DUMESNIL DE GRAMONT Michel

Par Gilles Morin

Né en 1887, mort le 4 février 1953 ; fonctionnaire ; militant socialiste ; député à l’Assemblée consultative provisoire à Alger ; Grand maître de la Grande Loge de France.

Fonctionnaire au ministère de l’Éducation nationale, Michel Dumesnil de Gramont fut directeur adjoint des services de l’Office des recherches scientifiques durant 15 ans avant la 2e Guerre mondiale, désigné comme directeur des services communs (administratifs et financiers) de cet institut en octobre 1939, lorsque celui-ci fut transformé en CNRS.
Spécialiste de la langue russe, Dumesnil de Gramont traduisit en français une vingtaine d’ouvrages de grands auteurs russes contemporains (dont Maxime Gorki, Alexis Tolstoï ou Ivan Bounine). Écrivain, il publia une Histoire de la littérature allemande, une Histoire de la littérature russe ou un essai sur Marx et le marxisme, Le Prophète rouge.
Michel Dumesnil de Gramont fut militant socialiste, membre de la Ve section SFIO de la Seine, mais il fut surtout engagé dans la Franc-maçonnerie. À l’âge de 24 ans, il fut initié le 16 février 1919 à la Loge Cosmos 288, affiliée à la Grande Loge de France (GLF) par le vénérable Lucien Le Foyer, qui a été ultérieurement, de 1928 à 1930, grand maître de la GLF. Fait compagnon le 19 septembre 1920, il devint maître le 18 janvier 1921. Il fit alors partie du groupe qui « réveilla » la loge Le Portique, dont il devint le vénérable. Il fut membre fondateur de trois autres loges, Le Sagittaire en 1933, La Grande triade en 1948, La France en 1950 ou 1951.
Conseiller fédéral en 1923, il fut désigné grand secrétaire adjoint de la GLF en 1928, puis grand orateur adjoint en 1929, grand orateur en 1931, grand maître adjoint en 1933, enfin Grand maître de la GLF à quatre reprises, en 1934-1935, 1938-1940, 1944-1948, et 1950-1952. Il fut institué Grand maître d’honneur au convent de 1948. Il s’attacha à ancrer la GLF dans la voie traditionnelle et tenta d’opérer un rapprochement avec la Grande Loge d’Angleterre. Avec Antonio Coen*, il publia une grande étude sur la Franc-maçonnerie écossaise.
Michel Dumesnil de Gramont se présentait comme ayant été antimunichois (entretiens avec Pierre-Bloch). S’il semble effectivement avoir été hostile aux accords de Munich, il semble avoir eu jusqu’à la déclaration de guerre néanmoins une démarche pacifiste. Il s’efforça d’organiser un rapprochement entre « les forces spirituelles » contre « les forces matérielles », c’est-à-dire entre les églises, les organisations juives et la franc-maçonnerie, contre le nazisme, le fascisme et le communisme. Le 1er février 1939, il signa avec Arthur Groussier* une lettre adressée à Franklin Roosevelt, président des États-Unis. Après l’avoir remercié pour ses efforts à dénouer la crise de septembre 1938, ils lui demandaient de prendre l’initiative de réunir une conférence internationale « où seraient représentés tous les États intéressés et au cours de laquelle seraient étudiés, en pleine clarté, tous les problèmes éthiques et économiques qui divisent aujourd’hui les nations [...] ».
Dumesnil de Gramont fut directeur du cabinet d’Albert Sérol, ministre de la Justice, dans les cabinets Daladier et Paul Reynaud le 30 mars 1940, puis le 19 mai 1940. Après la défaite, il fut relevé de ses fonctions par Vichy en juin 1941, puis fut mis à la retraite d’office. Il se replia à Villefranche-de-Rouergue et à Saint-Céré, où il dirigea une exploitation forestière. De 1940 à 1943, date de son départ à Alger, il fut perquisitionné à plusieurs reprises, à Paris et à Saint-Céré. Il rencontra plusieurs fois de Monzie qui vivait là. L’ancien Grand maître d’une organisation dissoute et rapidement persécutée, refusa dans l’atmosphère de juillet-août 1940 de rédiger une lettre, comme celle des responsables du Grand-Orient (Groussier-Villard), qui acceptait de fait la dissolution et ne défendait pas la IIIe République. Il détruisit une partie des archives de la GLF à Niort, puis s’engagea en Résistance. Il a été l’un des fondateurs du groupe parisien de résistance à dominante maçonnique, Patriam recuperare, et milita dans le mouvement Libération-Sud en zone non-occupée. Il y travailla avec François Verdier, animateur de la région toulousaine, puis fut désigné par d’Astier de la Vigerie pour siéger à Alger à l’Assemblée consultative provisoire (ACP) comme délégué de Libération-Sud au titre du Conseil national de la résistance. Il rejoignit Londres par avion, le 22 septembre 1943, puis Alger le 23 octobre suivant. À l’ACP, il siégea comme rapporteur du budget. Il s’aperçut qu’à Alger les textes antimaçonniques de Vichy n’étaient pas encore abrogés par la France libre. Il sensibilisa à cette question Jacques Soustelle et Georges Gorse, qui n’étaient pas maçons, et Yvon Morandat qui n’était pas encore maçon à cette étape. Yvon Morandat intervient à ce propos devant l’Assemblée, et Charles De Gaulle répondit : « Nous n’avons jamais reconnu les lois d’exception de Vichy, en conséquence la Franc-maçonnerie n’a jamais cessé d’exister en France ». Puis il signa, le 15 décembre 1943, une ordonnance du Comité Français de Libération Nationale abolissant la législation antimaçonnique de Vichy, avec une formulation importante : ces associations étaient réputées « n’avoir jamais cessé d’exister ». Cette formulation réservait tous droits à la récupération des dommages subis pendant la guerre.
Réintégré dans les cadres du CNRS à la Libération et à son retour en France, sans que ses fonctions soient précisées, Dumesnil de Gramont devint président directeur général de la compagnie d’assurances L’Urbaine-capitalisation. Il poursuivit ses activités à la Grande Loge, dont le convent d’avril 1945 le confirma dans ses fonctions de Grand Maître, et s’opposa fermement et avec succès à la fusion des deux grandes obédiences françaises proposée par le Grand Orient et acceptée en son absence par plusieurs responsables de la GLF.
Quand il mourut en 1953, le général De Gaulle fit savoir « qu’il avait pour Dumesnil de Gramont une grande et confiante estime et qu’il éprouvait une très grande et profonde peine en apprenant sa disparition ».
Son épouse déposa une partie de sa documentation sur Alger à la BDIC à Nanterre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23314, notice DUMESNIL DE GRAMONT Michel par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 mai 2017.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1aII/3252 et 4721 ; 3/AG/1/354/182 entretien de Pierre-Bloch avec Dumesnil de Gramont, 2 octobre 1943 ; CAC, 19940500, art. 266. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 128 et 171. — Notes de Denis Lefebvre

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