DURIEUX Claude [DURIEUX Clovis, Claude]

Par Éric Belouet

Né le 1er mai 1920 à Paris (VIIIe arr.), mort le 8 septembre 1995 à Aubenas (Ardèche) ; journaliste à Jeunesse ouvrière, Monde ouvrier, Témoignage chrétien puis au Monde ; permanent de la JOC (1943-1947) ; militant du MPF ; syndicaliste, secrétaire général (1980-1982, 1984-1990) et président (1982-1984) du Syndicat national des journalistes, président de l’UNSJ (1982-1983, 1986-1987).

Claude Durieux
Claude Durieux
Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels

Fils d’un manœuvre, Claude Durieux fit des études secondaires et techniques. Militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), réfractaire au Service du travail obligatoire (STO), il devint en novembre 1943 permanent de la JOC – réduit à la semi-clandestinité mais poursuivant son action sous couvert d’activités catholiques – pour la région parisienne. Il commença à écrire dans Jeunesse ouvrière, l’hebdomadaire du mouvement. Il se maria le 9 août 1945 au Chesnay (Seine-et-Oise, Yvelines) avec Madeleine Chamboredon, elle-même permanente de la JOCF de 1941 à 1945 et rédactrice en chef de son magazine Sillage. Trois enfants allaient naître de cette union (1946, 1947 et 1951) et la famille allait vivre successivement à Bièvres (Seine-et-Oise, Essonne), dans le XVe arrondissement de Paris puis, à partir de 1968, dans le XIIIe arrondissement.

Après son mariage, Claude Durieux continua à être salarié par la JOC jusqu’en 1947, avec la double responsabilité de secrétaire de rédaction de Jeunesse ouvrière et de chroniqueur sportif. Il s’engagea avec son épouse quelques années au Mouvement populaire des familles (MPF), ce qui l’amena à exercer, de 1947 à 1950, les fonctions de secrétaire de rédaction et de rédacteur de la publication du MPF, Monde ouvrier. De 1950 à 1956, il travailla à Témoignage chrétien, dirigé par l’ancien responsable de la JOC parisienne Georges Montaron*, passant ainsi du statut de « militant journaliste » à celui de « journaliste militant ».

Claude Durieux entra au quotidien Le Monde comme secrétaire de rédaction en 1956 et y resta jusqu’à son départ à la retraite en 1985, laissant l’image d’un « créateur de rubriques ». Il y fut, successivement ou conjointement, premier secrétaire de rédaction adjoint et informateur de radio-télévision (1960-1966), responsable de la rubrique Radio-Télévision – il signait ses chroniques radiophoniques du pseudonyme de « Top 4 » – (1966-1974), fondateur et responsable de la rubrique Presse (1967-1985), chef des correspondants régionaux (à partir de 1975), puis chargé par la direction de la rédaction des liaisons extérieures (à partir de 1979). Il fut par ailleurs un « membre vigilant » de la Société des rédacteurs du Monde dont il fut administrateur, secrétaire puis vice-président (1968-1970).

Dans l’article nécrologique qu’il lui consacra dans les colonnes du Monde, Manuel Lucbert écrivait que « comme d’autres journalistes de sa génération, Claude Durieux pensait que la liberté de la presse, élément indissociable d’une démocratie accomplie, devait s’accompagner d’un regard et d’une réflexion des journalistes sur leur propre activité et sur la structure de leurs entreprises ». De fait, des années 1950 jusqu’à sa mort, il fut un journaliste engagé, non seulement en tant que syndicaliste mais aussi à travers le regard qu’il portait sur sa profession et les médias, et les nombreux écrits qui en découlèrent. Dans un livre publié en 1976, La Télécratie, il montra comment la télévision était devenue l’instrument des dirigeants politiques sous la Ve République.

Sur le plan syndical, Claude Durieux milita activement au Syndicat national des journalistes (SNJ), d’abord au sein de la section de la région parisienne, puis à l’échelon national. Entré à son bureau national en 1979, il fut co-secrétaire général du SNJ de 1980 à 1982, premier secrétaire général (l’équivalent de président) de 1982 à 1984, puis de nouveau co-secrétaire général de 1984 à 1990. À cette date, il décida de prendre du recul avec les responsabilités syndicales, sortit du bureau et retourna à la base. Il s’engagea également à l’Union nationale des syndicats de journalistes (UNSJ) - créée par le SNJ, la CFDT et le SNJ-CGT - dont il fut à deux reprises le président (1982-1983 et 1986-1987), mais aussi le vice-président (1983-1984) et le secrétaire général (1981-1982, 1987-1988). À ce titre, il fut élu à de nombreuses reprises au bureau de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), commission paritaire regroupant patrons de presse et représentants des syndicats de journalistes. Après avoir été secrétaire général (1985-1986) et trésorier (1986-1987) de cette commission, Claude Durieux en assura la présidence annuelle à quatre reprises entre 1987 et 1995. Très attaché à l’indépendance de l’information et à l’éthique journalistique, il n’hésita pas, à la suite des dérives constatées notamment dans la couverture médiatique de la première guerre du Golfe et de l’affaire du charnier de Timisoara, à rompre avec la tradition de cette commission voulant qu’elle limitât son champ d’action à l’attribution ou au retrait de la carte professionnelle, et à faire voter à l’unanimité des membres de la commission (y compris des représentants patronaux), le 4 février 1992, un appel à la vigilance aux 27 000 journalistes afin d’éviter la « cascade de dérapages » qui affectaient, selon lui, leur crédibilité. Cet appel, qui constituait une « première » dans l’histoire de la CCIJP, suscita la critique d’un certain nombre de patrons de presse, dont celle de Jean Miot, directeur délégué du Figaro et président du Syndicat de la presse parisienne (SPP).

Parmi les nombreux combats que Claude Durieux mena dans le cadre de sa vie professionnelle et militante, celui contre le démantèlement de l’ORTF en 1968 et les dix années de lutte contre les velléités hégémoniques de l’ancien collaborateur Robert Hersant en matière de presse, à défaut d’être victorieux, furent parmi les plus marquants. En novembre 1981, il écrivait ainsi dans Le Monde : « L’absorption du Havre Libre par le groupe Hersant n’est pas seulement un défi à ses lecteurs, aux anciens résistants et à tous les démocrates. Elle interpelle aussi la justice, le gouvernement et le Parlement, auquel doit être soumis un projet de loi destiné à protéger l’information, et ceux qui y travaillent, des appétits financiers. »

Très respecté au sein de sa profession, Claude Durieux assuma de nombreuses autres responsabilités et fonctions honorifiques : président de l’Association des critiques et informateurs de presse (1969-1972), secrétaire général de la Fédération française des sociétés de journalistes (1974-1981), membre de la commission consultative des radios locales et de la télédistribution privée (1982-1986), administrateur de Radio-France (1983), président d’honneur de l’Association des journalistes médias (1985), vice-président de la section « liberté de l’information » de la Commission de la République française pour l’éducation, la science et la culture de l’Unesco (à partir de 1990).

Claude Durieux avait été fait chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23499, notice DURIEUX Claude [DURIEUX Clovis, Claude] par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 3 janvier 2009.

Par Éric Belouet

Claude Durieux
Claude Durieux
Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels

ŒUVRE : La Télécratie, préface d’André Diligent, Tema, 1976, 149 p.

SOURCES : Arch. JOC, 44J-1134A. — Société générale de presse, Biographies de la presse, Claude Durieux, 25 juillet 1993. — Le Monde, 19 février, 20 février et 28 juin 1987, 18 juin et 12 octobre 1988, 19 mars et 27 juillet 1989, 9 juillet 1991, 11 février et 30 mars 1992, 1er avril 1995. — Manuel Lucbert, « Claude Durieux : un journaliste citoyen », Le Monde, 16 septembre 1995 (nécrologie). — Olivier Da Lage, « Les combats syndicaux », Hermès, 35, 2003, p. 215-222. — François Boissarie, « Histoire du SNJ », www.snj.fr [site Internet du SNJ]. — Renseignements communiqués par Madeleine Durieux, son épouse (1999), et par François Boissarie, président du SNJ de 1984 à 2004 (7 avril 2008). — État civil de Paris (VIIIe arr.).

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