DUISABOU Roger [DUISSABOU Marcel, Roger]

Par Antoine Olivesi, Claude Pennetier

Né le 5 février 1898 à Clairac (Lot-et-Garonne), mort le 5 octobre 1960 à Paris (Ve arr.) ; ouvrier ébéniste dans la branche métallurgie-voiture-aviation puis représentant de commerce ; instructeur du Parti communiste auprès de la région méditerranéenne (1925-1929), puis secrétaire régional jusqu’en 1932, instructeur du comité central en région parisienne en 1932, membre du comité central (1926-1932).

Fils d’un berger et d’une ménagère, doté d’une instruction primaire, Roger Duisabou (Duissabou sur l’acte de naissance) commença dans la vie professionnelle comme apprenti ébéniste. Après avoir effectué son service militaire en 1918-1920 au 3e groupe d’aviation à Bordeaux, il fut libéré en juin 1920. Il se maria en décembre 1920 à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) avec Yvonne Berthaud dont il divorça en 1939 pour se remarier à Clairac avec Julia Ricard.

Sympathisant communiste, il donna son adhésion à la section métaux-voiture aviation de Levallois (Seine) en janvier 1922. Deux ans plus tard, il était secrétaire du rayon « Clichy-Levallois » (XVIIe et XVIIIe arr.) du PC. Il habitait alors chez son beau-frère, 23 rue Marjolin à Levallois. Ebéniste, il avait travaillé du 13 février au 10 mai 1924 aux « chantiers aéromaritimes de la Seine » rue Pleyel à Saint-Denis (Seine) d’où il fut renvoyé pour fait de grèves. En août 1924, il recueillait pour le Parti communiste et la CGTU des informations sur les travailleurs de Citroën à Levallois-Perret.

Roger Duisabou arriva à Marseille au cours de l’été 1925 pour préparer la campagne contre la guerre du Maroc et il prit la parole, le jour du congrès de la région méditerranéenne, le 23 août. Il avait milité auparavant dans la région parisienne, dans le Nord aussi peut-être, puisqu’il avait été élu en deuxième position comme délégué par le congrès fédéral de cette région pour le congrès national de Clichy en janvier 1925. Désigné comme instructeur chargé d’organiser, avec Joseph Roque*, la région méditerranéenne, tous les deux, à l’automne 1925, signèrent le projet d’organisation. Duisabou assista, en février-mars 1926 à Moscou, au comité exécutif élargi de l’Internationale communiste où la commission française recommanda l’élimination de Treint et Suzanne Girault et la promotion de Seémard, Cremet et Thorez. Ce séjour laissera une tradition orale peut-être déformée : Robert Blanchet affirme que « Benoit Frachon lui avait raconté que Duisabou était allé voir Trotsky alors que celui-ci était déjà « suspect » » (renseignements recueillis par son petit-fils, Laurent Frajerman).

La mise en place de la Région méditerranéenne ne se fit pas sans difficultés. Ainsi, fin mars-début avril 1926, Duisabou, adressa une circulaire aux comités de rayons déplorant la division au sein du parti, et la mauvaise coordination entre les efforts tentés par ce dernier et les syndicats unitaires. Membre du CC depuis le congrès de Lille de juin 1926, il préconisa de renforcer la discipline dans le parti et de placer une majorité de communistes dévoués à la commission exécutive de l’ULU de Marseille.

En juin 1926, il se prononça pour la priorité à donner aux cellules d’usines, et non à celles de rues, au bureau régional. Peu après, au congrès de Beaucaire, Duisabou fut élu secrétaire régional à la commission de l’Agit-Prop. À la même époque, il fit campagne pour le Front unique auprès de certains militants SFIO de la 10e section contre les dirigeants locaux de cette dernière.

Aux élections législatives de 1928, il fut le candidat du Parti communiste dans la 8e circonscription de Marseille contre Fernand Bouisson et obtint 2 185 voix sur 20 290 électeurs inscrits. Il fut battu, quelques mois plus tard, en octobre, aux élections pour le conseil général dans le 9e canton où il recueillit 502 suffrages au second tour (541, au premier).

À l’automne 1928, Duisabou et Roques étaient en conflit avec les dirigeants du rayon de Marseille, Devos et Mouton, les uns et les autres s’accusant réciproquement d’incapacité. Des arbitrages divers se manifestèrent. Ainsi Polonsky, représentant de l’URSS à Marseille avait davantage confiance en Duisabou qu’en Roques, selon un rapport préfectoral du 4 décembre. Pourtant, en octobre, au cours d’une séance du conseil d’administration de la 8e URU, selon un rapport de police, Racamond avait accusé Duisabou et le bureau régional d’avoir mal utilisé des fonds « envoyés d’Union soviétique » pour la propagande. En janvier 1929, ce fut Semard qui vint à Marseille pour essayer d’améliorer les rapports entre la région et le rayon d’une part, entre l’URU et la région de l’autre.

Le 22 mars 1929, au cours d’un meeting, Duisabou attaqua violemment Sabiani « traître à notre parti et à la classe ouvrière » et dénonça la collusion entre la police locale et la garde du corps sabianiste « composée de la lie des bas-fonds et de la voyoucratie marseillaise ». On était alors en campagne électorale pour les élections municipales et l’alliance conclue entre le PC et Sabiani l’année précédente aux législatives contre la SFIO était rompue. À propos des élections municipales, Duisabou déclara au congrès des rayons du PC, à Marseille, qu’il n’escomptait guère de succès pour le PC mais que ces élections permettraient de compter les sympathisants. Il se déclara en revanche satisfait de la propagande unitaire. Il fallait surtout se préparer, à cette époque, à des luttes semi-clandestines. Adrien Mouton le décrit comme un homme de « haute stature » conduisant en personne la manifestation du 1er août 1929 à Marseille.

Un peu plus tard, Duisabou reconnut l’échec de la « journée révolutionnaire » du 1er août 1929 à Marseille et accusa, le 13 août, une partie des dirigeants de la 8e URU, notamment les dockers Ciavaldini et Nazzi, de n’avoir pas fait leur devoir à cette occasion. En septembre, il fit adopter le rapport moral au congrès départemental de la CGTU (Bouches-du-Rhône) contre une minorité d’opposants dirigée par les militants susnommés.

Après la retraite de Roques, Duisabou prit ouvertement la direction de la région. En octobre 1930, il aida Gabriel Péri* dans sa campagne lors de l’élection législative partielle dans la 2e circonscription, consécutive à la mort de Bernard Cadenat*.

Roger Duisabou, proche de l’équipe Barbé-Celor, fut plus tard remplacé par Adrien Mouton, puis par François Billoux* qui a souligné par la suite « son action courageuse à Marseille » dans les années difficiles. Ces difficultés apparurent, entre autres, lorsque la direction centrale du Parti décida la création d’écoles régionales de cadres. Lorsque Victor Fay* vint à Marseille dans ce but en mai 1930, Duisabou lui déclara : « Tu me démolis ma direction. » Et c’était vrai, commente Fay a posteriori.

Duisabou fit l’objet d’une attention particulière de la commission des cadres naissante. On lui demanda une autobiographie en décembre 1931 et des précisions sur son arrestation à Marseille le 27 avril 1931 dans le cadre de l’affaire Paul. Il assistait à certaines réunions du bureau politique en janvier 1932. Il signa, en décembre de la même année, un document sur le rayon de Boulogne comme « membre du bureau régional et instructeur du CC » ; il affirmait : toute la conférence du rayon de Boulogne « s’est dressée contre la position du CC sur le groupe », certains allant jusqu’à blâmer « la direction du parti qui veut se cacher derrière le groupe ». Privé de ses responsabilités dans le contexte de l’élimination du « groupe Barbé-Celor », sans qu’on l’accuse pour autant de liens directs avec celui-ci, interdit dans la région marseillaise (il souhaitait travailler à Toulon), interdit de poste de permanent, il gagna sa vie comme représentant de commerce en vin tout en militant à la base en région parisienne.

Duisabou eut ensuite des responsabilités, sur le plan national, à la CGTU puis à la CGT. En 1937, il appartenait au bureau de la Fédération des syndicats des voyageurs représentants. Il revint à Marseille le 14 juillet 1936. Mobilisé en 1939, il fut affecté à La Ciotat. Un rapport de l’époque rappelle qu’il avait subi trois condamnations, dont une le 24 mars 1927, à 25 francs d’amende par défaut, pour infraction à la police des chemins de fer, et deux autres, en 1931 et en 1932 (un mois de prison, notamment). « Il a laissé l’impression d’un homme très violent » et très hostile à la police, ajoute le rapport du 30 novembre 1939. Il fut démobilisé en juillet 1940.

Roger Duisabou rejoignit le Front national en août 1942 dans le Lot-et-Garonne et participa à l’organisation de la CGT clandestine dans le Sud-ouest puis le Sud-est. Sous le pseudonyme d’Arnaud, il dirigea la résistance des usines Grange à Agen, des Forges de Fumel, des Ateliers de construction métallique de Casteljaloux. Avec les ouvriers de cette ville, il créa une formation FTPF qui détruisit plusieurs fois la ligne de chemin de fer entre Tonneins et Langon. À partir de février 1944, menacé d’arrestation il passa à la direction de l’interrégion FN Aude et Hérault. Il participa au comité clandestin de Libération Languedoc-Roussillon comme représentant de la CGT (attestation du liquidateur national du Front national).

De 1945 à 1948, R. Duisabou fit partie de la commission administrative de la CGT. Secrétaire général par intérim de la Fédération nationale des syndicats CGT des représentants et voyageurs de commerce en 1945, il entreprit un long périple qui permit de reconstituer soixante-dix syndicats, dont beaucoup avaient été autonomes et de regrouper 21 000 adhérents. Il fut appointé, trois ans plus tard, en qualité de secrétaire général de ladite Fédération. Il habitait alors, et ce jusqu’à sa mort, 100 rue du Chemin Vert, à Paris (XIe arr.). Il était vice-président de l’Association France-Tchécoslovaquie. L’inhumation eut lieu le 5 octobre 1960 au cimetière de Dugny.

La Vie ouvrière du 19 octobre 1960, annonça son décès en le présentant comme un collaborateur du bureau confédéral, membre du bureau de la Fédération nationale et président de la Chambre syndicale des voyageurs représentants et placiers décéde des suites d’une longue maladie.

Époux de Julia Ricard née le 5 juillet 1911 à Boussac (Creuse), il était père de deux enfants, l’un né en 1934, l’autre en 1943.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23272, notice DUISABOU Roger [DUISSABOU Marcel, Roger] par Antoine Olivesi, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er octobre 2018.

Par Antoine Olivesi, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 270 495 8435 ; 517 1 846. — Arch. Nat. F7/13050 et F7/13104. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M 3/56 (rapport du 3 avril 1928) et 57 (rapports des 12 et 16 octobre 1930) ; III M/50 ; V M 2/282 ; M 6/10802, rapport du 6 novembre 1925 ; M 6/10803, rapport du 24 août 1925 ; M 6/10804, rapports des 1er et 3 avril, 3, 7 et 15 juin 1926 ; M 6/10805, rapport du 19 août 1926 ; M 6/10807, rapports des 16 octobre, 22 novembre, 4 décembre 1928 ; M 6/10808, rapports des 23 et 24 mars, 11 et 14 août, 10 septembre et 15 décembre 1929 ; M 6/10809, rapport du 13 juillet 1936 ; M 6/11246, rapport cité du 2 novembre 1939. — Arch. Jean Maitron. — F. Billoux, Naissance et essor du Front populaire, op. cit., p. 140 — P. Robrieux, Thorez, op. cit., p. 86. — P. Delon, Les Employés, op. cit., p. 109. — D. Tartakowsky, Les Premiers communistes français, op. cit., p. 122. — Adrien Mouton, Notes d’un vétéran, op. cit. — Renseignements communiqués par Laurent Frajerman.

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