EBOUÉ-TELL Eugénie [née TELL Élisabeth, Charlotte, Andrée, Eugénie, épouse ÉBOUÉ]

Par Claude Pennetier

Née le 23 novembre 1891 à Cayenne (Guyane), morte le 20 novembre 1972 à Pontoise (Val d’Oise) ; institutrice ; militante socialiste SFIO de la Guadeloupe puis de la Seine [Hauts-de-Seine] ; députée de la Guadeloupe (première et seconde Assemblée nationale constituante) puis sénatrice (1946-1952), conseillère municipale d’Asnières (Seine, Hauts-de-Seine).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1945]

Après des études secondaires en métropole, au lycée de jeunes filles de Montauban (Tarn-et-Garonne), Eugénie Tell, titulaire du certificat d’aptitude pédagogique, revint en Guyane comme institutrice à Saint-Laurent du Maroni.
Mariée le 14 juin 1922 avec Félix Éboué (1884-1944), originaire également de Cayenne, elle partagea sa vie en Afrique, à la Guadeloupe puis au Tchad dont son époux était devenu gouverneur en 1938. Le couple eut un fils et une fille. Diplômé de l’École coloniale, administrateur de brousse, franc-maçon, Félix Éboué avait été nommé par le gouvernement de Front populaire, premier homme noir administrateur de Guadeloupe et de l’administration française. Rallié au général de Gaulle, Félix Éboué fut gouverneur de l’AEF (Afrique équatorial française), tandis qu’Eugénie s’engagea dans les Forces françaises libres féminines, comme infirmière à l’hôpital militaire de Brazzaville jusqu’en 1944. Félix Éboué était un homme très cultivé, passionné d’ethnographie africaine, dont l’engagement en faveur « d’une nouvelle politique indigène » marqua son épouse qui apprit les dialectes et langues locales. Il fut un acteur essentiel de la conférence de Brazzaville (30 janvier-2 février 1944) dont il sortit épuisé. Il décéda le 17 mai 1944 au Caire (Egypte). Les cendres de ce « compagnon de la Libération » furent transférées au Panthéon le 20 mai 1949.
Après le décès de son mari, Eugénie Éboué, qui habitait à Asnières (Seine), entra dans la vie politique en tant que socialiste SFIO. Présentée comme la première candidate féminine aux colonies, elle fut élue aux deux Assemblées nationales constituantes : le 21 octobre 1945, dans la première circonscription de la Guadeloupe, et le 2 juin 1946.
Elle était depuis mai 1945, conseillère municipale de Grand-Bourg (Guadeloupe). Eugénie Éboué figura en seconde position sur la liste SFIO aux élections législatives du 10 novembre 1946. Elle ne fut pas élue, cette liste n’ayant remporté qu’un des trois sièges à pourvoir en Guadeloupe. Eugénie Eboué-Tell fut élue au Conseil de la République, le 15 décembre 1946 avec un autre candidat de la SFIO, Clovis Renaison. Elle siégea aux commissions de l’Éducation nationale et de l’Intérieur. En 1948, elle intervint pour obtenir des explications sur la situation politique et sociale de Madagascar.
Eugénie Éboué se rallia au RPF crée par le général de Gaulle. Lors du renouvellement du Conseil de la République, le 7 novembre 1948, elle conduisit en Guadeloupe la liste du RPF qui remporta au deuxième tour les deux sièges à pourvoir. Sous cette étiquette, elle fut aussi réélue aux municipales d’octobre 1947. Elle siégea au groupe d’Action démocratique et républicaine du Conseil de la République. Ses interventions portèrent sur l’extension de la Sécurité sociale aux territoires d’outre-mer et au traitement des fonctionnaires. Depuis juin 1949, elle était membre du conseil de direction du RPF. Elle devint la vice-présidente du conseil d’administration de l’association « Pour l’Union française ».
Le 10 juillet 1952, Eugénie Éboué quitta le Conseil de la République pour l’Assemblée de l’Union française, dont elle demeura vice-présidente jusqu’à la fin de l’année 1953. Elle occupa ensuite la fonction de vice-présidence du groupe des Républicains sociaux de cette Assemblée. Elle fut nommée en 1958 au Conseil économique et social (section des activités sociales).
La vie politique de la métropole suscitait cependant toujours son intérêt, et, lors des élections législatives anticipées du 2 janvier 1956, elle fut candidate en troisième position sur la liste présentée par les Républicains sociaux dans la cinquième circonscription de la Seine. Elle ne fut pas élue car cette liste ne remporta qu’un siège. Elle devint par contre conseillère municipale d’Asnières en 1958. Elle se consacra également à l’Alliance internationale des femmes dont elle intégra le comité directeur.
Eugénie Éboué était commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-45 et de la Rosette de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23867, notice EBOUÉ-TELL Eugénie [née TELL Élisabeth, Charlotte, Andrée, Eugénie, épouse ÉBOUÉ] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 9 décembre 2008, dernière modification le 25 janvier 2019.

Par Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1945]

SOURCES : Site Internet de l’Assemblée nationale. — Dictionnaire historique de la Résistance, notice Félix Éboué, par Philippe Oulmont.

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