DUCROUX Joseph, dit DUPONT, dit Serge LEFRANC

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 24 mai 1904 à Belleville-sur-Saône, commune de Belleville (Rhône), mort le 26 février 1980 ; militant communiste spécialiste des questions asiatiques ; dirigeant des éditions du Parti communiste.

Joseph Ducroux était le plus jeune fils d’un vigneron métayer du Beaujolais, socialiste, mort accidentellement en 1911. Ses trois frères, socialistes également, mobilisés en 1914, revinrent blessés ou gazés. Joseph Ducroux fit ses études à l’école communale - où l’instituteur lui enseigna des rudiments d’anglais et d’allemand -, puis de 1916 à 1920, à l’école primaire supérieure de Tarare. Admis au concours des bourses de séjour en Angleterre, il passa deux ans dans un collège de Bristol où il acquit une formation commerciale. Il fut alors engagé à l’agence Cook de Paris, et adhéra au Parti communiste en 1923, puis aux Jeunesses communistes (il devint secrétaire de la 16e section).
Sur la demande de l’Internationale communiste, il se fit transférer à l’agence Cook de Marseille en 1925. Il milita alors sous le pseudonyme de Dupont (il enseigna l’histoire du mouvement ouvrier). Comme secrétaire de la Fédération, il prit en charge les campagnes électorales et participa activement à la lutte antimilitariste dans toute la région méditerranéenne (il fut arrêté le 7 juin 1925 pour avoir distribué des tracts contre la guerre du Maroc). La même année il quitta son emploi à l’agence Cook pour devenir permanent des JC en tant que responsable du travail antimilitariste pour la région Sud-Est, travail clandestin qui l’obligea à renoncer aux activités publiques du « travail de masses ».
À la suite des soulèvements en Chine de 1925, l’IC fit appel à ses partis dans différents pays pour organiser un travail de propagande en Chine. Ducroux fut désigné pour une mission à Shanghai, à cause de sa connaissance de l’anglais et de sa spécialisation dans le travail antimilitariste. Il partit en juin 1926 pour Moscou (avec le passeport de Célor), puis gagna Vladivostok et Shanghai, où il arriva en juillet 1926. Accueilli par les collaborateurs de l’IC, il fut chargé d’écrire des articles en anglais ; sa mission était mal définie, les contacts avec les troupes françaises d’intervention étaient rares et difficiles (engagés volontaires de l’infanterie coloniale ; marins consignés sur les navires). Il apprit le russe en attendant.
Au début de 1927, il revint à Moscou pour rendre compte de sa mission et fut renvoyé à Shanghai avec des instructions plus précises. Il arriva le 20 mars au moment où le Kuomintang occupait la ville. En contact avec des communistes chinois il participa à un travail d’agitation parmi les troupes étrangères (rédaction de tracts expliquant l’éveil du nationalisme chinois, etc.). Le 12 avril commença la répression par Tchang Kai Chek : les communistes chinois furent arrêtés et massacrés. Ducroux fut alors chargé de plusieurs missions de contact entre l’IC et l’Armée Rouge et le PC chinois, à travers la Chine : septembre 1927, Souateou ; octobre-novembre, Tsingtao, Tientsin et Pékin ; novembre, Hankeou ; février-mars 1928, Hongkong et Canton.
En avril 1928 toute la délégation de l’IC de Shanghai fut rappelée à Moscou. Ducroux revint à Paris en mai, et en octobre retourna à Moscou. Il avait été rappelé par l’ICJ dont il devint collaborateur politique, affecté à la section d’Extrême-Orient, en tant que responsable des questions de l’Inde. En 1925, il participa à la conférence anticolonialiste de l’ICJ à Berlin.
Malgré son désir de rentrer en France, pour travailler dans les organisations françaises, et bien que la Fédération des JC de France (R. Guyot) et le PCF (P. Semard) l’aient réclamé pour l’envoyer en Algérie renforcer les cadres du Parti, l’ICJ et l’IC décidèrent de lui confier une mission d’aide aux organisations communistes en Inde.
Après avoir appris un système de codage, au Département des Relations Extérieures de l’IC (en russe, OMS), placé sous la direction d’Abramov, il rentra en France et prépara, seul, sa mission. C’est à ce manque de préparation de la part de l’IC qu’il attribua plus tard l’échec de sa mission. Après s’être vu refuser un visa britannique qui lui aurait permis de se rendre directement de Marseille en Inde, il prit l’identité de Serge Lefranc, et se procura, par relations personnelles, une représentation commerciale en outillage, et une en vins.
En janvier 1931 il partit pour Moscou d’où il dut gagner à nouveau Shanghai et s’efforcer d’atteindre l’Inde. À Moscou Abramov le chargea également de retrouver, à Shanghai et à Hongkong, les traces de Jean Crémet*, disparu depuis un an ; ces recherches ne donneront aucun résultat.
À Shanghai, Joseph Ducroux rencontra Paul Ruegg dit Hilaire Noulens, représentant de l’OMS qui lui donna des instructions sur la suite de sa mission, et lui demanda de souscrire pour lui des abonnements de la presse d’Indochine, et de la presse britannique de Singapour. À Hongkong, il rencontra Nguyen Aï Quoc, alors exilé d’Indochine, qui le chargea de prendre contact à Saïgon avec les représentants du PC indochinois, et lui demanda également de lui faire adresser les journaux indochinois. Après un bref séjour à Saïgon, où il établit les contacts demandés, J. Ducroux rentra à Hongkong, fit renouveler son passeport et partit pour Singapour.
Il y arriva le 27 avril 1931, loua un local commercial et amorça une prospection d’affaires, en attendant de pouvoir faire une demande de visa pour l’Inde. Mais il avait été pris en surveillance dès son arrivée par la section politique de la police anglaise, et à son premier rendez-vous avec deux délégués du PC chinois en Malaisie il fut arrêté, le 1er juin 1931. Les numéros de boîtes postales trouvés sur lui entraînèrent l’arrestation de Nguyen Aï Quoc à Hongkong et de Noulens à Shanghai.
Joseph Ducroux fut condamné à dix-huit mois de prison pour fausse identité. Il les passa au secret, dans le quartier des condamnés à mort, à la prison de Singapour. En novembre 1932 il fut « rapatrié » à Saïgon. Pendant son transfert, il réussit à alerter les organisations françaises et internationales. Commença alors en France une campagne de presse pour sa libération (l’Humanité, La Défense, etc.), et il reçut l’assistance d’un avocat du Secours rouge. Il passa à nouveau en jugement et fut condamné à un an de prison (le texte du jugement le désignait comme « fondateur du PC de Malaisie » !). Le Comité pour le Rapatriement de Ducroux organisa un meeting de protestation le 21 février 1933 dans le XVIIIe arr. Ramené à Marseille, il termina sa peine à la prison Saint-Pierre. Il fut libéré le 3 novembre 1933.
Après avoir repris contact avec les dirigeants du PCF, il regagna Moscou en janvier 1934. « Reçu fraîchement » à l’IC il rédigea un rapport qui ne fut ni étudié ni discuté. Son échec fut critiqué par le secrétariat de l’IC, qui décida de l’affecter aux services d’éditions de l’IC. Sur sa demande, il rentra en France où il devint collaborateur de Léon Moussinac* aux Éditions Sociales Internationales. Il épousa, en 1935, une étudiante en médecine d’origine roumaine, Flora Ségal.
En 1936 il fut secrétaire du Comité de Front populaire XIXe arr. ; il participa activement à la campagne électorale, mais ne put pas être candidat en raison de sa condamnation.
Après la Seconde Guerre mondiale durant laquelle il fut fait prisonnier, J. Ducroux dirigea les Éditions Sociales jusqu’en 1955. Il s’attacha notamment à reconstituer le fonds de Classiques du marxisme des anciennes Éditions Sociales Internationales qui avait été détruit ou dispersé sous l’Occupation. Sous sa direction technique fut entreprise la publication du Capital et des œuvres complètes de Marx et Engels. En 1955 il fut remplacé à la direction des Éditions Sociales par Guy Besse. Ducroux entra alors à la Banque commerciale de l’Europe du Nord qu’il quitta au moment de sa retraite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23190, notice DUCROUX Joseph, dit DUPONT, dit Serge LEFRANC par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Roumanie, chantier de la vie nouvelle.

SOURCES : Arch. RGASPI, dossier personnel de J. Ducroux. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10803, rapport des 8 et 9 juin 1925 ; M 6/10804, rapport du 10 juin 1926. — Arch. d’Outre-Mer, Aix, F7/73 (Strait Settlements Police Political Intelligence Journal, supplément n° 4 au n° 11 du 30 novembre 1932). — Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 26, mars-avril 1972, « Un communiste français en Chine et en Indochine ». — Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes, n° 12, 1983, entretien de René Hilsum* avec Claude Willard, p. 106-108. — Le Monde, 7 mars 1980. — Jean Lacouture, Hô Chi Minh, Le Seuil 1967, p. 52-53. — Henri Barbé*, Souvenirs ; op. cit., p. 155. — J. Ducroux, Écrits inédits. — Renseignements communiqués par sa fille, F. Frontici-Ducroux.

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