FABRE Étienne, Pascal, Renan

Par Jacques Girault, Jean Sagnes

Né le 3 janvier 1906 à Villeneuve-lès-Béziers (Hérault), mort le 1er octobre 1988 à Béziers (Hérault) ; instituteur ; syndicaliste et militant communiste de l’Hérault ; résistant ; adjoint au maire de Béziers, conseiller général.

Fils d’un cultivateur (ouvrier agricole possédant quelques terres, après avoir été régisseur d’un domaine pendant quelques années), Étienne Fabre reçut les premiers sacrements catholiques. Vers quatorze ans, « ma foi s’est évanouie d’un seul coup ». Il fut élève du cours complémentaire Louis-Blanc de Béziers. Après trois années (1921-1924) passées à l’École normale d’instituteurs de Montpellier (Hérault), il fut successivement en poste dans plusieurs communes de l’Hérault : Pomerols (1924-1926), Nézignan-l’Évêque (1926-1930) et Portiragnes (1930-1939). Il effectua son service militaire comme deuxième classe dans l’infanterie. Abonné aux publications de Célestin Freinet*, il pratiquait quelques méthodes mises au point par ce pédagogue.

Étienne Fabre adhéra au Syndicat national affilié à la CGT en octobre 1924, puis le quitta en 1926 pour rejoindre le groupe de jeunes (trésorier du groupe départemental jusqu’en 1932) et le Syndicat des membres de l’enseignement laïc (CGTU). Membre des Jeunesses laïques et républicaines, secrétaire adjoint de la section de Pomerols en 1925-1926, il s’était orienté vers le communisme et le syndicalisme unitaire dans les années 1926-1927 sous l’influence de Raoul Calas et de la lecture de l’Humanité. Membre du conseil syndical depuis 1928, secrétaire départemental du syndicat unitaire de 1931 à l’unité syndicale de 1935, il était également secrétaire adjoint de la 10e région unitaire (1932-1935). Abonné à L’École émancipée jusqu’à la réalisation de l’unité, il devint secrétaire départemental adjoint du SNI et le demeura jusqu’au 8 octobre 1936, date à laquelle il prit les fonctions de secrétaire départemental en remplacement de Clémentine Barthez*. De mars 1937 à septembre 1939, il fut à nouveau secrétaire départemental adjoint du SNI. En septembre 1935, il avait été délégué au VIIIe congrès national de la CGTU tenu à Issy-les-Moulineaux. De 1936 à 1939, il fut membre de la commission administrative de l’UD-CGT de l’Hérault. Il représenta son syndicat au comité local de Front populaire, Actif dans la solidarité avec l’Espagne républicaine, il était en outre membre du cercle d’études sociales de Béziers et de la société de secours mutuels. À la suite de la grève du 30 novembre 1938, il fut un des rares instituteurs à être suspendu durant quelques jours. En tant qu’ancien de la CGTU, il fut écarté des responsabilités syndicales dans le SNI et dans la CGT.

En 1933, Étienne Fabre demanda son adhésion au Parti communiste. Sa carte lui fut remise en 1934 après qu’il eut reconstitué la cellule de Portiragnes. Il fut membre du comité régional du Parti communiste puis du bureau régional de 1933 à la guerre. Durant deux années (mars 1936-1938), il occupa le poste de trésorier régional et fut responsable à l’éducation en 1939. De 1936 à la Seconde Guerre mondiale, il tint la rubrique de politique étrangère du Travailleur du Languedoc, hebdomadaire de la région communiste. À compter du 21 mai 1938, il signait également du nom d’Estieinou, dans le même journal, un billet hebdomadaire. Il fut candidat communiste aux élections municipales de Villeneuve-les-Béziers en 1935 et aux élections au conseil d’arrondissement en octobre 1937, dans le deuxième canton de Béziers.

Étienne Fabre s’était marié religieusement, « contraint moralement », en octobre 1930 avec Claire, Germaine, Lucienne Montech, fille d’un postier, secrétaire dactylo, militante communiste, fille d’un facteur des PTT devenu ouvrier agricole. Elle cessa de travailler après son mariage pour élever son enfant né en 1931 qui fut « baptisé clandestinement » par l’action des deux grands-mères, contre la volonté de ses parents. Par la suite, l’enfant fut « élevé en dehors de toute éducation et pratique religieuse ». Son épouse était, sous le Front populaire, secrétaire départementale du mouvement des femmes contre le fascisme et la guerre. En outre elle dirigeait un club sportif affilié à la FSGT.

En septembre 1939, réformé temporaire, Étienne Fabre occupa son poste d’instituteur à Portiragnes. Il devint un des dirigeants du Parti communiste clandestin dans l’Hérault avec Gilbert Barbé et Raymond Barbé. Les surveillances, filatures et perquisitions furent inefficaces. Le 16 avril 1940, Étienne Fabre, mobilisé dans l’infanterie à Béziers, fut envoyé, le 1er mai, à la compagnie spéciale de Montgey (Tarn) – véritable camp d’internement pour militants communistes et syndicalistes –, puis fut interné à Rivel (Aude) à partir d’octobre 1940. Il fut, dans ces deux affectations, le responsable des organisations clandestines communistes. Il fut suspendu de ses fonctions enseignantes en novembre 1940.

Dans la nuit du 31 décembre 1940 au 1er janvier 1941, sur ordre du Parti communiste clandestin et avec l’aide de ses camarades, Étienne Fabre s’évada du camp et gagna Nice (Alpes-Maritimes). Là, il ne put établir le contact qu’avec la section communiste d’Antibes. Il alla alors à Toulouse (Haute-Garonne) en février 1941 où il travailla (sous le pseudonyme de « Pierre ») dans l’organisation clandestine du Parti communiste de mars à août 1941. Il était dans le triangle de direction avec Georges. Marrane*. Envoyé à Marseille (pseudonyme : « Germain ») pour reconstituer le Parti communiste, il y demeura de septembre 1941 à février 1942. Durant ce séjour, faute de soins, il perdit l’usage d’un œil. De février à novembre 1942, il était à Lyon comme responsable technique (février-octobre 1942), puis fut envoyé au repos dans le Gers à la fin de l’année. De retour à Toulouse (pseudonyme : « Gil ») en janvier 1943, il fut un des dirigeants du Front national et des milices patriotiques, travaillant notamment avec Gaston Plissonnier* dit « Duchêne ». À partir de décembre 1943, il fit partie de la direction régionale du Front national-sud, chargé spécialement du travail parmi les instituteurs, et fut versé au comité des intellectuels à Lyon. En fait, il accomplit des tâches multiples de liaisons et de propagande. Son épouse, pendant ces années, avait une activité de résistante et fut soupçonnée par la direction du PCF après la guerre d’avoir travaillé avec les réseaux gaullistes.

À la Libération, Étienne Fabre demeura à Toulouse et travailla d’août à novembre 1944 au journal La Voix du Midi. Rentré dans l’Hérault, il vint résider à Béziers. Il entra également comme permanent au bureau fédéral du Parti communiste français, membre de la commission paysanne et responsable de l’amicale des élus. Il fut en congé de convenance personnelle jusqu’en 1947, date à laquelle un changement de majorité écarta les communistes des fonctions dirigeantes à la municipalité. Il reprit alors sa profession d’instituteur, à Béziers, jusqu’à sa retraite en 1962.

Étienne Fabre fut conseiller général du 1er canton jusqu’en 1958, secrétaire du conseil général de l’Hérault de 1945 à 1949. Candidat en avril 1958 (23 627 inscrits, 4 305 voix), il fut battu au second tour avec 5 247 voix. Il fut également candidat en 1964 et en 1967 (après le décès du conseiller général, arrivé en deuxième position avec 4 183 voix, il se désista pour le candidat radical-socialiste qui le suivait).

Étienne Fabre fut élu conseiller municipal de Béziers de 1947 à 1959. En tant qu’adjoint au maire, il suppléa Joseph Lazare*, maire et conseiller de la République jusqu’en 1947.

Durant cette période, Étienne Fabre exerça plusieurs responsabilités : membre du comité fédéral du PCF de 1947 à 1962, membre du bureau, du secrétariat (1954-1957), puis du comité de la section communiste de Béziers de 1944 à 1962. La section des cadres enquêta à plusieurs reprises sur les relations de son épouse avec les réseaux gaullistes pendant la Résistance. La maladie fut invoquée en 1962 pour sa mise à l’écart du comité fédéral. Il écrivait également avec régularité dans Le Travailleur du Languedoc, La Voix de la Patrie puis La Marseillaise du Languedoc. Lors des élections législatives de 1958, il fut le suppléant du candidat du PCF dans la circonscription de Béziers-Bédarieux.

À partir de 1963, Étienne Fabre milita surtout dans l’Association républicaine des anciens combattants dont il fut tour à tour le trésorier fédéral de 1963 à 1967, le secrétaire fédéral à partir de 1967 et membre du comité national à partir de 1965. Il était également vice-président du conseil départemental de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23853, notice FABRE Étienne, Pascal, Renan par Jacques Girault, Jean Sagnes, version mise en ligne le 8 décembre 2008, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Jacques Girault, Jean Sagnes

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 4198, 517 1 1815, 1890, 1908. — Arch. comité national du PCF. — Le Travailleur du Languedoc, 1935-1939. — L’Avant-Garde syndicaliste, 1928-1935. — L’École syndicaliste, 1936-1939. — Notice DBMOF par Jean Sagnes. — Les Communistes de l’Hérault dans la Résistance, s.d. — Interview d’Étienne Fabre les 20 avril et 30 octobre 1973 par J. Sagnes. — Renseignements transmis par l’intéressé à Jacques Girault.

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