EBERHARDT Pierre

Par Pierre Schill

Né le 19 septembre 1885 à Breidenbach (Lorraine annexée), mort le 29 décembre 1930 à Sarreguemines (Moselle) ; secrétaire du syndicat chrétien UGB (Unabhängiger Gewerkschaftsbund, Fédération des syndicats indépendants) dans le bassin houiller lorrain au lendemain de la Grande Guerre.

Pierre Eberhardt, photographie vers 1915 sur sa fiche aux houillières
Pierre Eberhardt, photographie vers 1915 sur sa fiche aux houillières
Collection Pierre Schill

Fils de Barbara Eberhard, marié avec Marie née Dorr le 17 février 1893, le couple eut au moins une fille.

Pierre Eberhardt entra aux houillères de Sarre et Moselle (Lorraine annexée) en juin 1909 et travailla jusqu’à sa mobilisation dans l’armée impériale allemande le 31 juillet 1914. Il fut démobilisé le 13 mai 1916 et put reprendre son poste de piqueur dès son retour de guerre. Malade, il quitta la houillère le 27 décembre 1929.

A la fin de la Grande Guerre, Pierre Eberhardt, déjà militant du syndicalisme chrétien avant 1914, tenta de rassembler les anciens militants et de reconstituer des groupes locaux. Sa tâche fut rendue difficile par la CGT qui s’était organisée plus rapidement en Moselle en général et dans le bassin houiller en particulier. Il résidait alors à Merlebach (Moselle). Il habitera plus tard à Sarreguemines (Moselle).

Secrétaire du syndicat chrétien UGB (Unabhängiger Gewerkschaftsbund, Fédération des syndicats indépendants) pour le bassin houiller lorrain, il fut l’un des animateurs de la grève générale des houillères de Moselle en septembre 1919. Il participa notamment aux négociations du 21 septembre 1919 aux Houillères de Petite-Rosselle (Moselle) et aux négociations générales du 24 septembre 1919 à l’Hôtel de ville de Forbach (Moselle).

Au moment des élections législatives de novembre 1919, il s’opposa en réunions publiques à Louis Wagner* de la CGT, qui mettait en cause les actions des mineurs chrétiens qui tentaient alors de consolider leur implantation syndicale.

Tout au long des années 1920, il fut l’un des principaux artisans de la plus grande influence du syndicalisme chrétien dans le bassin houiller lorrain. Il anima aussi les débuts de la grève des mineurs de charbon lorrains en avril 1920. Il participa au début du mois à une réunion organisée par le syndicat chrétien à Stiring-Wendel (Moselle). Entre soixante et soixante-dix mineurs étaient venus écoutés Camille Bilger*.

Les mineurs chrétiens refusèrent rapidement de cautionner la poursuite d’un conflit qu’ils ne pouvaient aiguillonner car ils étaient encore minoritaires (l’UGB rassemblait alors environ 10 % des mineurs de charbon). Pierre Eberhardt prit ainsi contact, au début du mois d’avril 1920, avec la direction des Houillères de Petite-Rosselle pour s’assurer qu’une protection militaire serait accordée aux mineurs désireux de reprendre le travail.

Pierre Eberhardt participa à une réunion communiste organisée le 27 septembre 1921 à Merlebach (Moselle). Devant environ quatre-vingts mineurs, le communiste Marcel Kirsch* aborda des problèmes spécifiques aux houillères de Sarre et Moselle et attaqua violemment le système capitaliste en général. Pierre Eberhardt critiqua le syndicat communiste des mineurs dont il regrettait les excès, sanctionnés par les mineurs qui, d’après lui, le suivaient de moins en moins.

Il anima, le 7 avril et le 16 juin 1922 à Merlebach, des réunions publiques organisées par l’UGB qui esquissait à cette période un rapprochement avec le syndicat CGTU des mineurs sur la base de revendications concrètes communes.

Pierre Eberhardt prit une part active à la grève de huit semaines qui toucha les houillères mosellanes entre le début du mois de février et le début du mois d’avril 1923. Il anima notamment près de vingt réunions publiques organisées par les syndicats de mineurs des houillères de Sarre et Moselle. Il exhortait les mineurs à tenir jusqu’au bout. Il présidait alors aux destinées des mineurs chrétiens de Merlebach.

Au congrès des Syndicats indépendants des mineurs d’Alsace et de Lorraine de mai 1930, Pierre Eberhardt fut élu au poste de président. Il décéda quelques mois plus tard à l’hôpital de Sarreguemines des suites de la silicose.

Le congrès de la Fédération des Syndicats indépendants d’Alsace et de Lorraine réuni en 1933 à Strasbourg (Bas-Rhin) rappela en ces termes la mémoire d’un militant dévoué à la cause des mineurs : « le collègue Eberhardt fut un promoteur infatigable du syndicalisme chrétien dans les mines de charbon lorraines. C’est lui qui, dans les conditions difficiles de l’après guerre, en 1919, assuma la responsabilité de la reconstitution des syndicats chrétiens dans la région houillère ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23902, notice EBERHARDT Pierre par Pierre Schill, version mise en ligne le 14 janvier 2013, dernière modification le 14 janvier 2013.

Par Pierre Schill

Pierre Eberhardt, photographie vers 1915 sur sa fiche aux houillières
Pierre Eberhardt, photographie vers 1915 sur sa fiche aux houillières
Collection Pierre Schill

SOURCES : Arch. des Houillères du Bassin de Lorraine, Vt421-B40. — Arch. Dép. Moselle, 301 M 76 et 82, 23 Z 1. — Jean-Marie Conraud, Militants au travail : CFTC et CFDT dans le mouvement ouvrier lorrain (1890-1965), Nancy-Metz, PUN-Editions Serpenoise, 1988, 368p. — Pierre Schill, Les grèves de l’immédiat après-guerre dans les mines de charbon de Moselle, 1918-1919, mémoire de DEA d’histoire sous la direction de Serge Wolikow, Université de Bourgogne, 1997, 277p. et 34 p. d’annexes. - Pierre Schill, « Le mouvement ouvrier dans les mines de charbon de Moselle au lendemain de la Grande Guerre (1918-1919) », Les Cahiers Lorrains, n° 2, 1999, p. 203 à 232.

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