FAVARD Jérôme

Par Maurice Moissonnier

Né le 14 novembre 1918 à Chioggia (Italie), mort le 5 octobre 1982 à Paris ; mécanicien ajusteur puis journaliste ; militant communiste.

Jérôme Favard, Français de naissance était le fils d’une couturière et d’un militant anarcho-syndicaliste, fondateur de l’Amicale laïque de Sury-le-Comtal (Loire), foyer du mouvement ouvrier local. Dans l’immeuble de cette Amicale la grand’salle porte d’ailleurs le nom de Christophe Favard (1888-1930).

Avant de quitter l’Humanité, à l’heure de la retraite, Jérôme Favard avait laissé, en 1978, ce texte autobiographique que le journal publia le 6 octobre 1982 :

« Quand je me réveillerai mort, j’aimerais qu’on publie ça et rien d’autre, ni fleurs ni couronnes ni discours, par pitié… Merci. »

« Orphelin de père, études primaires à Sury-le-Comtal, Montbrison et Casablanca. Brevet élémentaire. Membre en 1934 de l’un des trois groupes marxistes clandestins dont la fusion donnera le Parti communiste marocain.
« Répétiteur de français en Italie, membre du Parti communiste italien de 1936 à début 1937.

« Retour en France, adhésion au PCF en 1937, tour à tour chômeur, peintre en lettres, cantonnier et facteur intérimaire, débardeur, manœuvre spécialisé en usine, secrétaire du syndicat des Métaux CGT de Sury-le-Comtal, dirige la première grève là depuis trente ans, celle du 30 novembre 1938, sapeur-pompier (bénévole) et bugle non moins bénévole à la fanfare.

« Engagé volontaire pour la durée des hostilités en 1939, réformé définitif pour myopie, tourneur à Saint-Étienne, militant clandestin, organise dans le Montbrisonnais l’un des premiers dépôts d’armes en zone “libre”.

« Arrêté le 1er novembre 1940 à Sury-le-Comtal, est l’une des preuves survivantes (il en reste encore) que le PCF a été le premier dans la Résistance, avant l’entrée en guerre de l’URSS.

« Déporté aux bagnes sahariens avec Léon Feix*, Laurent Salini*, Roger Garaudy*, etc., dents cassées par la Gestapo française, devra se reconvertir des cuivres à la flûte à bec, comme il est passé de la métallurgie au journalisme (clandestin).

« Libéré sept mois après le débarquement américain en Afrique du Nord, journaliste et secrétaire administratif de la délégation du PCF en Afrique du Nord, secrétaire de François Billoux* et garde de corps d’André Marty*.

« Instructeur de la Jeunesse communiste algérienne, dirigée par Henri Alleg*.

« Secrétaire du RAFSO (Association pour le rapprochement franco-soviétique à Alger), fondateur rédacteur en chef de la revue France-URSS, correspondant de l’agence de presse soviétique de presse SUPRESS à Alger en liaison avec Jean-Richard Bloch* pour ses chroniques de Radio Moscou.

« Retour en France, tour à tour rédacteur en chef du Cri du peuple, puis du Patriote de Saint-Étienne, puis des Nouvelles marocaines, quotidien de la CGTM (CGT-marocaine) puis rédacteur à l’Humanité, grand reporter, éditorialiste à l’Humanité Dimanche pendant la guerre d’Algérie, seul reporter de presse quotidienne française (l’Humanité) passé du côté FLN pendant cette guerre, puis instructeur à Alger-Républicain appelé par Henri Alleg, directeur, dont la direction a été décimée, retour en France, critique de disques et de théâtre, polémiste politique, chef de la rubrique télévision-radio de l’Humanité, chef adjoint en second de la rubrique culturelle de ce journal, chroniqueur halieutique, membre de l’association des écrivains pour la défense de la nature, rédacteur en chef bénévole de la Pêche illustrée, membre du conseil d’administration du Fishing club de France, chevalier de la confrérie de la Truite (« Pescheur à Verge »). »

Ajoutons que Jérôme Favard fut, de novembre 1950 à février 1951, rédacteur en chef des Nouvelles marocaines, quotidien de « l’Union marocaine du Travail ». Coauteur, avec Jean Rocchi de Scandales à l’ORTF (Éditions sociales) et du chapitre « Des crimes qu’on appelle accidents » (Histoire des accidents du travail, bulletin n° 6, 1er semestre 1979 du CRHES de l’Université de Nantes), il écrivit des ouvrages « halieutiques et rafraîchissants » (selon sa propre expression) : Comment ne pas les manquer, Histoires d’eaux, Guide de la pêche à la ligne et ses à-côtés, Pêches de jadis, de naguère et d’ailleurs.

Retraité, ce militant au style chaleureux, amoureux de la vie et de l’action mais éprouvé dans ses affections, malade, en proie aux désillusions et à l’amertume, se donna la mort à l’automne 1982 (Le Monde, 7 octobre). « Vanité ! tout n’est certes que vanité ! À tout hasard et fins éventuelles utiles quand même » écrivait-il à un ami, auquel il confiait quelques compléments biographiques, neuf jours avant son suicide.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23741, notice FAVARD Jérôme par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 24 novembre 2008, dernière modification le 24 novembre 2008.

Par Maurice Moissonnier

SOURCE : Journaux cités.

Version imprimable Signaler un complément