NAJMAN Maurice [Pseudonymes : BRICART, NALLARD Michel]

Par Jean-Paul Salles

Né le 7 décembre 1948 à Paris, mort le 4 février 1999 ; journaliste ; militant trotskiste « pabliste » ; dirigeant des Comités d’action lycéens (CAL) puis de l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR).

Maurice Najman naquit à Paris dans une famille juive d’origine polonaise arrivée à Paris au début des années 30. Son père, Albert Najman, milita longtemps au Parti communiste. Sa mère Solange et sa grand-mère maternelle, yiddishophones, étaient des rescapées des camps d’extermination nazis. Sa mère était née à Lodz (Pologne), le 22 septembre 1921, sous le nom de Zlata Laja Zylbersztajn ; elle fut commerçante puis actrice ; elle mourut en juin 2018. Son frère Charlie a consacré à leur mère un documentaire-fiction intense : « La mémoire est-elle soluble dans l’eau ? » (1996). Un oncle, homonyme (Maurice Najman) mourut comme volontaire en Espagne républicaine.

Maurice Najman était un des rares de sa génération à parler le yiddish. Juif, athée, il était antisioniste. Élève au lycée Jacques-Decour à Paris, il milita aux Jeunesses communistes dès 1964. Il fut rapidement en désaccord avec le mot d’ordre « Paix au Vietnam » qu’il considérait comme « pacifiste » et « petit-bourgeois ». En septembre 1966, il créa au lycée Jacques-Decour le premier Comité Vietnam lycéen autour du mot d’ordre « FNL vaincra ». Affilié au Comité Vietnam National (CVN) dirigé par Madeleine Rebérioux* et Laurent Schwartz*, il représenta bientôt les Comités lycéens à la direction nationale. À la même époque, il est en contact par l’intermédiaire de Michel Fiant et de Gilbert Marquis avec la Tendance marxiste révolutionnaire internationale de la IVe Internationale (TMRI IV) dirigée par Michel Raptis* dit Pablo, qui venait de rompre avec la Quatrième Internationale. Ce regroupement politique, tout en s’efforçant de s’implanter dans la classe ouvrière, accordait beaucoup d’importance aux jeunes, aux femmes, plus généralement aux nouveaux terrains de lutte comme la famille ou la sexualité.

À la rentrée 1967, étudiants et lycéens parisiens se mobilisèrent notamment contre le Plan Fouchet et contre les Ordonnances. Certains lycées parisiens étaient en grève le 13 décembre. Celle-ci précipita la formation du premier Comité d’action lycéen (CAL), lors d’un meeting de 100/120 lycéens au Lycée Jacques Decour, le 15 décembre. Maurice Najman y prit une part très active. Les CAL se battaient aussi contre les lycées-casernes, pour la liberté vestimentaire et la liberté d’expression plus généralement. Même après que la JCR se soit lancée dans la construction des CAL et que Michel Recanati en soit devenu le leader national, Maurice Najman apparaissait comme le porte-parole le plus brillant, mêlant parfaitement « culture rock » et engagement marxiste.
En juin 1969, il participa à la création de l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), qui réunit bientôt 200 militant(e)s, très actif(ve)s dans le mouvement des femmes, au MLAC, dans la lutte des Gays et Lesbiennes (FHAR). Attaché à l’idéal autogestionnaire, il s’enthousiasma en 1973 pour la lutte des Lips à Besançon. Il tenta, en vain, avec ses camarades de l’AMR, de convaincre le leader des ouvriers de Lip, Charles Piaget*, de se présenter aux élections présidentielles de 1974. Également très intéressé par les luttes internationales, il scruta les expériences de « pouvoir ouvrier » menées au Chili pendant l’Unité Populaire. Il y consacra articles et livre. Peu après le passage de Michel Rocard* du PSU au PS (fin 1974), il œuvra à l’entrée de l’AMR au PSU. Avec ses camarades, il tenta d’éviter le ralliement de ce parti à l’Union de la Gauche. Il fut un des leaders du courant B, qui obtint 22% des mandats au Xe congrès du parti à Strasbourg (janvier 1977), ne parvenant pas à éviter la victoire de la position A favorable à l’Union de la Gauche (66% des mandats) défendue par le secrétaire du parti Michel Mousel*. Contre l’avis d’Yvan Craipeau* son camarade de tendance qui resta lui au PSU, il participa avec des militants venus de la LCR (François Morvan, Robi Morder, Gilles Casanova, Gérard Delahaye, Francis Pothier) à la création d’une nouvelle organisation, les Comités communistes pour l’autogestion (CCA) les 7-8 mai 1977 à Paris. Au Ier congrès de l’organisation tenu à Lyon (Toussaint 1977), cette organisation revendiquait entre 1 000 et 1 500 militants et sympathisants. Il fut membre du Bureau exécutif des CCA. Aux élections législatives de 1978, les CCA présentèrent des candidats communs avec la LCR et l’OCT, sous le sigle « Pour le Socialisme, le Pouvoir aux travailleurs ». Par exemple, à Besançon la candidate Martine Bultot, médecin (CCA) eut comme suppléante Claudine Pedroletti (LCR), laborantine au CHU. Malgré tout, les résultats furent médiocres.

En couple avec Corinne Wegler, Maurice Najman eut une fille avec elle. Depuis la fin de 1977, il vécut avec Maguy Bohringer, l’ex-femme de Richard Bohringer, explorant avec elle les « paradis artificiels ». Après le suicide de Michel Recanati, il retrouva Romain Goupil, avec lequel il participa au lancement de la campagne présidentielle de Coluche en 1981. Dans la décennie 1980, Maurice Najman se consacra beaucoup à ses activités de journaliste, à Libération, puis comme pigiste dans diverses publications, L’Événement du Jeudi, L’Autre Journal, Les Nouvelles littéraires. Il réalisa aussi des reportages pour la télévision. Il consacra un livre d’entretien à l’espion est-allemand Markus Wolf et se lia au sous-commandant Marcos au Mexique. En 1981, il faisait partie de la minorité des CCA (la T1) qui scissionna pour former une nouvelle AMR, avec le soutien de Michel Pablo*. Lors des élections présidentielles de 1988, il soutint très activement la candidature de Pierre Juquin*. Membre à l’époque de la FGA (Fédération de la gauche autogestionnaire), il fut un des principaux organisateurs de cette campagne, plein d’idées, mettant ses talents d’organisateur au service du candidat. A la fin de sa vie, il continuait à militer, en soutien aux zapatistes, et en France aux sans-logis. Il participa à l’occupation de la rue du Dragon par Droit au logement (DAL).

Tous ceux qui l’ont croisé reconnaissent son charme, son intelligence, sa vivacité, son incroyable énergie, et son sens de l’humour aussi. Le germaniste Pierre Juquin* était fasciné par ses talents de polyglotte. Le jour de son enterrement, conformément à sa volonté, une grande fête fut organisée avec tous ses amis à l’Élysée-Montmartre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23804, notice NAJMAN Maurice [Pseudonymes : BRICART, NALLARD Michel] par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 5 décembre 2008, dernière modification le 12 juin 2018.

Par Jean-Paul Salles

ŒUVRE : Articles : « Comment s’organisent les bases du pouvoir populaire », Le Monde diplomatique, octobre 1973. — « Les mouvements sociaux sous le Chili des Chicago boys », Les Temps Modernes n° 449, 1983. — Nombreux articles, notamment sous le nom de Michel Nallard, dans Sous le drapeau du socialisme, L’Internationale, publications de l’AMR, Commune, journal des CCA (1977-86) et Mise à jour revue des CCA. — « Le grand virage des zapatistes », Le Monde diplomatique, janvier 1997.
Livres : Le Chili est proche : révolution et contre-révolution dans le Chili de l’Unité populaire, Paris, Maspero, 1974. — L’œil de Berlin. Entretien avec Markus Wolf, patron des services secrets est-allemands, Paris, Balland, 1992. — Documentaires : Le dos au mur, documentaire sur la chute du Mur de Berlin, pour FR3, primé au Festival d’Angers ; — Bons baisers de Berlin, 1995, 55’. — « Le blues de l’armée russe », 1995, 33’. — Squats : la rue du Dragon, 1995, 52’. — Force XXI , 1996, 44’. — Le dos au mur, 1998, 52’. Il participa, avec Romain Goupil, à une émission Les chemins de la vie, le 16 mai 1968 (23’) avec M. Grappier, Proviseur au lycée Condorcet et le recteur Gauthier (mai68.ina.fr).

SOURCES : Témoignages de Claude Kowal, Robi Morder, Patrick Silberstein. — Bernard Schalscha, Gérard Gryzbeck, « Maurice Najman », Critique communiste, n° 154, hiver 1999, p. 81-82. — Notice nécrologique, Le Monde, 6 février 1999 « Une figure de la génération lycéenne de mai 68 ». — Vincent Noce (pseudonyme de Nicolas Baby), « Hommage à Maurice Najman », (février 1999), consulté sur le site http://paris70.free.fr, le 3 novembre 2008. — Jacques Pasquier, « Najman blues », in Zapito, n° 7, mars 1999. — Sophie Béroud, Patrick Le Tréhondat, René Mouriaux, Patrick Silberstein, « Éléments pour l’étude du courant pabliste. Discours et pratiques autogestionnaires », p. 259-270, in Frank Georgi (dir.), Autogestion. La dernière utopie ?, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003. — Pierre Juquin, De battre mon cœur n’a jamais cessé, Mémoires, Paris, L’Archipel, 2006, voir les pages 573-4. — Jean-Guillaume Lanuque, Jean-Paul Salles, article « Trotskismes » (notamment p. 793-794 « le courant marxiste-révolutionnaire autogestionnaire ») in La France des années 1968, Paris, Syllepse, 2008. — Morder Robi, « Maurice Najman, Jiri Pélikan, Jacques Kergoat », Les Cahiers du Germe n° 11/12, 4e trimestre 1999. — Christophe Nick, Les Trotskistes, Paris, Fayard, 2002. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005, notamment les pages 94 et 239-240.

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