GALONI Pierre

Par Michel Dreyfus

Né le 16 mai 1915 à Paris (XIIe arr.), mort le 24 novembre 2004 ; professeur ; membre de la commission exécutive confédérale (1950-1961) puis du bureau confédéral (1961-1977) de FO, chargé du Centre confédéral d’éducation ouvrière (CCEO) et du Centre de formation des militants.

Abandonné par ses parents, pupille de la Nation, placé dans une famille paysanne mancelle, Pierre Galoni arriva à devenir enseignant : il fut instituteur puis professeur dans l’enseignement professionnel. A travers l’école de la République à laquelle, il resta attaché toute sa vie et par son militantisme, il voulait faire partager ses connaissances et former des « citoyens libres ». Il suivait en cela les principes de Fernand Pelloutier pour qui les Bourses du travail devaient combler et compléter l’instruction des travailleurs afin qu’ils prennent conscience de leur situation et de leur force.

Après avoir vainement tenté de rallier à Force ouvrière les enseignants qui allaient décider de l’autonomie de la FEN, Pierre Galoni refusa d’entrer dans cette dernière et rejoignit l’organisation de Robert Bothereau. Il fut alors un des responsables de la Fédération de l’Enseignement Force ouvrière qui fut contestée tant par les « autonomes corporatistes » que par leurs « alliés » d’origine confessionnelle. En 1965, Pierre Galoni était secrétaire général de la Fédération Force ouvrière de l’Éducation nationale. En 1950, il entra à la commission exécutive confédérale Force ouvrière et il y resta jusqu’en 1961, date à laquelle il fut élu au bureau confédéral. Il en fut membre jusqu’en 1977 et il se consacra principalement à la formation des militants, surtout après la mort de Georges Vidalenc*, survenue en 1967.

Depuis les années 1950, Pierre Galoni pensait que la formation des adultes passait par une réforme de l’école qui devait devenir plus démocratique. Ces conceptions évoluèrent à partir de la décennie suivante sur la base d’une relativisation de ce projet d’école démocratique : l’accent était désormais mis davantage sur la formation continue. Au même moment, cette dernière commençait à être pensée puisque, en 1966 puis en 1968, deux lois commencèrent à définir ce champ ; il devait recevoir une impulsion décisive en 1971 avec la loi sur la « formation professionnelle continue dans le cadre de l’éducation permanente ». Toutefois, jusqu’au début des années 1970, les questions de formation n’étaient pas liées à la formation professionnelle des adultes et ce n’est que de façon contradictoire et non sans hésitations que les organisations syndicales s’en emparèrent. Il en allait d’ailleurs de même du côté du patronat et il semble bien que ce soit Mai 68 qui ait contribué à faire changer les mentalités sur ce point. Comme le dit alors François Ceyrac, le dirigeant du CNPF, avec la formation, « on pouvait conduire le changement par l’adaptation du personnel » et ce, à un moment où la conflictualité ouvrière était forte. Pierre Galoni ainsi qu’un autre responsable de FO, Roger Louet*, s’engagèrent alors dans cette voie

Ces préoccupations rejoignaient sur certains points l’aventure des instituts universitaires du travail dont Marcel David* avait été à l’initiative à partir du milieu de la décennie 1950. Ces instituts devaient servir à former les cadres du monde du travail et bien peu de choses avaient été faites en ce domaine, même si la CGT confédérée avait mis sur pied en 1932 l’Institut supérieur ouvrier et les collèges du travail. Des cours du soir de formation et de culture générale avaient été organisés au siège de la CGT pour les militants parisiens et de banlieue cependant qu’en province des services analogues étaient proposés dans le cadre des collègues du travail. Un Centre confédéral d’éducation ouvrière (CCEO) dont Georges Lefranc assura la direction à partir de 1933 cordonna cette action à l’échelle nationale. FO ne partait donc pas de rien et pouvait s’appuyer sur cette expérience. Le projet d’institut du travail reçut le soutien de la CFTC, de la CGT et de la CGT-FO. Le premier institut du travail fut créé en 1955 à Strasbourg et d’autres suivirent à Grenoble, Lyon, Nancy. Toutefois, en 1967, la CFDT, la CGT-FO et la CGT s’opposèrent à toute tentative de créer des instituts de ce type dans les universités au motif qu’une telle démarche remettrait en cause l’équilibre du compromis qu’elles avaient difficilement établi entre elles en ce domaine. La formation syndicale de base devait rester l’apanage des organisations syndicales, les instituts du travail s’occupant de leur côté de la formation supérieure. En 1967, Pierre Galoni affirma, au nom de FO, que cette dernière était opposée à la création systématique d’instituts du travail dans les universités car les besoins en formation de niveau supérieur étaient moindres qu’au niveau élémentaire ; la CGT défendit alors une position analogue.

À partir de 1967, Pierre Galoni prit la direction du Centre d ’éducation ouvrière de Force ouvrière que Georges Vidalenc avait créé dès les débuts de la Confédération. Il s’occupa également des rapports avec l’Outre-Mer, l’Afrique francophone ainsi que des rapatriés. Particulièrement sensible aux problèmes de la coopération, Pierre Galoni fut l’artisan de réalisations pratiques en matière de formation professionnelle et syndicales avec les organisations syndicales africaines avec qui il était très lié et qui en firent parfois un de leurs conseillers. Lorsqu’il entra au Conseil économique et social, il fut durant de longues années l’artisan de nombreux séminaires franco-africains et malgaches.

La retraite venue, Pierre Galoni se retira à Montcusel dans le Jura et écrivit la saga des “ Pitaud ” , nom donné à un enfant abandonné et élevé dans une ferme par une famille d’adoption. Dans ces romans à caractère autobiographique, Pierre Galoni intégra les aspirations de sa vie. Trois volumes parus d’abord aux Editions de l’Archipel puis J’ai lu, connurent un grand succès de librairie et servirent en outre de scénario à un film.

Pierre Galoni, qui était titulaire de la Légion d’honneur et des Palmes académiques, mourut le 24 novembre 2004.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23880, notice GALONI Pierre par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 1er janvier 2009, dernière modification le 2 juillet 2009.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Le Destin du Pitaud, Paris, J’ai lu-Roman contemporain. — Le Pitaud grand père, Paris, J’ai lu-Littérature documents. — La Fille du Pitaud, Paris, J’ai lu–Roman contemporain. — Le Pitaud, Paris, J’ai lu-Roman contemporain,

SOURCES : G. Adam, La CGT-FO, Armand Colin, 1966. — Le Monde, 2 décembre 2004. — FOH, n° 2687, 1er décembre 2004. — Lucie Tanguy, Les Instituts du travail. La formation syndicale à l’Université de 1955 à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 208. — Guy Brucy, Lucie Tanguy, « La formation au coeur du paritarisme, la position de FO », communication présentée au colloque, FO, acteur de la vie contractuelle et du paritarisme, fin des années 1950, début des années 1960, colloque organisé par le Centre d’histoire sociale du XXe siècle et FO, Paris, 11 et 12 décembre 2008, à paraître.

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