DUTARTRE Marcel [DUTARTRE Jean-Marcel]

Par Maurice Moissonnier

Né le 8 juillet 1906 au Creusot (Saône-et-Loire) ; ouvrier-toupilleur ; militant syndical et membre du Parti communiste, un des dirigeants de la fédération du Rhône du PC entre 1929 et 1956 ; conseiller municipal et adjoint au maire de Villeurbanne (Rhône), conseiller d’arrondissement, conseiller général.

Marcel Dutartre
Marcel Dutartre
Arch. Municipales de Villeurbanne

C’est à Roussillon-en-Morvan (Saône-et-Loire) que Marcel Dutartre, aîné de dix enfants naquit, au foyer d’un garde des eaux et forêts. Sa mère, Alexandrine Rouby n’exerçait aucune profession autre que celle de ménagère et le travail, pour élever sa nombreuse famille, ne lui manquait pas.
Dès la fin de l’école primaire, son Certificat d’études en poche, l’enfant s’employa jusqu’à l’âge de treize ans comme domestique de ferme, puis, entre 1920 et 1923, entra en apprentissage chez un tourneur sur bois. Il apprit son métier en exécutant les objets multiples que fabriquaient alors ébénistes morvandiaux — en particulier des quilles dont les joueurs locaux faisaient une grande consommation.
Du mois d’octobre 1923 au mois de mai 1926, il travailla à la maison Fancillon-jeune de Tournus, ville où son père avait été muté. C’est à cette époque qu’il adhéra à la CGTU et, qu’il fut licencié à la suite d’une action revendicative. Jusqu’à son départ au service militaire (qui ne dura qu’un an en raison de sa situation familiale), il travailla chez le fabricant de chaises Grébert et adhéra aux Jeunesses communistes.
À partir d’octobre 1927, au retour du régiment, il ne trouva que très irrégulièrement de l’emploi à Tournus où sévissait dans sa profession un sérieux chômage partiel. Cédant aux sollicitations de camarades lyonnais, il s’établit à Lyon en septembre 1928 où il trouva du travail chez Pierrefeu (sièges) — rue Sainte-Anne de Baraban (IIIe arr.). Il adhéra alors au Parti communiste et fut affecté à la cellule dite « de la Buanderie » qui se réunissait en principe à la Maison du Peuple, 31, rue de Sévigné, IIIe.
Dutartre fut presque immédiatement délégué au Comité du sous-rayon des Brotteaux auquel appartenait sa cellule. Quelques mois après il était élu, au cours de l’année 1929 au comité régional qu’il ne devait pas quitter jusqu’en 1939, au moment de l’interdiction du Parti.
Pendant la crise économique, il connut les difficultés de chômage prolongé : licencié le 3 novembre 1931, il resta sans travail jusqu’au mois de juillet 1932 ; embauché à l’ébénisterie Ciampi de Lyon-Monchat, il se retrouva de nouveau sans emploi après la faillite de l’entreprise en avril 1934 puis il parvint à se faire embaucher à Villeurbanne chez un petit artisan. Il participa alors avec vigueur aux luttes politiques et sociales qui préparèrent l’unité de 1934 et la victoire du Front populaire. Il fut présenté aux élections municipales de mai 1935 sur la liste du Bloc ouvrier et paysan conduite par Camille Joly*. Cette liste devança au premier tour la liste socialiste (4 314 voix contre 3 561), et, au deuxième tour triompha d’une liste socialiste dissidente qui avait refusé le désistement (6 508 voix contre 4 428). Dutartre devint alors adjoint au maire de Villeurbanne, poste qu’il conserva jusqu’en 1939. Ses fonctions dans le Parti communiste s’accrurent : il participa aux congrès de Villeurbanne (1936), d’Arles (1937) et à la conférence nationale de Gennevilliers (1938). Aux élections au conseil d’arrondissement des 10 et 17 octobre 1937 il réunit, dans le canton de Villeurbanne 7 869 voix au premier tour et 11 797 au second tour ; élu, il devint le premier communiste au conseil d’arrondissement. Les 4 et 5 décembre 1937, la conférence régionale du PC tenue à Oullins le désigna au poste de secrétaire régional chargé des cadres et des finances ; il resta au bureau régional jusqu’en 1939, se spécialisant de plus en plus dans les problèmes financiers et assumant encore, à partir de 1938, le secrétariat de la section de Villeurbanne.
Lorsque survinrent la guerre et l’interdiction du Parti communiste, il n’était plus à Lyon. Mobilisé au 334e régiment d’infanterie, il fut envoyé avec son unité, dès le 5 octobre 1939, en avant de la ligne Maginot puis versé, à partir d’avril 1940, au 337e régiment d’infanterie de forteresse chargé de la protection avancée des ouvrages de la ligne. Fait exceptionnel : il semble que ses chefs aient ignoré ses activités politiques passées ; il échappa en tout cas aux surveillances et aux brimades qui étaient généralement le lot des communistes aux armées. Repliée à partir de la nuit du 13 au 14 juin 1940, son unité fut encerclée le 19 près de Nancy et Dutartre fut détenu au stalag 3 C près de Küstrin.
Lorsqu’il rentra à Lyon, le 25 avril 1945, sa femme, une ouvrière en chaussures, Berthe Darlavoix - qu’il avait épousée le 17 mars 1934 et qui était aussi une militante - figurait sur la liste que le Parti communiste s’apprêtait à présenter aux élections municipales de Villeurbanne. In extremis Marcel Dutartre fut substitué à son épouse et se retrouva, dès son retour, conseiller municipal (poste conservé jusqu’en 1959) et adjoint au maire (poste conservé jusqu’en 1947). La même année 1945, il retrouva son siège de conseiller général. Battu lors des élections de 1961, il remporta de nouveau la victoire en 1967 et, en 1973, se retira, cédant la place à son camarade de parti René Desgrand.
Il avait repris d’autre part son travail depuis 1947 et jusqu’à sa retraite à la maison Marsella, rue Francis de Pressensé, à Villeurbanne, non loin de son domicile. Il figura au comité fédéral du Rhône du PCF de 1945 à 1956.
Marcel Dutartre était père d’une fille née le 2 décembre 1935.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23546, notice DUTARTRE Marcel [DUTARTRE Jean-Marcel] par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Maurice Moissonnier

Marcel Dutartre
Marcel Dutartre
Arch. Municipales de Villeurbanne

SOURCES : Arch. Dép., série M. Élections. — Presse locale : Le Progrès de Lyon, La Voix du Peuple, hebdomadaire régional du PC. — Notice biographique et interview de l’intéressé.
http://lerizeplus.villeurbanne.fr/a...

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