ZELLER Fred [ZELLER Frédéric, Victor dit Fred]. Pseudonyme : Kermovar.

Par Jean-Michel Brabant

Né le 26 mars 1912 à Paris (Xe arr.), mort le 7 février 2003 à Bergerac (Dordogne) ; artiste peintre ; secrétaire de l’Entente de la Seine des Jeunesses socialistes en 1935 ; membre du Bureau politique du Parti ouvrier internationaliste et des Jeunesses socialistes révolutionnaires jusqu’en 1937 ; membre du Parti socialiste ; Grand maître du Grand Orient de France.

Fred Zeller grandit dans un milieu d’artistes dramatiques qui l’émerveilla. Président-fondateur du syndicat des impresarios, son père fut, par ailleurs, président du Parti radical de Seine-et-Marne et franc-maçon. Sa mère, Marthe Girault, était « artiste dramatique ». L’engagement politique de Fred Zeller ne doit pas dissimuler sa vocation artistique de peintre, à laquelle il se consacra dès son jeune âge et qui l’amena à suivre, en 1929, les cours de l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Il avait été auparavant élève du collège Jacques Amyot à Melun (Seine-et-Marne).

En 1931, Fred Zeller adhéra aux Étudiants socialistes qu’il quitta bientôt pour militer l’année suivante à la Jeunesse socialiste de Stains (Seine) et à la section locale de la SFIO. Devenu responsable du secteur Nord de la JS, il fut élu au congrès de Bondy à la commission exécutive de l’Entente de la Seine au titre de secrétaire adjoint, responsable de la propagande. Il se classait déjà à la gauche de son organisation en soutenant la constitution des Jeunes gardes socialistes chargés de l’auto-défense anti-fasciste. Le 15 avril 1933, il partit accomplir son service militaire à Strasbourg au IIe régiment d’aviation de chasse.
A son retour, Fred Zeller fut élu secrétaire de l’Entente de la Seine, le 7 octobre 1934, au congrès de Drancy et accéda au Comité national mixte qui dirigeait le mouvement. Il représenta alors un courant opposé à la fois aux “ droitiers ” réformistes de la direction nationale et aux “ gauchistes ” proches des trotskystes, du Groupe bolchevik-léniniste. Il participa, néanmoins, avec le trotskyste David Rousset*, en décembre 1934, au lancement de Révolution dont il fut rédacteur en chef. Il constitua enfin sa propre tendance baptisée Jeunesse socialiste révolutionnaire, majoritaire au congrès de la Seine tenu en février 1935 à Montrouge.

En avril, Fred Zeller rencontra discrètement, par l’intermédiaire de Raymond Guyot*, deux représentants soviétiques des Komsomols et de l’Internationale communiste des jeunes, Tchémodanov et Kossarev, qui lui proposèrent leur appui dans la lutte contre les trotskystes, afin de soutenir le nouveau cours d’alliance avec la France qui devait être symbolisé par le pacte Laval-Staline. L’écho de ce pacte et la répugnance de la tendance JSR à tendre la main aux radicaux et à renoncer, comme on le leur demandait, à l’agitation anti-militariste, confirmèrent Fred Zeller et ses amis à renoncer à une telle alliance. Ils se rapprochèrent par contre-coup des trotskystes avec lesquels ils présentèrent, le 21 juillet, au congrès fédéral une motion commune destinée à être soumise à la conférence nationale réunie du 28 au 30 juillet à Lille. Le 14 juillet 1935, Fred Zeller défila avec les Jeunes gardes socialistes en uniforme à la manifestation unitaire à la Nation, malgré l’opposition du PC, aux cris de “ Gouvernement ouvrier et paysan ! Front populaire de combat ! Milice ouvrière ! A bas la défense nationale ! ”.
Décidée à en finir avec ce courant révolutionnaire, la direction nationale des JS, en accord avec certains leaders de la SFIO, prononça à Lille l’exclusion des principaux responsables majoritaires de la Seine, dont Fred Zeller, qui fut assez surpris par cette mesure. Titrant son article dans Révolution, “ A bas la scission ”, il demanda en vain avec ses camarades la réintégration des exclus et négocia dans ce but avec Léon Blum*. Il participa, le 30 septembre, à la conférence de fondation de la Gauche révolutionnaire avec Marceau Pivert* dont il se sentait proche. Le 2 octobre, il fut exclu de la SFIO avec les dirigeants trotskystes. Il avait assisté, en septembre, à la conférence nationale du Groupe bolchevik-léniniste. Sur l’insistance de Jean van Heijenoort*, il se rendit en Norvège, fin octobre-début novembre, pour rencontrer Trotsky qui le gagna à sa cause. En quittant la Norvège, il écrivit à Trotsky, le 15 novembre 1935 : “ On vous connaissait mal et pourtant on avait un désir fervent de vous voir parce que vous êtes pour nous un symbole qui a cet avantage d’être entré vivant dans l’histoire. Je quitte la Norvège en bolchevik-léniniste convaincu ” (Arch. Trotsky, Harvard, n° 6089).

La majorité de l’Entente de la Seine des JS renforcée de militants de province partageant ses convictions, constitua en janvier 1936, la Jeunesse socialiste révolutionnaire. Principal dirigeant de cette organisation, Fred Zeller la représenta aux élections législatives du 26 avril, à Saint-Denis, où il n’obtint que 155 voix. Le 2 juin, il participa à la création du Parti ouvrier internationaliste dont il devint membre du Bureau politique. A ce titre, il intervint dans de nombreux meetings, contre les procès de Moscou ou en faveur de l’Espagne. Il présenta des rapports aux différents congrès du POI et des JSR et écrivit dans leurs périodiques respectifs : La Lutte ouvrière et Révolution. Ses articles lui valurent à plusieurs reprises des poursuites et des condamnations, en particulier, pour “ provocation de militaires à la désobéissance ”. En juin 1937, il représenta encore le POI à l’élection municipale de Saint-Denis, sans grand succès. Fred Zeller assista en tant que délégué des JSR à la conférence internationale du Mouvement pour la IVe Internationale qui se tint à Paris du 29 au 31 juillet 1936, à la salle Pleyel. Il y fut élu membre du Conseil général qui ne se réunit guère. Il se sépara de l’organisation trotskyste en novembre 1937, mais suivit début 1939, la tendance minoritaire de Jean Rous* qui adhéra au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert.

Mobilisé, en septembre 1939, au camp d’Avord (Cher), à la défense aérienne du territoire, il fut réformé, après un accident, au début de 1940. Durant l’exode, il se replia avec quelques militants dans la région nantaise et y publia des tracts. A son retour à Paris, il s’éloigna du groupe trotskyste pour fonder avec Jean Rous le Mouvement national révolutionnaire dont il devint membre du comité directeur. Frappé par la répression, le MNR disparut en 1941. Zeller conserva pendant l’Occupation des contacts épisodiques avec des militants trotskystes qu’il aida en maintes occasions. Cela lui valut d’être arrêté, au terme d’une méprise, en mai 1945 et d’être détenu à la Santé, suspecté d’avoir contribué à la publication de la Vérité non-autorisée. Il réintégra le Parti communiste internationaliste après que ses amis les plus proches de la tendance dite “ droitière ” y fussent devenus majoritaires, en septembre 1946, au IIIe congrès du parti. Il en fut le candidat aux côtés d’Yvan Craipeau*, le 10 novembre 1946, aux élections législatives, dans la 1re circonscription de la Seine-et-Oise, et recueillit 14 000 voix. Il publia dans La Vérité, en 1947, une série d’articles intitulée : « Souvenirs sur Trotsky : le socialisme menait au Vieux ». Fin 1947, ses amis étant mis en minorité au congrès suivant, Fred Zeller s’éloigna bientôt du PCI. Il participa, en 1948 au Rassemblement démocratique révolutionnaire lancé par Jean-Paul Sartre et David Rousset, dont l’existence devait être de courte durée.

Fred Zeller se retira progressivement de l’action militante et se réfugia dans le vieux site d’Éze-Village (Alpes-Maritimes) pour se consacrer à la peinture. En 1953, il fut admis au Grand Orient dans la loge maçonnique de « l’Avant-Garde ». Il regroupa d’anciens trotskystes dans le « Cercle fraternel d’étude et d’action socialiste » sorte de passerelle vers le Grand Orient dont Fred Zeller devint le Grand maître, lors du convent de septembre 1971. En 1957, il avait été réadmis à la IVe section de la SFIO avec tous ses droits d’ancienneté. Il collabora, par ailleurs, jusqu’en 1960 à la Nation socialiste d’Auguste Lecœur* et Pierre Hervé*. Il ne délaissa pas, pour autant, la peinture et reçut, en 1960, le grand prix de la peinture taurienne ainsi qu’en 1963, la grande médaille d’honneur de la Ville de Paris.

Marié en juillet 1938 à Paris Xe arr. avec Berthe Kravetz, divorcé en 1952, il se remaria en mars 1959 à Paris IVe arr. avec Odette Lefevre

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24151, notice ZELLER Fred [ZELLER Frédéric, Victor dit Fred]. Pseudonyme : Kermovar. par Jean-Michel Brabant, version mise en ligne le 3 janvier 2009, dernière modification le 22 janvier 2009.

Par Jean-Michel Brabant

ŒUVRE : Trois points c’est tout, Laffont, 1976. — Les Problèmes de la révolution, (débat avec Alain Krivine), Paris, 1977.

SOURCES : Arch. J. Maitron (fiche Batal). — Arch. L. Trotsky, Harvard. — Révolution, 1935-1937. — La Lutte ouvrière, 1936 et 1937. — Le Monde, 7 et 8 septembre 1971. — L. Trotsky, Le mouvement communiste en France, Éd. de Minuit, 1967. — J. Rabaut, Tout est possible !, Denoël, 1974. — J.-P. Joubert, A contre-courant : le pivertisme, Th., op. cit. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI, MM, op. cit. — Notes autobiographiques de Fred Zeller. — Denis Lefebvre, Fred Zeller, des trois flèches aux trois points, Bruno Leprince, 2004. — État civil de Paris.

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