DUMONT Mireille [née BOUVET Marcelle, Angèle, Françoise, épouse DUMONT, dite]

Par Antoine Olivesi

Née le 14 octobre 1901 à Valréas (Vaucluse), morte le 18 janvier 1990 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; professeur ; militante communiste des Bouches-du-Rhône ; conseillère municipale de Marseille ; sénatrice (1946-1955).

Mireille Dumont
Mireille Dumont
Sénat

Marcelle Bouvet naquit au sein d’une famille nombreuse. Elle fut élevée dans la tradition républicaine démocratique et laïque des enseignants de cette époque.

Son père François Bouvet, professeur à l’école primaire supérieure de Valréas, marié à Marie, Joséphine Dumon, termina en effet sa carrière à Marseille comme directeur honoraire de l’École primaire supérieure Victor-Hugo et fut, à sa retraite, conseiller municipal radical-socialiste élu, en 1925, sur la liste Flaissières, liste d’union de la gauche. Sa mère, dont la famille était liée à Clovis Hugues avait conservé le souvenir de la répression que connut, après la Commune et pendant « l’Ordre Moral », le village de Velleron, dans le Vaucluse département d’origine du grand poète et du militant socialiste.

Marcelle Bouvet, après des études secondaires commencées au lycée d’Avignon, s’installa à Marseille en 1916 avec sa famille, fut élève au lycée Montgrand, puis étudiante à la Faculté des Sciences de Marseille où elle obtint une licence ès Sciences.

Pour son premier poste, elle fut envoyée à l’EPS de Draguignan, puis en 1934, elle fut nommée à l’EPS Michelet, à Marseille, école récemment créée et construite dans les nouveaux quartiers de l’avenue du Maréchal-Foch. Elle résidait alors 194, rue Abbé-de-l’Épée, à proximité de son lieu de travail. Elle enseignait les Sciences naturelles et d’anciennes élèves ont gardé d’elle le souvenir d’un professeur vivant et gai, dessinant très bien, dont les opinions de gauche étaient connues, certes, mais sans être ostentatoires. Par exemple, pendant la guerre d’Espagne, elle organisait des collectes en faveur des enfants réfugiés à Marseille et dans sa région, comme on le verra plus loin en parlant de sa carrière politique.

Effectivement, ce fut à l’époque du Front populaire, que son engagement politique devint très actif et qu’elle participa, sous le pseudonyme de Mireille Dumont à de nombreux mouvements : Amsterdam-Pleyel, CVIA, Comité mondial des Femmes contre le fascisme – dont elle était, en 1935, la secrétaire départementale pour les Bouches-du-Rhône – Secours Populaire français, Rassemblement universel pour la paix etc.

Elle s’inscrivit au Parti communiste le 14 juillet 1936 et rappelait elle-même, en 1983, les motifs de son adhésion par la conjonction entre une sensibilité de gauche marquée par les souvenirs de la Grande Guerre au cours de laquelle son frère aîné fut blessé et la dynamique du courant antifasciste, lors des années 1934-1936 : « Révoltée par la guerre de Mussolini contre l’Éthiopie et par les injustices sociales d’autant plus frappantes après avoir vu les réalisations sociales en URSS », au cours d’un voyage dans ce pays pendant l’été 1935, Mireille Dumont fut, en même temps, influencée par des militants du Comité Amsterdam-Pleyel, ainsi que par Agnès Dumay* et François Billoux*.

Entre 1935 et 1939, outre sa participation, en qualité d’oratrice, à la campagne électorale de 1936 et aux grands mouvements de grèves (discours dans les usines), son activité s’exerça principalement dans trois domaines : la lutte en faveur de l’Espagne républicaine, pour les droits de la Femme, et dans un cadre plus général, contre le fascisme et la guerre.

À Marseille, elle devint la trésorière du Comité d’accueil aux enfants d’Espagne, centralisa les collectes de fonds versés à son CCP et fit campagne avec son parti, contre la politique de non-intervention. Elle effectua plusieurs voyages en Espagne même, notamment à Barcelone en décembre 1937, après les bombardements, au sein d’une délégation de militantes du Comité mondial des Femmes. À la fin de 1938 et au début de l’année 1939, elle se consacra à l’aide aux enfants espagnols, à leur placement dans des familles à Marseille, ou dans les centres d’Aix puis d’Albi. Elle était présente au Perthuis en février 1939, visita les hôpitaux de Perpignan et de Marseille, anima le mouvement de solidarité en faveur des réfugiés républicains en général, et la recherche des parents survivants séparés de leurs enfants, en particulier. Par ses conférences enfin, notamment, le 31 janvier 1937, au nom du Comité mondial des Femmes, à Marseille, avec Joseph Pastor ou par ses articles dans Rouge-Midi, au même titre, elle ne cessa de contribuer largement à la mobilisation de l’opinion publique.

Parallèlement, Mireille Dumont menait son action militante féministe à travers plusieurs mouvements qui réclamaient l’égalité des droits et notamment le droit de vote pour les femmes (organisation d’élections fictives de candidates, par exemple). Entre le mois de septembre 1937 et les débuts de l’année 1938, elle participa au congrès du Rassemblement universel pour la paix à Paris, à celui de Bruxelles, puis à un meeting international des Femmes pour la paix à Marseille ainsi qu’à diverses autres réunions dont le thème rejoignait également celui de la lutte pour la paix. Selon le témoignage de Gaston Pauthe*, elle quitta le CVIA de Marseille car il était composé en majorité de pacifistes à une époque où l’antifascisme prenait le pas sur les campagnes contre la guerre en général ; la crise de Munich, on le sait, devait démarquer nettement le PC de la majorité des partis et des courants politiques sur ce problème.

Mireille Dumont qui, du point de vue syndical enseignant, militait dans la CGT réunifiée et à dominante communiste, dans les Bouches-du-Rhône, au sein de l’UD dirigée par Charles Nédelec*, fit partie des professeurs grévistes le 30 novembre 1938.

Après la déclaration de guerre, son nom figurait, dès le mois d’octobre sur la liste des militants communistes surveillés par la police (saisie de correspondance).

Pendant « la drôle de guerre », selon son témoignage, elle vint en aide, notamment, aux prisonniers politiques détenus au Fort-Saint-Nicolas, à Marseille, tel Pourtalet, député des Alpes-Maritimes, « par l’entremise d’un avocat marseillais ».

Il semble, d’après divers rapports de police et témoignages (Paul Roux) qu’à l’automne 1940, à l’époque où le PC clandestin était en difficulté à Marseille, Mireille Dumont ait fait l’objet d’une « mise en garde » et qu’elle ait figuré sur une « liste noire », en octobre, parce qu’elle « persistait à mener une action personnelle » et à fréquenter « des éléments douteux ».

Mais il faut tenir compte de la « soupçonnite » généralisée qui frappait aussi, sur la même liste, des militants tels que Léon David, François Vittori, Pierre Gabrielli etc. lesquels retrouveront comme elle, la confiance de leur parti, peut-être dès le mois de novembre suivant.

Selon ses propres déclarations, Mireille Dumont fut arrêtée le 31 décembre 1940 et placée en résidence surveillée à Peyrolles-en-Provence, au nord du département des Bouches-du-Rhône. Elle put éviter, plus tard, lors d’une rafle de la Gestapo dans ce village, d’être déportée en Allemagne. Grâce à l’aide de « compagnes de travaux agricoles », elle parvint à s’enfuir le 26 novembre 1943 en direction de Jouques et à disparaître.

Pourtant, si l’on en croit d’autres rapports, ce fut après une dénonciation que Mireille Dumont fut jugée comme responsable des manifestations communistes dans les écoles et lycées de Marseille (Michelet, lycées Thiers, Périer, Saint-Charles et Longchamp) qui entraînèrent les arrestations de sept étudiants et de deux professeurs, le 17 février 1941.

Quoi qu’il en soit de ces incertitudes chronologiques, une fois passée dans la clandestinité, sous le pseudonyme de Claude Rey, Mireille Dumont rejoignit la résistance communiste dans l’Allier à la fin 1943 et devint responsable du Mouvement des Femmes dans ce département. Elle dut quitter Montluçon pour Roanne à la suite de nouvelles arrestations et prépara alors l’action féminine directe aux combats de la Libération dans cette région.

Après son action pendant la Résistance, de retour à Marseille, elle y devint membre de la direction fédérale du PCF. Elle demeura membre du comité fédéral jusqu’en 1962. En outre, membre d’organisations s’occupant de l’enfance, militante du Secours populaire, elle était secrétaire régionale puis présidente départementale de l’Union des Femmes françaises pour les Bouches-du-Rhône ; militant aussi à partir des années 1960 dans l’association France-Espagne. Elle fut élue conseiller municipal de Marseille sur la liste "unique de rassemblement démocratique" comprenant socialistes et communistes le 30 avril 1945, en qualité de représentante de l’UFF (24e rang) et fut ensuite élue à l’unanimité première des quatre secrétaires de la délégation municipale. Elle fut réélue en 1946 et responsable, dans la municipalité Cristofol, de la Santé publique ainsi que de la réorganisation de l’inspection médicale scolaire. À la même époque, Mireille Dumont fut également élue conseiller de la République en décembre 1946 décembre 1946 et réélue en novembre 1948. Elle siégea au Sénat jusqu’en 1955. Elle fut membre des commissions de l’Éducation nationale et de la Santé publique, et monta fréquemment à la tribune.

Elle fut, par ailleurs, candidate sur la liste du PCF dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône en janvier 1956, aux élections législatives, puis, sous la Ve République, en novembre 1958, dans la première circonscription de Marseille où elle obtint au premier tour 5 123 voix sur 53 991 inscrits et au deuxième tour 6 309 voix. Candidate en 1962, elle obtint 5 033 voix sur 52 305 inscrits au premier et se désista pour le candidat socialiste SFIO arrivé derrière elle. En 1967, le même scénario se reproduisit. Arrivée légèrement en tête avec 5 767 voix sur 49 908 inscrits, elle se retira au profit du candidat de la FGDS, Bastien Leccia (5511 voix) qui fut élu député au second tour. Ainsi les partisans de la Ve République perdaient l’unique siège qu’ils détenaient à Marseille.

Elle se présenta également à divers scrutins cantonaux ou municipaux, notamment à Aix en 1953, où elle conduisit la liste du PC qui enleva huit sièges à la proportionnelle. Enfin, elle fut, de nouveau, membre du conseil municipal de Marseille de 1959 (candidate en neuvième position sur la liste communiste) à 1965, dans la minorité communiste, élue en quatorzième position le 8 mars 1959.

Pendant toute cette période, au cours de laquelle elle avait repris, en 1955, son métier d’enseignante qu’elle exerça jusqu’à sa retraite, en 1967, au lycée Edgar-Quinet, à Marseille, M. Dumont participa aux campagnes organisées par le PC et le Mouvement de la paix contre la guerre d’Indochine et pour la défense de la Paix.

Elle continua à militer dans le XIIIe arrondissement de Marseille où elle résidait alors, était membre, en 1975, de l’Association France-Tchécoslovaquie des Bouches-du-Rhône, puis fit partie du bureau national de l’Amicale des Vétérans du PCF.

Toujours très active, elle était, en 1983, collaboratrice au siège de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23334, notice DUMONT Mireille [née BOUVET Marcelle, Angèle, Françoise, épouse DUMONT, dite] par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 mai 2010.

Par Antoine Olivesi

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ŒUVRE : Nombreux articles dans Rouge-Midi, (notamment « Une Marseillaise en URSS », en 1935), La Marseillaise, Provence Nouvelle.

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3220. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10809, rapport du 1er février 1937, M 6/10874, rapport du 1er mars 1937, M 6/10933, rapport du 2 octobre 1939, M 6/11151/A, rapport du 9 octobre 1940. — VM2/256 (pour François Bouvet). — Arch. Communales de la ville de Marseille, listes électorales de 1959 et de 1966. — Arch. comité national du PCF (J. Girault). — Rouge-Midi, 9 novembre 1935 (récit de son voyage en URSS), 19 octobre 1935, 28 mars et 2 juin 1939. — Provence Socialiste, 16 avril 1937. — Le Provençal. — Rouge-Midi (photo le 17 octobre 1944). — La Marseillaise, avril-mai 1945, 10 décembre 1946, puis presse locale pour les périodes électorales (nombreuses photos). — Marseille, revue municipale, 1947 ; Corse-Action, février-mars 1975. — A. Olivesi et M. Roncayolo, Géographie électorale des Bouches-du-Rhône, op. cit. — Indicateur Marseillais à partir de 1945. — M. Bernard, Les communistes dans la Résistance, Marseille et sa région, op. cit., p. 64 (t. 1) et 40 (t. 2). — Témoignage de Mme Goyet, née Tréziny. — Réponse de la militante au questionnaire en 1983. — Le Monde, 21-22 janvier 1990.

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