GOSNAT Georges, Raoul

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 3 décembre 1914 à Bourges (Cher), mort le 22 mai 1982 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; secrétaire général de la compagnie maritime France-Navigation en 1937 ; dirigeant du Parti communiste français (PCF), membre du comité central (1954-1982), trésorier du PCF ; député de Charente-Maritime (1945-1958) puis de la circonscription d’Ivry-Vitry (1967-1982).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

Fils de Venise Gosnat, Georges Gosnat passa les neuf premières années de son enfance à Bourges puis partit avec ses parents dans la région parisienne, en particulier à Ivry-sur-Seine qui resta sa ville d’attache et dont il fut député jusqu’à sa mort. La municipalité d’Ivry lui versa des « Secours d’études » en 1930, 1931 et 1933, pour sa scolarité à l’École supérieure de commerce de Paris. Adhérent des Jeunesses communistes en 1930, il devint secrétaire des JC d’Ivry en 1933 et y milita jusqu’en 1935.

Parallèlement le jeune Georges animait une troupe théâtrale dénommée « Le groupe artistique d’Ivry » ou « groupe théâtral des HBM Insurrection ». Un vieux militant garda le souvenir d’une représentation de 1934, devant les locataires, « où un jeune homme tenait le rôle d’un défenseur de la classe ouvrière. L’éloquence du jeune homme fut très appréciée et chacun disait à la sortie : “Tu verras, il finira à la Chambre des Députés”. Ce jeune homme s’appelait Georges Gosnat » (Le Travailleur, 14 mai 1965). Gosnat siégea au secrétariat national de la Fédération du théâtre ouvrier de France. Il était également membre de la Fédération sportive et gymnique du travail, du club populaire « Les Aiglons d’Ivry » et responsable du patronage de Vitry. Son père, ouvrier forgeron à Bourges, licencié pour ses activités syndicales, était devenu le très influent concierge-gérant d’une cité de HBM à Ivry, et, avait été chargé de cacher des militants communistes clandestins.

Georges eut ainsi la chance de connaître, dès l’âge de quatorze ans, Maurice Thorez, puis Eugen Fried*, représentant de l’Internationale communiste. Le secrétaire du PC s’attacha à cet adolescent qui partageait les idées de son père et disposait des qualités humaines et intellectuelles nécessaires à un cadre communiste.

Soldat au 172e régiment d’infanterie de Forteresse basé à Strasbourg, Georges Gosnat se maria le 24 décembre 1935 à Ivry, avec Georgette Alleaume, née le 28 octobre 1913 à Ivry, fille d’un ouvrier métallurgiste. Ils eurent, l’année suivante, une fille prénommée Raymonde. À cette époque, Maurice Thorez lui conseilla de faire le peloton. Il accéda au grade d’aspirant de l’infanterie [l’information grade d’aspirant de la marine est erronée]. Avant même sa libération, Maurice Thorez avait décidé de son avenir en proposant à Giulio Cerreti de le faire entrer à la compagnie maritime France-Navigation, compagnie créée en avril 1937 avec des capitaux communistes. Il fut donc nommé, vers la mi-septembre 1937, secrétaire particulier du président Joseph Frisch (un non communiste) et, trois semaines plus tard, secrétaire général. Un rapport signé Allard (Giulio Cerreti) et rédigé à Moscou en mars 1941, témoigne de la confiance que lui faisait l’IC : « Sa culture générale est assez étendue et il possède une formation théorique relativement solide. Il est actif, dynamique même, et doué d’une intelligence remarquable. En toute circonstance, il a fait preuve de fermeté, de droiture et de dévouement. Georges Gosnat d’oit être placé [considéré comme] au premier rang de mes collaborateurs pour la direction quotidienne de France-Navigation : à la compagnie il était vraiment l’homme du parti. [...] Georges Gosnat est sans doute un des camarades qu’il convient de suivre attentivement pour le pousser aux postes responsables. » (extrait d’un rapport de trois pages intitulé « Caractéristiques de Georges Gosnat », RGASPI).

Georges Gosnat était alors un jeune homme de grande taille, élancé, élégant, qui fit preuve dans ses fonctions de dévouement au Parti comme d’habileté et d’autorité avec les interlocuteurs non-communistes. Même si le véritable responsable était Cerreti, il eut un rôle important dans le ravitaillement en armes soviétiques de la République espagnole. Ces activités lui donnèrent l’occasion de séjourner en URSS courant août 1938.

Mobilisé comme lieutenant en septembre 1939, il fut interrogé par le conseil de guerre de Toulon en avril 1940, puis libéré. Les Allemands le firent prisonnier au cours des premiers combats de mai 1940 en Belgique ; il était à la tête d’un peloton cycliste. Interné dans un camp d’officiers à Nienburg, il fit plusieurs tentatives d’évasion, fut blessé et transféré au camp disciplinaire de Lübeck où l’Armée rouge le libéra. Son épouse, Georgette, dactylographiait de la propagande clandestine lorsqu’elle fut arrêtée le 31 janvier 1942 puis déportée à Ravensbrück.

De retour en France, Georges Gosnat, qui n’avait que trente ans, connut une très rapide promotion dans le Parti communiste français. Député de Charente-Maritime de 1945 à 1958, il fut sous-secrétaire d’État à l’Armement, en 1946, au côté du ministre Charles Tillon* (1er ministère Georges Bidault, 24 juin-6 décembre 1946). Candidat sans succès aux élections générales de novembre 1958 et aux partielles de février-mars 1959, il se vit offrir par Maurice Thorez d’être son suppléant dans la circonscription d’Ivry-Vitry. Il le remplaça en juillet 1964 après son décès et conserva constamment ce siège. Le congrès national d’Ivry (avril 1954) l’élut membre suppléant du Comité central puis le congrès du Havre le titularisa. Georges Gosnat était, avec Jean Jérôme*, un des principaux responsables des activités commerciales et financières du Parti communiste français.

La promotion de Georges Marchais au secrétariat général en 1972 correspondit à un renforcement de son rôle. Le XXIIe congrès (1976) lui attribua les fonctions d’administrateur du comité central, de trésorier du Parti et de responsable du Bureau de presse. Georges Gosnat, physiquement très changé (il dépassait les cent kilos), conservait un « charme » personnel, une grande facilité de contacts qui en faisait un habile ambassadeur du PCF dans les milieux de la presse, des affaires ou de la haute administration.

Divorcé en 1968, après avoir été le compagnon de la députée de la Loire Denise Bastide, dont il eut deux fils, Georges Gosnat épousa le 30 juillet 1970 Marie Lambert, née Perrot. Celle-ci avait vu le jour à Landerneau (Finistère) le 26 octobre 1913. Mariée avec Henri Lambert, militant communiste (dont elle divorça), elle adhéra elle-même au Parti en 1943, participa activement à la Résistance et devint secrétaire fédérale du Finistère après la Libération. Députée de 1948 à 1951, elle fut ensuite journaliste à l’Humanité puis à France nouvelle. Sa mort survint à Ivry le 22 janvier 1981. Georges Gosnat ne lui survécut qu’un an.

Un de ses fils, Pierre Gosnat, né le 20 août 1948 à Paris, fut élu maire d’Ivry-sur-Seine le 12 décembre 1998. Il succédait à Jacques Laloë, maire depuis 1965.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24041, notice GOSNAT Georges, Raoul par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 décembre 2008, dernière modification le 7 décembre 2018.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]
[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 307. — Comptes rendus des congrès nationaux du Parti communiste français. — L’Humanité, 24 et 27 mai 1982, 16 janvier 1984. — Le Travailleur, 8 mai 1964, 14 mai 1965, 30 janvier 1981, 21 mai 1982. — Révolution, 28 mai-3 juin 1982. — Le Monde, 25 mai 1982. — Didier Buffin et Dominique Gerbaud, Les communistes, Paris, 1981, p. 158-159. — Dominique Grisoni et Gilles Hertzog, Les Brigades de la mer, Paris, 1979. — Jean Chaumeil, Venise Gosnat, Paris, 1975. — P.-M. Dioudonnat et S. Bragadir, Dictionnaire des 10 000 dirigeants politiques français, Paris, 1977. — Who’s who in France, 1979-1980. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, en particulier t. 4, 1984. — Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1985 (notice Marie Perrot). — Renseignements recueillis par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule. — Note de Jean-Yves Mollier.

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