ETIENNE Jacques, Marceau, Gilbert

Par Éric Belouet

Né le 18 mars 1923 à Gien (Loiret), mort le 7 mai 2004 à Lannion (Côtes-d’Armor) ; manœuvre, portier, comptable, journaliste à Témoignage chrétien (1953-1961), puis à L’Équipe et à France football (1961-1983) ; militant jociste, permanent de la JOC (1944-1945) ; syndicaliste CFDT ; militant du MPF, de la Jeune République, de la Nouvelle Gauche, de l’UGS, du PSU puis du PS ; militant associatif ; membre de l’ACO (1951-2004) ; conseiller municipal de Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) de 1953 à 1957, puis de Bobigny (Seine, Seine-Saint-Denis) de 1983 à 1989.

[cliché Henri Guilbaud, coll. privée famille Étienne]

Fils de Marceau Étienne, employé de bureau, et de Clotilde Mireille née Foucher, sans profession, époux domiciliés à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), Jacques Étienne était l’aîné de trois enfants (un frère et une sœur). Il obtint le certificat d’études primaires et devint apprenti ajusteur en mars 1938 dans une entreprise de mécanique générale à Versailles. En juin 1940, l’exode vint interrompre sa formation et, de retour en région parisienne à l’automne, il fut contraint d’occuper divers emplois peu qualifiés : manœuvre aux établissements Guyon, entreprise de charpentes bois et fer à Paris (XVIIIe arr.), d’octobre 1940 à décembre 1941 ; manœuvre (travaux publics) pour la ville de Versailles de décembre 1941 à avril 1942 ; enfin portier et polycopiste à l’École Saint-Geneviève de Versaille de mai 1942 à novembre 1944.

Jacques Étienne avait adhéré à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) en 1938, à la section de Versailles-Montreuil. Il y milita au niveau local, puis fut président fédéral avant d’être sollicité pour devenir permanent. Il assuma cette fonction de décembre 1944 à mai 1945 au sein de la province jociste de la région parisienne. Il fit son service militaire en région parisienne de mai 1945 à avril 1946, puis revint à la JOC en mai, non plus comme permanent mais comme employé du mouvement. Il fut affecté à la rédaction de son journal Jeunesse ouvrière qui, de 1945 à 1947, connut un grand succès et qui était alors dirigé par Claude Durieux, un autre ancien permanent dont l’itinéraire n’est pas sans présenter de nombreuses similitudes avec celui de Jacques Étienne : tous deux ouvriers, formés à l’« école de la JOC », ils firent leurs premières armes dans les colonnes de JO avant de faire une brillante carrière de journalistes et de prendre des responsabilités dans le syndicalisme de cette corporation.

Passionné de sport, Jacques Étienne fut aussi un athlète accompli, notamment au sein de l’Entente sportive versaillaise. Il remporta de nombreuses courses sur 800 m et fut notamment champion de France militaire de cette discipline.

Jacques Étienne se maria le 5 septembre 1946 à Versailles avec Eugénie, Marie, dite Janine Quintric*, militante fédérale de la JOCF, et trois enfants naquirent de cette union. Le couple, confronté à la crise du logement qui frappait alors les familles ouvrières, fut hébergé à Versailles pendant cinq ans. En 1951, sollicité par d’autres jeunes foyers dans la même situation, le couple Étienne, qui militait au Mouvement populaire des familles (MPF, devenu Mouvement de libération du peuple la même année) participa le 14 avril, avec le soutien du Comité interprofessionnel d’entraide au logement de Meudon, à l’opération de squattage de l’école Lacordaire, une école privée de Bellevue-Meudon, endommagée et inutilisée depuis cinq ans. Le commissaire de police intervint le lendemain et, après plusieurs jours de négociation, les familles furent expulsées le 18. Ce fut dans un « panier à salade » que la famille Étienne, qui comptait déjà deux enfants, regagna Versailles. Janine Étienne écrivait en 2008 : « Ce fut une expérience dure à vivre mais pas inutile […]. L’entraide sur place a été formidable. » Cette « affaire Lacordaire », qui fit grand bruit à l’époque, y compris dans la presse nationale, eut en effet d’heureuses conséquences puisque la mairie relogea une famille et que les Pères des Missions étrangères mirent à la disposition du comité de squatteurs un bâtiment à restaurer. La famille Étienne put ainsi, en toute légalité cette fois, revenir s’installer à Meudon en juillet 1951. S’étant agrandie entre-temps, elle s’installa dans un logement plus grand à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) en 1957, puis à Bobigny en 1976.

En avril 1947, Jacques Étienne avait quitté la JOC, alors confrontée à une crise financière. De cette date jusqu’en janvier 1949, il travailla comme comptable à la Pharmacie centrale, à Paris (IXe arr.), puis, de février à décembre 1949, toujours comme comptable, aux établissements Dard et fils à Versailles. Il entra ensuite au Secours catholique dont il fut délégué de janvier 1950 à septembre 1953. Il fut alors embauché comme secrétaire de rédaction à l’hebdomadaire Témoignage chrétien (TC) dirigé par Georges Montaron*, ancien responsable de la province jociste de la région parisienne. Ce fut alors pour Jacques Étienne le véritable début d’une carrière de journaliste esquissée au sein de la JOC. Il resta à TC, où il traitait surtout de sujets sociaux, jusqu’en septembre 1961, puis, d’octobre 1961 jusqu’à son départ à la retraite en 1983, travailla au sein de la rubrique football du journal L’Équipe et de l’hebdomadaire France football. Il fut pendant quelques années responsable adjoint de cette rubrique dont la rédaction était alors commune aux deux publications. Il eut à couvrir plusieurs Coupes du monde de football comme reporter – dont celle de 1970 au Mexique, qui resta son meilleur souvenir professionnel, et celle de 1978 en Argentine – et réalisa de nombreux portraits de grands footballeurs, consacrant notamment, en 1977, un ouvrage biographique à Henri Michel, alors capitaine de l’équipe de France. Il fut aussi le premier à réaliser un long portrait de Michel Platini, alors jeune espoir du football français, dans les colonnes de France football. Parallèlement, il continua un temps à pratiquer la course à pied au sein de l’Entente sportive de la presse (ESP).

Sur le plan syndical, Jacques Étienne milita à la CFDT, siégeant à partir de 1965 au conseil du Syndicat des journalistes français. Il fut, presque tout au long des deux décennies passées à L’Équipe et à France football, l’un des responsables syndicaux de cette entreprise de presse. Également membre de l’Union syndicale des journalistes sportifs de France (USJSF), il fut le président de sa section Île-de-France (qui se confondit durant longtemps avec le comité national) et, au titre de la CFDT, fut, avec Michel Seassau (CGT), Jean Raynal (FO) et Jacques Marchand (SNJ), un des quatre délégués qui menèrent les négociations et signèrent l’accord de la reconnaissance de la qualité du journaliste de sport (et son inscription à la grille des salaires) avec les patrons de la presse nationale.

Parallèlement à son engagement syndical, Jacques Étienne milita très activement sur le plan politique. Militant du Mouvement de libération du peuple (MLP) et de Jeune République (JR) au début des années 1950, il fut élu à la commission exécutive nationale de ce parti à l’occasion de ses 29e (Issy-les-Moulineaux, 30 octobre-1er novembre 1954) et 30e (Paris, 29 octobre-1er novembre 1955) congrès nationaux. Comme bon nombre de militants de la JR, il participa également au processus d’unification de la « deuxième gauche » qui devait conduire à la création du PSU en 1960. Membre de la commission exécutive des groupements unis de la Nouvelle gauche, désignée le 22 mai 1955, membre du conseil national de la Nouvelle gauche élu au congrès de novembre 1955, il fut élu au bureau de la fédération de la Seine-et-Oise le 19 juin 1955. Militant de l’UGS (1957-1960) puis du PSU, il quitta ce parti au moment des Assises du socialisme (1974) pour rejoindre le PS. Proche des rocardiens et européen convaincu, il milita au sein de la section socialiste de Bobigny jusqu’à sa mort, écrivant régulièrement des articles dans le bulletin de la section.

Jacques Étienne s’investit également dans d’autres sphères de militantisme. Lorsque ses enfants étaient scolarisés à Drancy, il s’engagea à la FCPE et fut responsable de la section de leur école primaire publique Il s’investit également aux Nouveaux droits de l’Homme (NDH), organisation créée en 1977, et participa dans ce cadre à dverses manifestations, notamment devant l’ambassade d’Argentine.
Après son départ à la retraite, toujours militant de la CFDT, il fut président de son Union départementale interprofessionnelle de retraités de Seine-Saint-Denis et responsable d’Initiatives, la publication de l’UDIR, à partir de 1992. Parallèlement, il intensifia son militantisme politique sur le plan local. Déjà élu conseiller municipal de Meudon-la-Forêt à la suite des élections d’avril 1953, il fut à nouveau conseiller municipal, cette fois-ci à Bobigny, de 1983 à 1989. Il partageait son temps entre cette ville et Louannec (Côtes-d’Armor) où il possédait une maison. Ayant conservé intacte sa passion pour le football, il assistait parfois aux matches de l’EA Guingamp au stade du Roudourou et entretenait de solides liens d’amitié avec Noël Le Graët, président de ce club, président de la Ligue nationale de football (LNF, devenue Ligue du football professionnel, LFP) de 1991 à 2000 et maire socialiste de Guingamp (Côtes-d’Armor) depuis 1995.

Après la mort de Jacques Étienne, survenue des suites d’une infection pulmonaire, Bernard Grinfeld, conseiller municipal socialiste, concluait en ces termes l’hommage qu’il lui rendit lors d’un conseil municipal de Bobigny le 27 mai 2004 : « Je ne voudrais pas occulter une autre dimension, très privée, de sa personnalité, sur laquelle il se montrait discret mais qui comptait beaucoup pour lui : il était un catholique fervent et pratiquant. Jacques était un camarade et un ami. Et comme le dit très bien le rédacteur de L’Équipe qui lui a rendu hommage, “c’était la gentillesse même, toujours plein d’indulgence et d’humanité”. »
Jacques Étienne fut membre de l’ACO de 1951 jusqu’à sa mort et assuma la responsabilité d’une équipe de base à Meudon puis à Drancy. Son épouse, Janine Étienne, eut quant à elle d’importantes responsabilités nationales au sein de l’ACO dont elle assura la présidence, avec Félix Lacambre*, de juin 1957 à mai 1959.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23678, notice ETIENNE Jacques, Marceau, Gilbert par Éric Belouet, version mise en ligne le 18 novembre 2008, dernière modification le 6 avril 2012.

Par Éric Belouet

[cliché Henri Guilbaud, coll. privée famille Étienne]

ŒUVRE : aux nombreux articles de Jacques Étienne dans les publications citées dans la notice s’ajoutent deux ouvrages : Michel : football quand tu nous tiens, Alta, 1977, 122 p. — Les Grands stades, Famot, 1980, 160 p.

SOURCES : Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — La Jeune République, 1954-1955. — Le Libérateur, 1955. — Bulletin intérieur de la Nouvelle gauche, n° 4, juillet 1955. — Procès-verbal du conseil municipal de Bobigny, 27 mai 2004. — « Jacques Étienne nous a quittés », France football, n° 3031, 11 mai 2004, p. 29. — Site Internet de l’USJSF (nationale et section Île-de-France). — Notes de Gilles Morin. — Renseignements communiqués par les archives municipales de Meudon-la-Forêt, les archives communales de Bobigny et par Bernard Grinfeld. — Témoignage de Janine Étienne, épouse de l’intéressé, 3 et 8 avril 2008. — Arch. du CAGI, papiers de Jean Risacher.

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