GAUCHARD Eugène, Charles, dit parfois Charly

Par Claude Pennetier

Né le 31 mars 1901 à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), mort le 10 avril 1970 à Alfortville (Seine, Val-de-Marne) ; artisan cordonnier ; militant communiste ; maire adjoint d’Alfortville, président du Comité local de Libération, maire du 21 août 1944 au 13 octobre 1947.

Fils d’Alexandre Gauchard et de Julie Bougarie, titulaire du certificat d’études, Eugène Gauchard, ouvrier cordonnier, se mit à son compte en 1922. Il tenait une échoppe de cordonnier rue de Villeneuve à Alfortville, alors municipalité socialiste. Sa mère, née en 1869 à Rennes, habita avec lui jusqu’à son mariage avec Marthe Le Puillandre, infirmière à l’Assistance publique à Paris XIVe arr. née à Lorient en 1900, mariage célébré à la mairie du Xe arr. le 14 octobre 1929. Ils n’eurent pas d’enfant. Son épouse fut sympathisante du PCF.

Militant de la CGT de 1920 à 1923, puis de la Confédération du commerce et de l’artisanat jusqu’en 1939, il adhéra au Parti communiste en décembre 1923. Élu conseiller municipal communiste de sa ville sur la liste de Marcel Capron le 12 mai 1929 (5e sur 27), il fut désigné comme deuxième adjoint le 20 mai et participa très assidûment à la vie du conseil : trois fois absent excusé sur 32 séances. La municipalité communiste triompha entièrement à l’élection du 5 mai 1935. Il resta deuxième adjoint et participa à 24 séances sur 26.

Militant du Secours rouge et des Amis de l’Union soviétique, il suivit, en 1934, une école de propagandiste de cette association.
Après le Pacte germano-soviétique qu’il approuva (il écrira en 1947 qu’il accorda "toujours sa confiance aux camarades soviétiques") et les événements internationaux de l’automne 1939, Gauchard fut le seul adjoint à ne pas suivre le maire, Marcel Capron, dans la rupture avec le Parti communiste. La préfecture le déchut de son mandat municipal le 1er mars 1940. Il quitta son domicile le 25 juillet 1940 en raison des recherches policières. Trésorier clandestin de la section d’Alfortville sous la responsabilité de Georges Rion dit Lucien, il devint adjoint à la propagande sous la direction de Léon Craye* puis jusqu’en juin 1941 responsable de l’imprimerie clandestine et des tracts sous la direction de Paul Esnault*. Il se cacha ensuite à Orsay et milita au Front national sous la responsabilité un nomme « Armand » qui fut fusillé. De mars 1943 à janvier 1944, malade, il revint à Paris XIIIe arr. où sa femme avait trouvé en logement clandestin et reprit contact avec les militants d’Alfortville. Lorsqu’il fut critiqué en 1950, un rapport évoque son attitude pendant l’Occupation : "Il aurait fait du transport par bateau pour les Allemands", sans que ces assertions soient étayées. Le 20 août 1944, Robert Deloche* lui demanda de revenir à Alfortville pour disputer la direction du Comité local de Libération aux gaullistes qui voulaient bénéficier de la rupture de l’ancien maire Marcel Capron et du premier adjoint Roger Lambert.

Eugène Gauchard présida le Comité local de Libération et occupa les fonctions de maire désigné par le CLL du 21 août au 8 octobre 1944 puis comme président du conseil municipal provisoire, du 8 octobre 1944 au 29 avril 1945. Le conseil élu le 18 mai 1945 le maintint à son poste, par 29 voix sur 29 votants. Les communistes perdirent la majorité à l’élection du 19 octobre 1947 mais Gauchard resta conseiller municipal jusqu’à la dissolution du conseil par décret ministériel en décembre 1951 (municipalité Raoul Bleuse*). Le comportement « sectaire, cassant, autoritaire »... « du petit cordonnier ouvriériste » semble avoir, selon certains témoignages, contribué à l’échec durable du Parti communiste à Alfortville (témoignage de Robert Aimé, 1985). La fédération communiste lui reprochait de mal recevoir les habitants en mairie. Marcel Paul qui l’avait embauché au CCOS, service social des entreprises électriques et gazières, était également très critique.
Ce premier magistrat municipal qui avait dû sa carrière à la crise profonde qui toucha les communistes d’Alfortville de 1939 à 1944, mourut à son domicile, 101 rue Édouard Vaillant, le 10 avril 1970. La ville resta durablement socialiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23775, notice GAUCHARD Eugène, Charles, dit parfois Charly par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 novembre 2008, dernière modification le 27 octobre 2009.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo. 101.— Arch. Dép. Seine, DM3 et Versement 10451/76/1 ; listes électorales et nominatives.— Arch. Dép. Val-de-Marne, 1 Mi 2426.— Arch. Fédération communiste du Val-de-Marne. — État civil de La Ferté-sous-Jouarre, de Paris Xe et d’Alfortville. — RGASPI, 517 1 1663. — Témoignage de Robert Aimé.— Renseignements recueillis par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule, Emmanuel Hagen et Paul Boulland.

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