FUGLER René. Pseudonymes : FORAIN René, FURTH René [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jacques Ernewein

Né le 27 mai 1934 à Sierentz (Haut-Rhin) ; journaliste à Strasbourg (Bas-Rhin) jusqu’en 1969, puis responsable de l’information et des relations publiques au Théâtre national de Strasbourg (1969-1996) ; militant de la Fédération anarchiste (devenue Fédération communiste libertaire) de 1952 à 1955, puis de la Fédération anarchiste reconstituée de 1955 à 1967, collaborateur de plusieurs publications anarchistes, libertaires ou régionalistes.

Le père de René Fugler travaillait aux Chemins de fer d’Alsace et de Lorraine (intégrés à la SNCF en 1938), d’abord en tant que dessinateur, puis comme chef de district. Sa mère, secrétaire de formation, cessa toute activité professionnelle une fois mariée. Après une scolarité primaire effectuée en Alsace annexée et nazifiée, donc en langue allemande, ce fut pendant ses études secondaires au lycée de garçons de Mulhouse (Haut-Rhin), par la lecture des existentialistes et surtout de L’Homme révolté d’Albert Camus que René Fugler vint à l’anarchisme. Il acheta son premier numéro du Libertaire alors qu’il était en première en 1950. Il fit des études de lettres à Strasbourg, s’investissant également dans le syndicalisme universitaire à l’UNEF ainsi que dans le mouvement des auberges de jeunesse à Strasbourg et à Mulhouse. Son mémoire de diplôme d’études supérieures, non terminé, commencé avec Georges Duveau, portait sur L’imaginaire apocalyptique dans les mouvements révolutionnaires.

René Fugler rejoignit la Fédération anarchiste en décembre 1952. Il y rencontra Paul Burcklé, un ancien ouvrier du bâtiment anarcho-syndicaliste qui avait été membre de l’Union régionale de la CNT et le mit en contact avec un groupe de réfugiés espagnols, anciens de la FAI et de la CNT ibérique, qui se réunissaient régulièrement à Strasbourg. Il anima également pendant quelques années, à partir de 1953, un Cercle de culture libertaire, devenu plus tard Cercle de culture révolutionnaire.

La crise provoquée par la tentative de prise de contrôle par la fraction OPB (Organisation Pensée Bataille ) de Georges Fontenis*, de la Fédération anarchiste, devenue Fédération communiste libertaire, l’amena à démissionner, puis à adhérer, en 1955, à la nouvelle Fédération anarchiste, reconstituée en 1953 autour de Maurice Joyeux*. Celui-ci lui confia la tâche de rédiger une revue des revues pour Le Monde libertaire, ce qu’il fit sous son nom, puis sous le pseudonyme de René Forain. Il participa également à la rédaction d’une chronique intitulée Recherches libertaires, éditée jusqu’en 1966. Il était très proche, sans y adhérer formellement, du groupe socialiste libertaire de la revue Noir et Rouge, actif à Paris et à Mâcon (Saône-et-Loire).

Après un bref passage dans l’enseignement secondaire en tant que professeur de philosophie et une adhésion au SNES, il entra, grâce à l’aide de l’écrivain Guy Heitz, au journal régional Les Dernières nouvelles d’Alsace (DNA). Il y travailla d’abord aux informations générales de la rédaction en langue allemande du quotidien, puis, après un service militaire de dix-huit mois effectué à Strasbourg, il y fut progressivement chargé de la vie culturelle. Il s’était marié en 1959 et eut trois enfants de cette première union. Divorcé, il se remaria en 1989. Sa « revue des revues » et son activité de journaliste l’amenèrent à suivre le développement du mouvement situationniste, et notamment, en 1966-1967, « le scandale de l’Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg ». Adhérent au Syndicat national des journalistes (SNJ), ses prises de position en Mai 68 et un certain contrôle de ses écrits par la hiérarchie le poussèrent à quitter les DNA en 1969.

René Fugler se détacha également progressivement de la FA : en 1966, Recherches Libertaires devint autonome et fut publié à Paris, puis à Strasbourg (neuf numéros). René Fugler quitta la Fédération anarchiste au congrès de Bordeaux en 1967.

En 1969, il entra au Théâtre national de Strasbourg en tant que secrétaire général adjoint, chargé de l’information et des relations avec le public. Il y resta jusqu’à sa retraite en 1996, participant, notamment aux côtés d’Hubert Gignoux et de Jean-Pierre Vincent, à une vie théâtrale très riche. Il fut syndiqué à la CGT du spectacle jusqu’au moment où Jean-Pierre Vincent lui demanda de rentrer au conseil de direction du TNS. Il rejoignit brièvement la CFDT après 1983.

René Fugler s’investit également beaucoup dans la vie culturelle régionale, défendant, tout comme Guy Heitz et le Conseil des écrivains, une culture rhénane ouverte et plurilingue. Cet engagement, marqué notamment par la participation à la revue culturelle alsacienne Le Drapier (onze numéros), animée par Gaston Jung, animateur du Théâtre des Drapiers, était inséparable de ses convictions anarchistes, antinationalistes et fédéralistes : créer des initiatives locales, autogérées, pour faire reculer l’État. Il collaborait également à la revue internationale Interrogations, publiée et financée par Louis Mercier de 1974 à 1979.

À partir de 1969, il participa auprès du journaliste et militant CFDT Philippe Morinière* et d’une dizaine de groupes divers, dont la Fédération anarchiste et la section locale de la Solidarité internationale antifasciste, à la création dans le vieux Strasbourg d’un lieu alternatif, la Librairie bazar coopérative, qui allait servir de point de ralliement à des mouvements très variés : PSU, féministes, anarchistes, écologistes, artistiques (Supports/Surfaces). Dans ce cadre, avec un nouveau cercle de culture libertaire, il reprit en 1971 un fanzine fondé par des étudiants, Vroutsch (cinq numéros), éditant plusieurs études sur les conseils ouvriers, la Chine. À la librairie étaient associés un journal, Ussm’Vollik (Issu du peuple) et une crèche parentale. Des difficultés financières mirent fin à cette aventure à la fin des années 1970.

En 2009, René Fugler était membre, depuis 2000, du comité de rédaction de la revue Réfractions, Recherches et expressions anarchistes, fondée en 1997 par un collectif. Il écrivit sur l’anarchisme allemand et sur des figures comme Erich Mühsam ou Gustav Landauer, dont il traduisit des textes, ainsi que certains écrits de Rudolf Rocker. Il suivit également l’actualité littéraire germanique pour les DNA. Il essayait de mettre les anarchistes au contact de problématiques contemporaines et, surtout, voulait faire sortir les idées libertaires de leur ghetto culturel.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24255, notice FUGLER René. Pseudonymes : FORAIN René, FURTH René [Dictionnaire des anarchistes] par Jacques Ernewein, version mise en ligne le 12 janvier 2009, dernière modification le 3 mai 2014.

Par Jacques Ernewein

ŒUVRE : Sous le pseudonyme de René Furth, Formes et tendances de l’anarchisme, Publico, 1967, Éditions du Monde libertaire, 2007 (traduit en castillan, Madrid, 1977, Montevideo, 1970) et 2004. — René Furth, La Question anarchiste, Anarchisme et non-violence, 1972.

SOURCES : Interview de René Fugler, 19 décembre 2008. — Conversation avec René Fugler, Almémos, Bulletin de l’Association Alsace mémoire du Mouvement social, n° 13, 2009. — http://militants-anarchistes.info/spip.php?article1878.

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