FAUCIER Nicolas, Joseph

Par Jean Maitron

Né le 30 mars 1900 à Orléans (Loiret), mort le 20 juin 1992 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ; correcteur ; militant anarchiste et syndicaliste.

Nicolas Faucier naquit le sixième d’une famille de dix enfants. Ses parents, Alfred et de Marie Madeleine Schaan, d’origine alsacienne, étaient venus s’installer en 1891 à Orléans où son père, bon ouvrier métallurgiste, avait du mal à faire vivre les siens. Très pauvre, la famille eut à subir les pressions d’un clergé qui lui faisait l’aumône de quelques secours et, de huit à douze ans, le jeune Nicolas fut enfant de chœur, comme deux de ses aînés l’avaient été avant lui, mais il perdit très tôt la foi.

Après avoir obtenu son certificat d’études primaires, le jeune Faucier, féru de mécanique, s’embaucha dans un garage et, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, travailla chez divers patrons. En août 1918, il devança l’appel de sa classe et s’engagea pour trois ans dans la marine ; trois mois plus tard, il était breveté mécanicien. En février 1919, il fut affecté en qualité de mécanicien sur le cuirassé Lorraine stationné dans le Bosphore. Pour avoir pris part à des manifestations de solidarité organisées en faveur des marins de la Mer Noire, il fut puni de cellule et, par mesure disciplinaire, embarqué sur une autre cuirassé.

Démobilisé en août 1921, Nicolas Faucier revint à Orléans où il travailla dans une usine d’automobiles. Son dossier de carrière de Renault indique : « Ets Bellanger et Cie à Orléans (juillet 1921-juin 1923), Ets Laffly à Gennevilliers (juillet à ocotbre 1923), ajusteur à l’Atelier 17 (16 octobre 1923-12 mai 1925). Après avoir, un temps, été membre de la Ligue des droits de l’homme, il adhéra en 1922 à la CGTU où il milita activement. L’année suivante, il partit pour Paris et il s’inscrivit au groupe anarchiste d’Argenteuil ; le 16 octobre 1923, il entra à l’atelier 17 (estampage) des usines Renault de Billancourt. Délégué au comité de l’usine, il organisa un mouvement revendicatif qui tourna court et se retrouva sans travail le 12 mai 1925. Comme il ne lui était plus possible alors de s’embaucher dans la région parisienne, il s’établit camelot. Entre-temps, il avait quitté la CGTU qu’il estimait inféodée au Parti communiste, et adhéré à l’Union fédérative des syndicats autonomes dont l’anarchiste Pierre Besnard* était le secrétaire général. Quand cette Union fut dissoute pour faire place à la CGT-SR (syndicaliste révolutionnaire), nombre d’anarchistes se prononcèrent contre la constitution d’une troisième centrale ouvrière et rejoignirent les rangs de la CGT, tel Faucier, ou ceux de la CGTU.

Sur le plan de la doctrine anarchiste, Nicolas Faucier se rangea aux côtés de ceux qui étaient partisans d’une organisation structurée et qui l’emportèrent au congrès de Paris, 30 octobre-1er novembre 1927, sur les défenseurs de la tradition anarchiste. Ceux-ci, avec Sébastien Faure, quittèrent l’Union anarchiste communiste, devenue Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR), pour former l’association des fédéralistes anarchistes (AFA). C’est à ce congrès que Faucier se vit confier le poste d’administrateur permanent du Libertaire ainsi que la gérance de la Librairie sociale, fonctions qu’il exerça pendant deux ans, jusqu’en décembre 1929 et dont il a conté d’une plume alerte les péripéties dans le Mouvement Social, op. cit. Il reprit alors son métier d’ajusteur-outilleur, milita à l’Union des mécaniciens de la Seine (CGT), au conseil syndical du XXe arrondissement de Paris, puis à celui de Saint-Denis, fut secrétaire du groupe anarchiste de cette ville ainsi que de la Fédération parisienne de l’UACR. Notons encore qu’en 1929 il avait été candidat libertaire « abstentionniste » aux élections municipales dans le XIXe arr. (Arch. Nat. F7/13264).

Sans travail en 1932, Nicolas Faucier trouva, l’année suivante, à s’embaucher chez Chenard et Walcker à Gennevilliers où il fonda une section syndicale d’entreprise CGT. Au bout de six mois, il fut renvoyé pour s’être élevé contre un système d’amendes à infliger en cas de retard à la prise du travail. Il connut de nouveau le chômage. En juin 1934, il fut admis comme stagiaire au syndicat des correcteurs et débuta au Journal officiel. Le 1er juillet 1935, il était admis définitivement à ce syndicat. Fin août 1936, quelques semaines après le début de la guerre civile espagnole, était créé le Comité pour l’Espagne libre, émanation de l’Union anarchiste, dont Faucier et Lecoin furent les principaux animateurs ; lors du congrès de l’Union tenu à Paris les 30 octobre-1er novembre 1937, ce Comité se transforma en section française de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) dont Lecoin fut le secrétaire et Faucier le trésorier. La section française connut un grand développement ; elle groupa jusqu’à 15 000 adhérents et publia un hebdomadaire SIA qui comptait 5 500 abonnés en février 1939 ; elle assura aux républicains espagnols un soutien matériel d’une certaine importance : argent, vivres, médicaments, armes et elle entretint près de Llansa, non loin de la frontière française, la colonie Ascaro-Durruti qui accueillit 300 enfants, la plupart orphelins de guerre. En 1938, au moment des événements de Munich, Faucier et Lecoin furent condamnés à six mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance, puis, par défaut, à deux ans de prison et 100 F d’amende, le 31 juillet 1939, pour publications d’articles antimilitaristes dans SIA. Le dixième jour de la guerre, aidés de l’anarchiste Dremière, ils sortirent un tract tiré à 100 000 exemplaires, Paix immédiate, premier manifeste contre la guerre, qui fut acheminé un peu partout grâce à la complicité de postiers. Ce geste en faveur de la paix valut à Lecoin, arrêté le 29 septembre, la prison, le camp de Gurs (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) et l’Algérie d’où il ne reviendra qu’en 1941 ; quant à Nicolas Faucier, arrêté le 8 octobre, il fut en outre condamné à trois ans de prison pour insoumission – il avait en effet le 3 septembre écrit au gouverneur de Paris pour lui faire connaître qu’il ne répondrait pas à son ordre de mobilisation ; emprisonné à Poissy puis à Fontevrault, il fut, sa peine terminée le 5 février 1943, maintenu administrativement en détention ; transféré au camp de Rouillé (Vienne) puis à celui de Neuville (Vienne), il s’évada en décembre et vécut dans la clandestinité jusqu’à la Libération.

En septembre 1944, Nicolas Faucier reprit son métier de correcteur et se consacra à l’action syndicale. En 1945, il fut membre du comité syndical et délégué au congrès fédéral de Paris. Fin 1945, il dut, pour raison de santé, cesser ses activités, devint forain sur les marchés et ne recommença son travail dans la correction qu’à partir de juin 1948. Peu après, il était élu membre du comité syndical des correcteurs et adhérait au groupement pacifiste des « Artisans de la Paix ». De 1953 à 1955, il fut secrétaire du Comité interentreprises de presse du Croissant, et, de 1956 à 1959, secrétaire du groupe d’études et de discussions syndicales. Il participa au groupe Zimmerwald fondé par Maurice Chambelland*, au noyau de la Révolution prolétarienne, à la coopérative Les Éditions syndicalistes et au PMSUD (Pour un mouvement syndical uni et démocratique).

Par la suite, et en 1977 encore, Nicolas Faucier témoignait en faveur d’objecteurs de conscience qui comparaissaient devant les tribunaux.

Il s’était marié le 3 juillet 1931 à Narbonne (Aude) avec Alice Boucher.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23781, notice FAUCIER Nicolas, Joseph par Jean Maitron, version mise en ligne le 9 octobre 2013, dernière modification le 22 août 2017.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Nicolas Faucier collabora à divers journaux et revues : Le Libertaire, Le Monde libertaire, Défense de l’homme, La Révolution prolétarienne, L’Unité, L’Imprimerie française, Le Bulletin des correcteurs. Il est l’auteur de La Presse quotidienne. Ceux qui l’inspirent. Ceux qui la font, Les Éditions syndicalistes, 1964. — Les Ouvriers de Saint-Nazaire, Les Éditions syndicalistes, 1976. — Pacifisme et antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres (1919-1939), Spartacus, 1983, 206 p. — Dans la mêlée sociale. Itinéraire d’un anarcho-syndicaliste, La Digitale, Quimperlé, 1988, 237 p.
Nicolas Faucier a fait don de ses livres sociaux et de collections de journaux et revues au Centre de recherches d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de Paris I (devenu Centre d’histoire sociale), Panthéon-Sorbonne, 9 rue Malher, Paris.

SOURCES : Arch. PPo. 49 et 50. — Le Mouvement social, n° 83, avril-juin 1973, N. Faucier « Souvenirs d’un permanent anarchiste (1927-1929) ». — Y. Blondeau, Le syndicat des correcteurs, op. cit. — Autobiographie manuscrite de Nicolas Faucier. — Le Monde, 7 juillet 1992. — Notices biographiques Renault, 2e fascicule, 1992. — État civil d’Orléans.

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