Né le 12 septembre 1883 à Paris (XIIIe arr.), exécuté le 18 août 1944 par des Résistants dans son bureau de la mairie du Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) ; ouvrier menuisier ; militant de la Seine, de l’Yonne et à nouveau de la Seine ; militant socialiste, communiste, socialiste-communiste puis socialiste SFIO ; maire du Kremlin-Bicêtre (1919-1944), conseiller général de la 2e circonscription de Villejuif (1929-1935, 1942-1944).

Georges Gérard
Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. III, op. cit., p. 234.
GÉRARD Georges, Théodore.
Né le 12 septembre 1883 à Paris (XIIIe arr.) ; exécuté par des Résistants dans son bureau de la mairie du Kremlin-Bicêtre (Seine) le 18 août 1944 ; ouvrier menuisier ; militant de la Seine, de l’Yonne et à nouveau de la Seine ; socialiste, communiste, socialiste-communiste puis socialiste SFIO ; maire du Kremlin-Bicêtre (1919-1944) marié le 10 février 1920 au Kremlin-Bicêtre ; conseiller général de la 2e circonscription de Villejuif (1929-1935, 1942-1944).
Fils d’Eugène Gérard, ouvrier coopérateur, et de Nathalie Heuzey son épouse, Georges Gérard était l’aîné d’une famille de sept enfants. Entré en apprentissage à douze ans, il adhéra aux Jeunesses socialistes du XIIIe arr. vers 1897. Son père étant décédé, la famille vivait chez sa grand-mère, propriétaire d’une petite maison dans le quartier de la Butte aux Cailles. Il était repéré par la police dès le début du siècle comme un militant très actif "socialiste révolutionnaire antimilitariste", fréquentant les milieux anarchistes et employant un langage violent dans les réunions. Membre de la commission exécutive de la Ligue anticléricale et antimilitariste du 13e arrondissement en 1901, il intervint au groupe d’athées "Lumières" de Maison-Banche en mars 1901, en lui reprochant de s’occuper un peu trop de cléricalisme et pas assez d’antimilitarisme. Si, selon lui, les curés étaient "un obstacle au progrès et à la civilisation, le militarisme en était un plus grand". Il fut élu trésorier de l’entente de la Jeunesse socialiste révolutionnaire du 13e en octobre 1931. Il était aussi membre de la société coopérative de l’arrondissement et était secrétaire adjoint de la Lyre sociale de la Rive Gauche.
Sa biographie établie par les services du conseil général de la Seine précise : « il partit, à dix-huit ans, au hasard de la route, pour échapper à des poursuites pour propagande antimilitariste » (Nos édiles, op. cit.). Ses périgrinations le menèrent dans l’Yonne, où il participa à la création des Jeunesses socialistes. Il lança le premier Pioupiou, contribua à la vie de la Fédération socialiste et organisa les premières tournées de conférence de Gustave Hervé.
Faisant en juillet-août 1907 son autocritique dans le Travailleur socialiste de l’Yonne, il s’accusa d’avoir, au contact des Jeunes Gardes belges, cultivé des tendances favorables à l’anarchie et au mépris des anciens. En effet, en 1906, il avait multiplié les attaques contre les candidats socialistes aux élections législatives. Aussi était-il, pendant l’été 1907, lorsque le problème se posa de leur reconstitution, partisan de la réorganisation des Jeunesses socialistes de l’Yonne, mais sur d’autres bases. Installé à Toucy où le groupe subissait fortement l’influence du vieux Verluisant (Eug. Marcoux), il préconisait une organisation plus solide, sur une base au moins cantonale, et une attention plus vigilante portée aux questions financières. C’est dans ces conditions qu’au congrès du 27 octobre 1907 qui recréa, pour un an, la Fédération des Jeunesses de l’Yonne, il en devint trésorier.
Ses qualités d’organisateur et ses opinions, qui s’étaient modérées assez sensiblement, l’amenèrent à préconiser en 1908 la disparition dans le Parti de tout ce qu’il appelait les « canards de division », l’Action directe, la Guerre sociale, le Prolétaire. Il y avait là quelque audace, puisque la Guerre sociale était le journal d’Hervé, fort aimé dans la Fédération de l’Yonne. Pourtant les propositions de Gérard, soutenues par une activité locale efficace, allaient dans le sens du courant. En 1911, il entra au comité fédéral pour y représenter les groupes de la 2e circonscription d’Auxerre et, en janvier 1912, la Fédération le désigna comme son représentant au conseil national de la SFIO. En mars 1913, après avoir été licencié par ses patrons menuisiers, il revint à Paris et s’installa chez son beau-frère au Kremlin-Bicètre, tout en travaillant dans le 13e arrondissement. Il faisait l’objet d’une surveillance, étant noté comme antimilitariste. Il était décrit ainsi : "1m 58 environ, cheveux blonds, moustache de même nuance, corpulence moyenne"
Aussitôt Gérard fonda le syndicat des employés du Gaz de banlieue. Exempté du service militaire lors de l’appel de sa classe pour faiblesse de la vue, il fut, en 1914, prit comme auxiliaire et mobilisé en qualité d’ouvrier menuisier dans une usine d’aviation. Déjà coopérateur dans l’Yonne - on lui doit la fondation de la boulangerie coopérative « La Gerbe » à Toucy en 1910 —, il créa, à la demande Albert Thomas précisa-t-il, un restaurant coopératif à Issy-les-Moulineaux, et mit en place les délégués ouvriers. Les coopératives lui confièrent de nombreuses responsabilités au-delà de l’armistice : administrateur de la Solidarité (coopérative de consommation du Kremlin-Bicêtre), administrateur de l’UDC de Paris et même, pendant un temps, son secrétaire adjoint, en 1937 administrateur de la Société de contrôle des coopératives.
Secrétaire adjoint du syndicat des menuisiers de la Seine, secrétaire de la section socialiste du Kremlin, il devint le 10 décembre 1919 maire du Kremlin-Bicêtre, prenant la succession d’un autre ouvrier menuisier socialiste : Eugène Thomas , mort en février 1919. Les électeurs du canton de Villejuif en firent leur conseiller d’arrondissement le 14 décembre 1919, par 3 665 voix sur 6 458 votants.
Georges Gérard adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) mais, en désaccord avec les décisions du IVe congrès de l’Internationale communiste, il fut exclu au début de l’année 1923 et rejoignit l’Union socialiste communiste. Son conseil municipal se divisa alors : Gérard rendit son écharpe tandis que treize conseillers fidèles au Parti communiste démissionnèrent. Aux élections municipales complémentaires des 1er et 8 juillet 1923, la liste de l’Union socialiste communiste obtint les sept sièges de la section Kremlin (1re section) et celle du Parti communiste conduite par Rémy Mérinville, les cinq sièges de Bicêtre (2e section) — il manque semble-t-il un siège sur les 13 vacants. Confirmé dans son mandat, Gérard renforça sa position aux élections municipales des 5 et 10 mai 1925, en faisant triompher dans les deux sections les listes socialistes-communistes. Candidat socialiste-communiste aux élections législatives du 22 avril 1928 dans la 8e circonscription de Sceaux, il recueillit 2 413 voix, soit 11,2 % des 21 590 inscrits (18 841 votants). Il avait refusé de se désister au second tour pour Paul Vaillant-Couturier et avait été désavoué par Paul Louis, secrétaire de son organisation.
Mais, aux élections du 5 mai 1929, si la liste socialiste-communiste fut élue dès le premier tour à la mairie au Kremlin, le Parti communiste l’emporta dans les mêmes conditions à Bicêtre. Exclu du Parti d’unité prolétarienne (PUP) en 1933, Gérard adhéra au Parti socialiste SFIO et gagna les élections municipales du 5 mai 1935 à la tête d’une liste socialiste, malgré la présence d’une liste pupiste dirigée par Olienne Jacquet (moyenne des voix socialistes 1811, sur 4 233 inscrits).
Georges Gérard était entré au conseil général le 12 juin 1929 en battant le conseiller communiste sortant Rémy Mérinville (celui-ci l’avait devancé aux scrutins des 14 et 21 juin 1925). Il perdit son siège aux élections de juin 1935 au profit d’un communiste. L’Humanité du 28 mai 1935 notait : « Sur les huit nouveaux sièges conquis par notre Parti (dans la Seine), un seul était tenu par un socialiste, Gérard, dont l’hostilité au Front unique a certainement contribué à l’insuccès. »
Gérard était aussi animateur d’une partie du mouvement associatif local, il était président d’honneur des "Amis de Jean Jaurès", cercle philosophique de sa ville, et d’autres associations gérants des services locaux (sportives, cantines, etc). Au niveau départemental, il était trésorier de la société d’études et de documentation municipale, avec Sellier et Poggioli en 1920-1936, et vice-président de l’association dite Caisse de solidarité des personnels du départements, des communes et des établissements publics de la région parisienne.
Le gouvernement de Vichy le confirma dans ses fonctions de maire par arrêté en date le 9 mai 1941 et avait été nommé conseiller départemental de Villejuif le 18 février 1942. Il conserva ces fonctions jusqu’à la Libération. Il était encore trésorier de la société d’études et de documentation municipale.
Accusé de collaboration avec l’occupant, Gérard fut abattu dans son bureau le 18 août 1944.

SOURCES : Arch. Dép. Seine, D M3 et Versement 10451/76/1. — BA-2003/287531, dossier Georges Gérard. — Arch. Nat., Z6/1927. — Arch. J. Gaumont-G. Prache. — Le Travailleur socialiste de l’Yonne. — L’Humanité, 15 décembre 1919, 11 janvier 1921 et 7 mai 1935. — S. Roujeau, L’implantation du Parti communiste français à Villejuif pendant l’entre-deux-guerres, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1973. — Renseignements fournis par le maire du Kremlin-Bicêtre. — État civil du XIIIe arr.

Claude Pennetier et Gilles Morin

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