employeur qui lui infligea de nombreuses mises à pied et tenta de le licencier. Ce qui fit dire à l’inspecteur du travail que Jean Cutillas ne quitterait l’entreprise qu’à sa fermeture.

Mais le métier de mouleur s’avéra incompatible avec sa santé et Jean Cutillas dut quitter la fonderie Reboud le 30 décembre 1961. Il trouva d’abord un emploi comme conducteur/receveur de car à la Société des transports automobile de la région de Belfort, du 1er janvier au 30 septembre 1962, puis, du 1er octobre 1962 à sa retraite, le 31 mars 1976, à la Société des transports urbains de Belfort. Il y fonda le syndicat CGT et, avec son collègue, le prêtre-ouvrier Paul Dodane, il devint le principal organisateur de l’activité syndicale dans les entreprises de transport du Territoire de Belfort.

Jean Cutillas avait adhéré au PCF dans les années 1950. Il devint vite responsable de cellule et membre des instances dirigeantes en Haute-Saône. Sa grande expérience politique alliée à ses capacités d’analyse et de synthèse ainsi que ses talents de conteur en faisaient un orateur remarqué, très à l’aise dans sa langue d’adoption colorée de son accent espagnol. Jean Cutillas fut maire adjoint de la commune de Fresse de 1976 à 1989.
Jean Cutillas mourut à Fresse le 30 janvier 1990, il avait quatre enfants.
Il était titulaire de nombreuses décorations pour son activité pendant la seconde guerre mondiale : Médaille du Levant, Médaille coloniale agrafe Lybie, Bir Hakeim, Croix de Guerre avec citations.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24259, notice CUTILLAS Jean [CUTILLAS Juan] par Jean-Louis Romain, version mise en ligne le 13 janvier 2009, dernière modification le 6 novembre 2016.

Par Jean-Louis Romain

Jean Cutillas
Jean Cutillas
Congrès de la Fédération des métaux CGT à Issy-les-Moulineaux, 1959
Congrès de la Fédération des métaux CGT à Issy-les-Moulineaux, 1959
Cliché fourni par sa fille Annie Cutillas.

SOURCES : Archives familiales d’Annie Cutillas. — Archives UD-CGT Haute –Saône.

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