DUSSERRE Fernand, Henri

Par Claude Pennetier

Né le 15 mai 1907 à Lyon IIIe arr. (Rhône), mort le 3 septembre 1999 à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) ; ouvrier mécanicien ; militant communiste d’Orly (Seine, Val-de-Marne) puis de Château-Arnoux (Alpes-de-Hautes-Provence) ; maire d’Orly (1935-1940).

Fernand Dusserre, photographie de son dossier de police pendant l’Ocuupation
Fernand Dusserre, photographie de son dossier de police pendant l’Ocuupation

Né à Lyon de parents ardéchois, orphelin de mère en 1909, Fernand Dusserre perdit son père, Henri, Victor apprêteur de soie à Lyon, tué au combat dans la Somme en 1916. « Adopté par la nation » le 10 octobre 1918 fut élevé par une tante, un oncle et un grand-père dans une exploitation agricole ardéchoise. Titulaire du certificat d’études primaires, il suivit les cours de l’École primaire supérieure d’Aubenas en 1920 et 1921, puis travailla à la ferme familiale jusqu’en 1926.

Passionné de technique et d’aviation, Fernand Dusserre s’engagea à dix-neuf ans dans l’aviation militaire et obtint le brevet supérieur de mécanicien d’aviation avec grade de sergent. L’armée l’affecta à la d’entraînement d’Orly où il resta jusqu’à l’expiration de son contrat en 1931. Son intérêt pour l’aviation ne se démentit pas. En 1936, il créa et présida l’aéro-club des Hirondelles de Choisy-le-Roi et des environs février 1938, il contribua à la création de l’aéro-club d’Orly dont il fut président d’honneur. Sa profession de foi électorale de 1935 portait la mention « ancien, ex-élève des Arts et Métiers ». Sans doute suivit-il des cours aux Arts et Métiers de Paris au début, des années trente.

Revenu à la vie civile, Dusserre se fixa à Orly où il se maria en juin 1932 avec Marthe Picard. De 1931 à 1935 les usines Renault, Morane, Lioré et Bloch l’employèrent mécanicien d’aviation. C’est en 1933 qu’il adhéra au Parti communiste à Orly (Région Paris-Sud). L’unique cellule communiste en fit très vite son secrétaire.

Fernand Dusserre fut tête de liste communiste élections municipales du 5 mai 1935. Sur 1 613 inscrits, il recueillit 475 voix contre 545 au mieux placé des républicains sociaux sortants et Flament qui devançait de trois voix Albert Dumas tête de liste socialiste. Un accord put intervenir entre socialistes et les communistes. La liste d’union conduite par Dusserre conquit la mairie au second tour avec 35 voix d’avance. Il devint maire à l’âge de vingt-sept ans avec pour adjoints Jean-Louis Chevalier. le conseil comprenait 9 socialistes (Louis Bourgeois, Albert Carru, Albert Dumas, Henri Flament, Émile Jean, André Louvat, Fernand Mathieu, Georges Monsigny, Albert Tourault) et 14 communistes (Cyprien Battu, Jean-Baptiste Campanaud, Louis Chevalier, Jules Clément, Henri Debray, Fernand Dusserre, Frédéric Fontanille, Paul Langlade, André Marquet, Émile Séguier, Georges Stainmesse, Alexandre Thiant, Léon Truÿns et Jean Woëstyn).

Dusserre cessa de travailler en usine pour se consacrer à plein-temps à son mandat électif et à l’action politique : soutien à l’action du Parti communiste dans le cadre du Front populaire, aide aux grévistes en juin 1936, solidarité avec les républicains espagnols Son jeune âge ne lui interdisait pas un réel ascendant : les témoins parlent d’un homme « intelligent », « énergique » et même d’un « monsieur ». La formule surprend moins lorsqu’on le voit sur les photographies, habillé impeccablement, chapeauté, très droit, peut-être pour compenser une taille moyenne.

Mobilisé en octobre 1939 comme sergent aviateur, il écrivit à la préfecture de la Seine le 9 février 1940 en réponse à une note de l’administration : « En raison même de la dissolution totale et effective du Parti communiste et de la déchéance définitive des élus de Parti, je me considère dégagé de toutes les responsabilités politiques et administratives dont j’étais précédemment chargé » (versement 10441/62/2 n° 25). Cette réponse manifestait une distance avec la politique du PCF. Il fut cependant déchu de ses fonctions de maire, le 29 février 1940, pour appartenance au Parti communiste, sa prise de position arrivant trop tardivement Un rapport de police du 25 mai 1941 précise « Il n’a pas reparu dans la région parisienne ». Il ne revint à Orly que pour déclarer le décès de sa première épouse, Marthe née Picard, sans profession, née le 30 janvier 1900 à Châlette (Loiret), morte le 30 janvier 1940. « Décès dramatique » écrit Dusserre qui affirme que son refus de revenir à Orly est grandement lié au « décès de sa première épouse » (notes envoyées à Claude Pennetier le 17 juillet 1985).

Nous ne connaissons sa vie dans les années suivantes que par son témoignage :

Démobilisé en juillet 1940, il se « replia dans l’Ardèche chez ses oncle et tante en attente des événements. La fin de l’année 1940 se passa et c’est au début de 1941 qu’il s’avéra que son domicile parental ardéchois n’était pas sûr car facile à éventer par la police de Vichy qui le recherchait. Il lui fallait donc changer de domicile. À la faveur d’une petite annonce, il trouva du travail dans une usine de produits chimiques (Péchiney) située à Château-Arnoux. Cette usine occupait deux mille employés et était donc un milieu beaucoup plus anonyme que l’Ardèche Il fit un stage de six mois pour la fonction d’agent de maîtrise et devint contremaître de fabrication Il se maria en septembre 1941 à Château-Arnoux avec Blanche Chilliard. Il avait repris contact avec le PC au début 1941 par l’intermédiaire d’un camarade de travail. Il participa à la résistance spécifique à l’usine Membre des FTP, à la Libération, il fut désigné comme membre du Comité local de Libération et adjoint communiste au conseil municipal provisoire. De même, il fut responsable de la commission d’épuration, membre de la Cour de justice de Digne. En mai 1945, des élections municipales eurent lieu pour remplacer la délégation spéciale nommée à la Libération. Dusserre laissa sa place d’adjoint à un ancien interné politique. Pour les élections de 1945, Maurice Thorez demanda à Dusserre de prendre la tête de liste du PC à Orly. S’étant refait une situation professionnelle locale, militant à Château-Arnoux, ayant participé à la résistance locale, Dusserre décida de demeurer à Château-Arnoux » (notes envoyées à Claude Pennetier le 17 juillet 1985).

Certains témoignages de militants orlysiens de la Libération divergent un peu. On dit que Dusserre serait venu à Orly, aurait cherché à rencontrer Maurice Thorez et, suite à un refus, serait reparti. Alors que la consigne gouvernementale était de nommer comme présidents des délégations spéciales les anciens maires, s’ils n’avaient pas démérité, les autorités préfectorales et le Comité parisien de Libération mirent en place le docteur André Gouy (1895-1968), qui avait été président du Comité local de Libération. Un autre comité présidé par le communiste Marcel Farge avait été refusé par la préfecture. Le Parti communiste donna ensuite son investiture pour les élections de 1945 à François Boidron*, cheminot, qui fut maire jusqu’en 1947 et de 1955 à 1965.

Dusserre cessa de militer en 1953 pour raisons de santé mais resta membre du Parti communiste jusque dans les années 1980. Un rapport de la Section de montée des cadres (SMC), du 14 avril 1954, le présente comme un agent de maîtrise, membre du comité fédéral sortant, mais pas reproposé au congrès fédéral, car il a été « très gravement malade (maladie du cœur). Ne pourra sans doute jamais reprendre une activité militante soutenue. » À l’occasion de la publication de l’ouvrage Itinéraires orlysiens, qui pour la première fois retraçait son parcours, le maire d’Orly (ex-communiste) Gaston Viens*, prit contact avec lui, le rencontra à Château-Arnoux et eut des échanges fructueux, mais il ne put obtenir qu’il vienne à Orly participer à une soirée de présentation du livre en raison de sa situation de santé qui ne lui autorisait pas les fortes émotions.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23543, notice DUSSERRE Fernand, Henri par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 juin 2019.

Par Claude Pennetier

Fernand Dusserre, photographie de son dossier de police pendant l’Ocuupation
Fernand Dusserre, photographie de son dossier de police pendant l’Ocuupation
Fernand Dusserre au centre des élus et militants communistes en 1935.
Fernand Dusserre au centre des élus et militants communistes en 1935.
Arch. Com. Orly

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. PPo., 101, 25 mai 1941. — Arch. Dép. Seine, 10441/64/2 n° 25. — L’Humanité, 7 mai 1935. — Le Travailleur de la banlieue sud, 1934-1939. — État civil. — RGASPI, Moscou, pas de dossier au nom de Dusserre.

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