Né le 22 décembre 1912 au Buisson (Dordogne), mort le 24 juin 2003 à Périgueux (Dordogne) ; instituteur ; militant communiste de Dordogne ; maire de Boulazac (Dordogne) ; conseiller général ; député (1946-1951, 1973-1986).

[Assemblée nationale]
Son père, garde républicain jusqu’en 1920 résidant à Paris, et sa mère, couturière-tailleuse, de famille catholique, originaires du Périgord, avaient quatre enfants. Ils se retirèrent comme cultivateurs à Buisson de Cadouin. Lucien Dutard entra à l’École normale d’instituteurs de Périgueux en 1928 où il chercha, avec d’autres élèves, à mieux connaître l’URSS et les auteurs communistes. Il fit son service militaire dans l’infanterie avec le grade de caporal.
Dutard exerça comme instituteur dans divers postes de Dordogne à partir de 1931 (Grives, Villefranche-de-Périgord, Cadouin où il assura aussi le secrétariat de mairie, Saint-Georges). Il enseigna constamment, sauf pendant ses mandats nationaux, à partir de 1951, dans l’école Joliot-Curie à Périgueux tout en habitant Boulazac. Il jouait dans l’équipe de rugby du Buisson dont il fut le capitaine de 1934 à 1939.
Syndiqué depuis 1935, Dutard appartint à la Libre Pensée de 1932 à 1935 et adhéra au Parti communiste en 1936. Membre de la cellule du Buisson, il collabora à l’hebdomadaire communiste régional, Le Travailleur du Centre-Ouest jusqu’en février 1938. Le 2 février 1938, il écrivit à Jeanne Vigier*, la secrétaire de sa cellule, pour condamner la préparation du quatrième procès de Moscou et « le stalinisme qui tend à faire de Staline un véritable Dieu ». S’affirmant « adversaire du trotskisme », il annonçait qu’il démissionnait du parti. La cellule, selon la pratique communiste, prononça son exclusion qui fut ratifiée sur le plan national « pour travail trotskiste et solidarité avec les traîtres Boukharine, Rykov… ». Il lutta néanmoins contre les accords de Munich en relations avec Jeanne Vigier.
Mobilisé de septembre 1939 à août 1940 dans un régiment d’infanterie, Dutard reprit son poste d’instituteur à Cadouin et le secrétariat de mairie. En contact avec des communistes depuis juillet 1940 qui se réunissaient chez sa mère, installée au Buisson, il prit part au « passage et [à] l’hébergement des camarades clandestins ». En septembre 1940, il organisa une collecte en faveur de l’ancien secrétaire de la cellule communiste, interné administratif. Des militants lui firent reprendre, en 1943, une activité limitée en raison de sa situation familiale (liaisons, distribution de tracts, aide aux réfractaires du Service du travail obligatoire) en contact avec les communistes résistants du Sud du département. Son inspecteur primaire, en mars 1943, l’envoya en stage au Centre d’Éducation générale et sportive du Hameau à Pau, établissement de formation des cadres du Commissariat général à l’éducation générale et aux sports. Revenu à Cadouin, il reprit ses activités et fut en contact avec des résistants de l’AS contrôlés par l’Intelligence Service pour organiser des parachutages. Il fut « officiellement réintégré » dans le Parti communiste clandestin en janvier 1944, puis devint instructeur dans le secteur 2 puis F (région de Sarlat et quatre cantons du Bergeracois), sous le pseudonyme de « Jean ». Il anima notamment la publication clandestine communiste, La voix de Jacquou, qui répondait aux vœux du Comité de défense et d’action paysanne. Au début juillet 1944, il affirma avoir cessé ses relations avec l’AS. Il participa à la création à Cadouin d’un groupe armé, « dépendant initialement de l’AS » (G. Penaud) qui devint le 13e bataillon de Francs tireurs et partisans français et participa à la libération du département avant d’être incorporé dans un régiment d’infanterie à La Rochelle. Il termina la guerre avec le grade de capitaine FFI mais n’exerça pas, selon lui, de rôle militaire.
Athée, Dutard se maria en avril 1937 à Paleyrac (Dordogne) avec la fille d’un cultivateur d’origines italiennes. Ils eurent deux enfants. Veuf depuis mai 1942, il se remaria en septembre 1945 à Périgueux avec Denise Pezet, vendeuse en librairie qui exerçait aussi la profession de mannequin, militante communiste. Le couple eut trois enfants.
À la Libération, Dutard, en raison de son activité militante, devint un des responsables de la région communiste de Dordogne à partir du 12 octobre 1944. Délégué au premier congrès du PCF (26-30 juin 1945), il fut le secrétaire de la cellule de Boulazac et de la section communiste de Saint-Pierre-de-Chignac jusqu’au début des années 1960, puis resta membre du comité et du bureau de cette section. Membre du comité de la fédération communiste, il entra au secrétariat fédéral en novembre 1944 et y resta jusqu’en juin 1947. Il suivit une école centrale (novembre-décembre 1944). Rétrogradé au bureau fédéral en juin 1947, il devint membre du seul du comité fédéral de 1949 jusqu’en 1987.
Comment expliquer ces évolutions ? En novembre 1944, dans un questionnaire biographique établi pour la commission des cadres, Dutard indiquait qu’il avait démissionné du parti en 1938. Malgré les bons jugements portés sur lui, la mention « le suivre » s’ajoutait à la décision de le maintenir comme secrétaire régional. Il mentionnait aussi ne plus avoir de relations avec un cousin, inspecteur de police de Limoges. Des archives retrouvées en 1947 révélèrent la décision de l’exclusion de Dutard par sa cellule en 1938. La commission centrale de contrôle politique (CCCP) fut saisie en mars 1947. Le militant lui indiqua notamment que, dès 1944, il avait reconnu son erreur à propos des procès de Moscou et dans son ancien jugement sur Staline porté en 1938. Il affirma n’avoir jamais été informé de la décision d’exclusion. Reprochant le « manque de fermeté et de courage politique » de la fédération sous sa responsabilité, constatant qu’il faisait la preuve dans ses décisions d’ « un esprit d’opportunisme », elle proposa de le retirer du secrétariat de la fédération communiste, ce qui fut décidé par le secrétariat du PCF, le 2 juin.
En octobre 1956, Dutard, dans le cadre des actions communistes contre la guerre d’Algérie, fut inculpé pour « démoralisation de l‘armée ». Il refusa de répondre à la convocation du préfet, publiant un article dans L’Écho du Centre, annonçant son refus de « céder aux injonctions du gouvernement » (16 octobre 1957).
Lucien Dutard devint maire de Boulazac en 1953. Il conserva son mandat jusqu’en 1988, restant par la suite conseiller municipal jusqu’en 1995. Des transformations importantes dans le village se produisirent : aménagement de la première zone industrielle de la ville (1962), création de la zone commerciale (1973) entraînant la construction de logements collectifs et individuels organisés en nouveaux quartiers (Pey Harry et Les Vignauds), installation de l’Imprimerie du Timbre en 1970. Furent réalisés la construction du premier groupe scolaire Joliot Curie (1958) pour accueillir tous les enfants en complément de l’école du bourg, la crèche Valentine Bussière (1975), la construction (1977) du groupe scolaire Yves Péron, une résidence pour personnes âgées « Lou Cantou Dau Pinier » (1979). En 1987, la plaine humide qui fait le lien entre la Cité Bel Air, le Vieux Bourg, les zones d’activité et les hauts quartiers des plateaux devint une zone d’aménagement concerté. S’y implantèrent par la suite une mairie nouvelle, des commerces, des logements, un centre culturel, une bibliothèque. Cette restructuration urbaine donna naissance à un nouveau centre ville, l’Agora.
Dutard, élu conseiller général de Périgueux en 1945, ne se représenta pas en 1951, désirant notamment se consacrer « à l’éducation de ses enfants » et n’habitant plus le canton. De plus sa situation financière était mauvaise. Yves Péron*, conseiller municipal de Périgueux, lui succéda. Il fut candidat dans le canton de Saint-Pierre-de-Chignac en 1954, en 1958, en 1964, en 1970 (arrivé en 3e position, 1 669 voix et retrait en faveur du candidat socialiste qui fut élu).
Il devint maire de Boulazac en 1953. Il conserva son mandat jusqu’en 1988, restant par la suite conseiller municipal jusqu’en 1995. Des transformations importantes dans le village se produisirent : aménagement de la première zone industrielle de la ville (1962), création de la zone commerciale (1973) entraînant la construction de logements collectifs et individuels organisés en nouveaux quartiers (Pey Harry et Les Vignauds), installation de l’Imprimerie du Timbre, en 1970. Des réalisations se produisirent : en 1958, construction du premier groupe scolaire Joliot Curie pour accueillir tous les enfants en complément de l’école du bourg, en 1975, création de la crèche Valentine Bussière, en 1977, construction du groupe scolaire Yves Péron, en 1979, inauguration de la première résidence pour personnes âgées du département « Lou Cantou Dau Pinier ». En 1987, la plaine humide qui fait le lien entre la Cité Bel Air, le Vieux Bourg, les zones d’activité et les hauts quartiers des plateaux devint une zone d’aménagement concerté. S’y implantèrent par la suite une mairie nouvelle, des commerces, des logements, un centre culturel, une bibliothèque. Cette restructuration urbaine donna naissance à un nouveau centre-ville, l’Agora.
Lucien Dutard fut élu conseiller général de Périgueux en 1945 et ne conserva pas son siège en fin de mandat en 1951. Il fut candidat dans le canton de Saint-Pierre-de-Chignac en 1958, en 1964, en 1970 (arrivé en 3e position, 1 669 voix et retrait en faveur du candidat socialiste qui fut élu).
Candidat en deuxième position sur la liste communiste aux élections à l’Assemblée nationale constituante, Dutard fut élu le 21 octobre 1945. Membre de la commission de la presse, de la radio et du cinéma, élu à la Haute cour de justice, il fut réélu le 2 juin 1946 sur la « liste communiste d’union républicaine et résistante » et participa aux mêmes commissions, chargé notamment de rapporter sur les élections en Mayenne. Il retrouva son siège à l’Assemblée législative, le 10 novembre 1946 et participa aux commissions de la presse, du suffrage universel, des moyens de communication (1948-1951), du ravitaillement (1948) et de la famille (1949-1951). Il intervint à plusieurs reprises (refus communiste de voter la nationalisation d’Air France en mai 1948, pour l’amélioration du réseau routier en août 1950 et sur l’état des dispensaires médicaux en région parisienne en mai 1951).
Lors du renouvellement du 17 juin 1951, Dutard était assuré de perdre son siège puisque placé en troisième position sur la liste communiste, qui, arrivée en tête, n’eut aucun élu en raison des apparentements. Par la suite, candidat à l’élection législative en 1956, il refusa pour diverses raisons familiales, financières et politiques (la fragile cohésion de l’équipe municipale) d’être en seconde position éligible sur la liste. Il refusa aussi d’être candidat en 1958. En 1962, la fédération communiste souhaitait sa candidature dans la circonscription de Bergerac, il refusa à nouveau, « malgré notre insistance », selon les termes du secrétariat fédéral, en raison de sa situation familiale. Candidat suppléant dans la première circonscription (Périgueux) de 1962 à 1968, il fut désigné comme candidat en mars 1973 dans la quatrième circonscription (Sarlat), l’ancien fief électoral de Robert Lacoste*. Il obtint 13 744 voix sur 64 035 inscrits et, devenu candidat unique de la gauche, devançait au deuxième tour, le député de droite sortant, avec 27 527 voix. La même situation se reproduisait en 1978 avec une progression de son pourcentage de voix. Il recueillait 19 138 voix sur 69 480 inscrits au premier tour et l’emportait avec 32 218 voix, soit plus de 3 000 voix d’avance, Il conserva son siège en 1981. En tête de la liste communiste en 1986, avec l’introduction du scrutin proportionnel, il ne fut pas élu en raison du fort recul des résultats communistes.
Dutard fut, en outre, candidat aux élections sénatoriales de 1955, 1957 (janvier, élection partielle), 1959, 1962 et 1971.
Dutard fut, jusqu’au milieu des années 1950, le responsable de l’Amicale des élus communistes. En février 1960, une réunion des élus communistes en présence du responsable national Waldeck L’Huillier*, décida la reconstitution d’une association départementale d’élus (51 maires communistes). Il s’imposait pour la présider mais le secrétariat fédéral indiquait que son manque de dynamisme avait permis la disparition de l’association précédente au milieu des années 1950. Il fut quand même désigné comme secrétaire de l’Association des élus communistes et républicains. Enfin au début des années 1970, il reçut la responsabilité des élus communistes au sein de la fédération communiste.
Dutard afficha, à partir des années 1980, à plusieurs reprises, des désaccords avec la ligne de la direction du PCF. Mais, par souci de rester discipliné, il refusa de soutenir les dissidences qui affectèrent les élus de la Haute-Vienne ou de la Corrèze. Auteur d’une chanson sur la Dordogne, il fut admis à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Cultivé, il affichait notamment une passion pour la civilisation italienne et pour l’opéra.
L’inhumation, annoncée par l’Humanité, le 27 juin 2003, se déroula au cimetière du Frondal à Boulazac.
Le conseil municipal de Boulazac donna son nom à un espace sportif et culturel. Il figurait, au titre des anciens élus résistants, sur une plaque apposée au conseil général.

SOURCES : RGASPI, 495 270 5554 (fiche de synthèse sans date avec l’indication « reçu le 7 avril 1950 » à Moscou, lettre de démission du 2 février 1938, résolution de la région de Dordogne reçue à Moscou le 5 octobre 1938). — Archives du comité national du PCF. — ANACR, La Résistance - La lutte contre le nazisme et le régime de Vichy, 1996. — Martial Faucon, Francs Tireurs et partisan français en Dordogne, Tulle, Éditions Maugein-Tulle, 1990. — Jacques Lagrange, 1944 en Dordogne, Pilote 24, 1993. — Jean-Jacques), Les communistes en Périgord 1917-1958, Pilote 24, 2007. —Guy Penaud, Histoire de la Résistance en Périgord, Fanlac, 1985, Dictionnaire biographique du Périgord, Fanlac, 1999 et article dans Le Journal du Périgord, 184, 2010. — Sites Internet de l’Assemblée nationale et de la mairie de Boulazac. — Presse nationale. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé. – Notes de Claude Pennetier.

Bibliographie : Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 12 lui est consacré.

Jacques Girault

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