FARANDJIS Stélio

Par Jacques Girault

Né le 16 avril 1937 à Sartrouville (Yvelines) ; professeur puis secrétaire général du Haut Conseil de la francophonie ; militant syndicaliste du SNES puis du SNESup ; militant socialiste à Paris.

Né dans une famille d’origine grecque arrivée en France en 1923, fils d’un ouvrier « tresseur », monteur en chaussures, et d’une couturière, Stélio Farandjis, de religion orthodoxe, fut élève du cours complémentaire Félix-Pécaut dans le XVIIe arrondissement de Paris. Il entra à l’École normale d’instituteurs de Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) en 1953. Admis en classe préparatoire au lycée Chaptal, admissible à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, étudiant à l’Institut de préparation à l’enseignement secondaire, il obtint une licence de géographie à la Sorbonne avec son ami Jacques Guyard*. Après avoir réussi l’agrégation d’histoire en 1962, Stélio Farandjis fut nommé professeur au lycée de Beauvais (Oise). Après avoir effectué son service militaire à l’état-major de l’armée de terre à Paris, il obtint en 1965 un poste au lycée Paul-Valéry dans la capitale, puis au lycée Marcel Roby à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines) lors de l’année scolaire 1965-1966. Proche de la tendance « Unité et Action », il milita au Syndicat national de l’enseignement secondaire. Préparant une thèse d’histoire sous la direction d’Alphonse Dupront, spécialiste d’histoire religieuse à la Sorbonne qui avait déjà dirigé son diplôme d’études supérieures, Stélio Farandjis assista ce dernier dans des recherches en sémantique historique en 1966. Il soutint sa thèse de troisième cycle, sous le titre La Notion de sacré chez Condorcet en 1977 (Université de Paris IV). Il avait choisi d’enseigner à l’Université de Paris I, comme maître-assistant puis maître de conférences.

Depuis l’École normale, Stélio Farandjis avait noué des relations amicales avec Pierre Mendès France*. Celles-ci durèrent jusqu’au décès de ce dernier. Membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme, il adhéra à un club qui se fondit dans la Convention des institutions républicaines et devint un des proches de François Mitterrand*. Il fut le fondateur du club « Démocratie et Université » dont les membres collaborèrent avec les militants communistes dans le syndicalisme enseignant et particulièrement au Syndicat national de l’enseignement supérieur. Stélio Farandjis figurait sur la liste conduite par le communiste Guy Bois qui, au congrès du SNESup de l’automne 1967, fut battue par la liste conduite par Alain Geismar*. Considéré dès lors comme un allié précieux des communistes, il participa à la nouvelle tendance « Action syndicale » qui reprit la direction du SNESup en 1969. Stélio Farandjis devait rester pendant quelques années au bureau national, puis à la commission administrative nationale de ce syndicat. En 1970, il devint secrétaire-adjoint du SNESup, spécialisé dans les questions de formation, notamment la formation permanente, dans le sport et dans les relations internationales. Il anima notamment les comités Angela Davis et d’aide aux démocrates grecs.

Stélio Farandjis s’engageait parallèlement dans les luttes politiques en liaison avec les responsables nationaux de la CIR. Il entretenait aussi des relations avec René Dumont. Il participa à la rédaction de la partie « Éducation » dans le programme de François Mitterrand*. Après le congrès d’Épinay, il fit partie de la commission des 21 chargée d’élaborer le programme socialiste sous la direction de Jean-Pierre Chevènement. Stélio Farandjis contribua à la rédaction des propositions sur l’éducation et, en relations avec Pierre Juquin*, à l’intégration de ces développements dans le Programme commun de la gauche. Il animait le groupe de militants issus de « Démocratie et Université » qui refusaient de cesser l’alliance avec les communistes dans le syndicalisme enseignant. Ce groupe s’opposait à la tendance « Unité, indépendance, démocratie » qui, depuis 1975, publiait la revue École et socialisme. En dépit de ces analyses politiques différentes, Stélio Farandjis entretint toujours des liens amicaux avec Jean Battut* et Jacques Guyard*, deux des responsables de cette tendance.

Au Parti socialiste, Stélio Farandjis militait dans le XIIe arrondissement de Paris. En 1974, il obtint de sa section, en dépit de l’opposition des militants du CERES majoritaires à Paris, l’admission de Jacques Delors qui habitait l’arrondissement. Il fut surtout pendant plus de vingt ans régulièrement candidat lors des législatives. Après avoir été le suppléant de Marie-Thérèse Eyquem en 1967 dans la 12e circonscription (Quinze-Vingt-Bercy), il brigua la députation en 1968. En 1973, il arriva en deuxième position des candidats de gauche avec 5 285 voix sur 38 457 inscrits. En 1978, il précéda la candidate communiste avec 6 512 voix sur 36 901 inscrits et représenta la gauche au deuxième tour contre Pierre de Bénouville. À nouveau candidat en 1981, il fut battu de peu au second tour, le report de toutes les voix de gauche n’ayant pas été parfait. Stélio Farandjis ne se présenta pas en 1986 mais fut à nouveau candidat en 1988.

Stélio Farandjis fut, avec Guy Bois, l’animateur du mouvement « Union dans les luttes » après la rupture de la dynamique unitaire suscitée par le Programme commun. La pétition lancée en décembre 1979 recueillit plus de cent mille signatures qui formèrent de nombreux comités de base unitaires.

Stélio Farandjis participait aux réflexions du groupe des dirigeants socialistes autour de François Mitterrand*. Il fit notamment partie de la commission des conflits désignée lors du congrès de Pau (1975). En 1981, il fut nommé conseiller au ministère de la Coopération, puis devint le secrétaire général du Haut Comité de la langue française qui devint Haut Conseil de la francophonie en 1984 avec comme co-présidents François Mitterrand* et Léopold Sédar Senghor*, fonction qu’il conserva après l’élection en 1995 de Jacques Chirac à la Présidence de la République. L’activité de Stélio Farandjis s’identifia alors avec le développement de l’activité de la francophonie dans le monde. Il publia un recueil de ses écrits et interventions sur la défense de la langue française entre 1981 et 1989. Il conserva son poste quand, dans son intitulé, le Haut Conseil ajouta à la défense de la francophonie la promotion du multiculturalisme. Il quitta cette fonction et prit sa retraite en avril 2002. Stélio Farandjis fut alors nommé inspecteur général et élabora un rapport pour le ministère de l’Éducation nationale sur l’éducation de la francophonie dans les établissements de second cycle français.

Coprésident de l’Association pour le dialogue islamo-judéo-chrétien à partir de 1982 (et toujours en 2008), toujours membre actif du Parti socialiste dans la section de Lognes (Seine-et-Marne), Stélio Farandjis habite depuis 1995 dans cette commune. Il y remplit des tâches honorifiques et prononce des conférences sur divers sujets. En 2008, il a présidé le comité de soutien à la liste du maire socialiste sortant et annoncé son soutien au texte présenté par Martine Aubry pour le congrès du Parti socialiste en novembre.

Stélio Farandjis s’était marié en décembre 1963 à Paris (XVe arr.) avec une professeure d’histoire-géographie du lycée Paul-Valéry. Le couple eut deux filles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23918, notice FARANDJIS Stélio par Jacques Girault, version mise en ligne le 15 décembre 2008, dernière modification le 2 novembre 2018.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Éducation permanente et socialisme, publiée en collaboration avec G. Delfau, J.-P. Bachy et D. Taddéi, pour « Démocratie et Université », Téma-éditions, 1973, 142 p. — Textes et propos sur la francophonie, Richelieu-Senghor, 1984, 154 p. — Francophonie et humanisme : débats et combats, P. Tourgui, 1989, 349 p. — Francophonie fraternelle et civilisation universelle, La Garenne-Colombes, Éditions de l’espace européen, 1991, 284 p. — Philosophe de la francophonie : contributions au débat, Paris-Montréal, L’Harmattan, 1999, 216 p.

SOURCES : Presse syndicale. — Sources orales. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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