FA Aimé

Par André Balent

Né le 18 août 1920 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 20 décembre 2001 à Perpignan ; employé puis entrepreneur de déménagements ; militant des Jeunesses communistes puis militant gaulliste ; conseiller municipal de Perpignan (1959-1965 ; 1983-1993), conseiller régional du Languedoc-Roussillon (1983-1986).

Son père, né à la Selva de Mar dans le Haut Ampourdan (province de Gérone, Espagne), exerçait la profession de garagiste automobile. Sa famille, catholique de tradition, n’était pas politiquement engagée. Aimé Fa effectua sa scolarité primaire à l’école « Saint-Jean » de Perpignan, établissement tenu par les Frères des écoles chrétiennes. Il le fréquenta jusqu’au certificat d’études primaires. Après avoir obtenu cet examen, il poursuivit ses études à l’école primaire supérieure de Perpignan. Ayant été reçu au brevet élémentaire, il quitta l’EPS (la « Sup. », comme l’appelaient familièrement ses élèves) et travailla jusqu’en 1939 au garage de son père.

À l’école « Saint-Jean », Aimé Fa eut l’occasion, ainsi qu’il le confia lors de l’entretien qu’il nous accorda le 17 octobre 1985, de se « heurter » avec les religieux qui animaient cet établissement. À la « Sup. », où la majorité du corps enseignant était de gauche et professait des idées laïques (voir Jean-François Charvet, Félix Depardon, Pierre Pacouil*), on ne manqua pas de lui faire des remarques sur ses « antécédents » scolaires. Tout cela l’amena très rapidement à rompre avec la religion de son enfance.

Lorsqu’en 1936, dans l’élan du Front populaire, fut constituée, à l’initiative d’André Tourné*, une section des Jeunesses communistes à l’EPS de Perpignan, Aimé Fa y adhéra aussitôt. Cette section rassembla une quinzaine de membres parmi lesquels Raoul Vignettes (d’Ortaffa), Jean Bruandet (d’Estagel), Abdon Renard (de Millas). Militant actif de la section de la « Sup. » des Jeunesses communistes, Aimé Fa fut très rapidement amené à prendre des fonctions de responsabilité au plan départemental. Dès 1937, il siégeait au comité de la Région catalane des Jeunesses communistes (ainsi que ses trois condisciples de la « Sup. », mentionnés ci-dessus) et était le trésorier général de cette organisation (le trésorier adjoint était Jacques Manera). Militant très actif des JC, organisation en plein développement dans les Pyrénées-Orientales, Aimé Fa participait aux réunions de propagande tenues en assez grand nombre dans les villages. Il assista aux congrès régionaux (départementaux, en ce qui concerne les Pyrénées-Orientales), mais ne fut jamais délégué à un congrès national des Jeunesses communistes. Il lisait attentivement les brochures de propagande du parti et parcourut un peu l’œuvre de Marx. On lui proposa d’assister aux cours d’une école de formation de cadres. À ce propos, Aimé Fa ne se souvient pas pourquoi, il n’eut pas l’occasion d’y participer. D’après lui, l’ambiance qui régnait dans les rangs de la JC catalane était sympathique. Mais si les adhérents et les militants de la JC étaient, pour reprendre ses termes, « copains, copains », Aimé Fa eut la sensation, en dépit de ses responsabilités, d’être tenu à l’écart par des cadres comme Léo Figuères* ou André Tourné* qui lui auraient reproché d’être un « fils de bourgeois ». Toutefois, nous pouvons nous interroger sur ce sentiment formulé plus de quarante ans après par un militant qui, depuis, a rompu avec le mouvement communiste et dont la trajectoire politique a emprunté d’autres voies. Ce jugement, en effet, n’est-il pas dicté, en partie du moins, par l’engagement dans les rangs du gaullisme qui fut le sien après 1945 ?

Parallèlement à ses activités politiques, Aimé Fa était attiré par le sport. Il fut, avant 1939, le président et le capitaine de la section junior d’un club de « rugby à XIII », les « All blacks ». Attiré par l’aviation, il put, dans le cadre d’un club local, « les Ailes catalanes », obtenir un brevet de pilote civil.

Aimé Fa conserva ses fonctions de trésorier départemental de la JC jusqu’en 1939. Ayant réprouvé le Pacte germano-soviétique, il s’engagea dès septembre 1939 dans l’armée de l’air. Alors qu’il était déjà sous les drapeaux, il apprit qu’il avait été exclu de la JC qu’il n’avait pas formellement quittée.

Engagé volontaire, Aimé Fa fut successivement affecté à l’école de l’armée de l’air de Pau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), puis à celle de Blida (Algérie). Il effectua des stages de spécialisation afin d’intégrer le personnel navigant. L’armistice le surprit alors qu’il était à Blida. Démobilisé, il revint à Perpignan où il demeura un peu plus d’un an. Il s’y maria le 8 novembre 1941 avec Josette Calestroupat dont il eut deux enfants. Ayant signé un contrat avec les « Grands travaux de Marseille » en décembre 1941, il travailla pendant un an à Conakry (Guinée). En décembre 1942, il s’engagea à nouveau dans l’armée de l’air. Affecté initialement à Bamako (Soudan), il fut ensuite en poste à Casablanca et Agadir (Maroc) où il resta de la fin de 1944 à début 1945.

Démobilisé, il revint à Perpignan où il resta peu de temps. Pendant quelques mois, il travailla aux « Textiles du Sud-Ouest » à La Voulte (Ardèche). Il s’embaucha ensuite aux Ponts-et-chaussées et fut affecté à Saint-Agrève (Ardèche). Mais il quitta rapidement cette administration pour travailler comme directeur commercial chez Rousselet, entreprise de constructions mécaniques. Il revint à Perpignan au début des années 1950. Jusqu’en décembre 1967, il fut employé par les transports routiers Laurens en qualité de directeur du service de déménagements. Le 1er janvier 1968, il prenait la direction de sa propre entreprise de déménagements qu’il dirigeait toujours en 1985.

Après sa rupture avec les Jeunesses communistes, Aimé Fa, qui apprit dès le début de 1940, qu’il était fiché comme « propagandiste révolutionnaire », évolua rapidement au plan politique. Après la signature de l’armistice, il ne nourrit aucune illusion sur Pétain. Il prit connaissance de l’existence du général de Gaulle peu de temps après l’appel du 18 juin 1940. Lors de l’entretien qu’il nous accorda le 17 octobre 1985, il affirma que, « s’il l’avait pu », il serait « allé rejoindre de Gaulle » dès juin 1940.

À son retour à Perpignan, après avoir été démobilisé (1940), Aimé Fa se souvenait d’avoir eu une vive discussion avec Georges Rives*, ancien dirigeant des Jeunesses socialistes qui, après l’armistice, devint un des dirigeants départementaux des Compagnons de France. Aimé Fa, qui reprochait à Georges Rives ses fonctions, ignorait que ce dernier était un résistant de la première heure. Il nous confia que Georges Rives conclut la discussion en lui lançant : « Je ne suis pas ce que tu penses. »

Affecté à Bamako, Aimé Fa fut volontaire pour être parachuté afin d’aider la résistance intérieure. La circulaire des armées qui faisait appel au volontariat précisait que les soldats retenus (il fut du nombre) devaient connaître un « patois » français (c’était son cas puisqu’il parlait la langue catalane). Mais à Casablanca, il apprit, à son grand désappointement, que la circulaire en question avait été annulée.

Gaulliste dès cette époque, il ne s’engagea pas politiquement avant son retour à Perpignan, au début des années 1950. À Annonay et à Saint-Agrève, il fut correspondant local du Dauphiné libéré où il écrivit déjà des articles favorables aux idées gaullistes. À Perpignan il adhéra au RPF dont il devint un des orateurs. À ce titre, il participa aux campagnes électorales de ce mouvement. Après la disparition du RPF, il adhéra aux Républicains sociaux. En 1958, il donna son adhésion à l’UNR. Il ne cessa ensuite de militer activement dans les divers partis qui se succédèrent en se réclamant du gaullisme : UDR, RPR. Il fut membre du bureau départemental de l’UNR, secrétaire départemental de l’UDR, président du comité départemental du RPR depuis la création du mouvement de Jacques Chirac jusqu’à ce jour (novembre 1985).

Aimé Fa fut amené à briguer divers mandats politiques. Souvent battu, il fut néanmoins élu à plusieurs reprises. Aux élections législatives du 23 novembre 1958, il fut candidat de l’UNR au poste de député suppléant dans la circonscription de Perpignan-Céret. Avec son colistier, Gérard Garrigue, il obtint 8 456 voix (16,4 % des suffrages exprimés) et se retira à l’issue du premier tour.

Aimé Fa fut candidat aux élections municipales de mars 1959 à Perpignan sur la liste « démocratique de rénovation municipale » conduite par Paul Alduy (ex-SFIO). Au premier tour, il recueillit 8 413 voix (Alduy : 9 371). Le 15 mars 1959, lors du second tour, il fut élu avec 14 057 voix, ainsi que tous les candidats de la liste conduite par Paul Alduy (voir aussi Depardon Félix, Grégory Léon-Jean).

Devenu entre-temps un des leaders départementaux de l’UNR, il fut à nouveau candidat aux élections législatives du 18 novembre 1962 dans la circonscription de Perpignan-Céret. Au premier tour, il recueillit 11 725 suffrages (Paul Alduy, Union démocratique et socialiste, 18 759 ; Joseph Albert, PCF, 13 660 ; Falandry, poujadiste, 2 837). S’étant maintenu au second tour, il rassembla 13 614 voix contre 16 439 à Joseph Albert et 23 210 à Paul Alduy qui fut réélu (inscrits : 79 487 ; suffrages exprimés : 53 263).

En 1967, Aimé Fa fut à nouveau, et à deux reprises, candidat de l’UNR-UDT. Le 5 mars 1967, il tenta à nouveau sa chance à une élection législative dans la circonscription de Céret. Son principal adversaire était à nouveau le député-maire de Perpignan, socialiste, dont il fit partie de l’équipe municipale jusqu’en 1965. Au premier tour, Aimé Fa obtint 13 115 voix soit 20,65 % des suffrages exprimés ; Paul Alduy (socialiste), 25 693(40,48 %) ; Joseph Albert, PCF, 19 607 (30,89 %) ; Ramonet 5 066 (7,98 %). Au second tour (12 mars), il retrouvait ses adversaires de novembre 1962. Il obtint 13 634 voix contre 28 771 à Paul Alduy qui fut réélu et 23 702 à Joseph Albert. Le 24 septembre 1967, il tenta sa chance dans le canton d’Argelès-sur-Mer (inscrits : 15 818, votants : 7 246). Il se présentait sous l’étiquette de « candidat d’expansion économique et touristique du canton d’Argelès-sur-Mer » et recueillit 843 voix (Gaston Pams, radical, 4 489 voix, réélu ; Robert Gazan*, PCF, 1 833 voix).

Le 8 mars 1970, lors des élections cantonales dans le canton de Perpignan-Est, il retrouvait ses deux vieux adversaires, Paul Alduy et Joseph Albert. Sur 29 129 suffrages exprimés, il rassembla sur sa candidature d’« Union de la majorité » 5 257 voix (Paul Alduy, socialiste, 16 371 voix, réélu au premier tour ; Joseph Albert*, PCF, 7 501 voix).

Le 14 mars 1982, il se présenta dans le canton de Perpignan V où il défendit les couleurs du RPR. Il recueillit 1 237 voix (33,76 % des suffrages exprimés) alors que Jean-Pierre Valls, PCF, obtenait 743 voix, Henri Parrat (socialiste indépendant), 653 et Suzanne Lacalm, socialiste, 1 031. Au second tour (21 mars 1982), il fut battu par Suzanne Lacalm (Aimé Fa : 1 971 voix, 48,98 % des suffrages exprimés ; Suzanne Lacalm : 2 053, 51,02 %).

Aimé Fa fut encore candidat à Perpignan, lors des élections municipales du 6 mars 1983. Membre en vue du RPR, il figurait en bonne place sur la liste de coalition des partis de droite (« Perpignan, votre ville »), conduite par Paul Alduy, maire sortant, transfuge du Parti socialiste depuis 1976. Cette liste obtint 30 934 voix et 45 sièges. Les autres listes obtinrent respectivement : « Perpignan-majorité », Union de gauche, 17 696 voix et 10 sièges ; « llista catalana » (nationaliste catalane), 1 262 voix ; « Voix des travailleurs » (LCR), 1 149 voix. À la suite de ce scrutin, Aimé Fa, qui figurait parmi les élus, devint sixième adjoint chargé des affaires générales, de la police municipale, des associations, des foires et salons de Perpignan. Il siégea par ailleurs à plusieurs commissions municipales. À la suite de ce scrutin, il fut également élu au conseil régional du Languedoc-Roussillon où il représentait la ville de Perpignan.

Son fils Serge poursuivit une carrière politique locale dans les rangs du RPR puis de l’UMP.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23839, notice FA Aimé par André Balent, version mise en ligne le 7 décembre 2008, dernière modification le 6 juillet 2009.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet, liasse 167 (rapport, 1937, du commissaire spécial des Pyrénées-Orientales, organigramme de la Jeunesse communiste). — Le Travailleur catalan, hebdomadaire de la Région catalane du Parti communiste (1937-1939). — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose. Le Temps de quatrième (1944-1958), Toulouse, Privat, 1984, p. 96-97. — L’Indépendant (quotidien, Perpignan) 1958-1985. — Entretien avec Aimé Fa, Perpignan, 17 octobre 1985. — État civil de Perpignan.

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