DUCREUX Maurice, Louis, Jean

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

Né le 25 mai 1924 à Paris (XIe arr.), mort le 4 août 1985 à Paris (XIVe arr.) ; séminariste de la Mission de France à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) en 1946-1947, prêtre à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine) de 1950 à 1952, Alfortville (Seine, Val-de-Marne) de 1952 à 1963, Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine) de 1964 à 1966, Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1969 à 1985 ; marchand de journaux (1946), employé au comité des mal-logés d’Alfortville (1954-1956), urbaniste (1957-1980) ; conseiller national du Mouvement de la paix (1955).

Issu de la bourgeoisie catholique de Caen, Maurice Ducreux fréquenta le petit séminaire de La Maladrerie dans cette ville avant d’entrer au séminaire de la Mission de France à Lisieux : « En 1944, j’ai choisi Lisieux parce que je sentais, avec bien d’autres, l’absence de l’Église dans tout un monde. Je comprenais qu’il y avait là une recherche de formes nouvelles de sacerdoce devant permettre à l’Église d’être présente par des prêtres dans des secteurs de vie où le Christ était absent. Ce n’est pas un séminaire que j’ai choisi mais une forme de sacerdoce », écrira-t-il au cardinal Liénart en 1954.

En 1946-1947, au cours d’un stage de travail comme vendeur de journaux à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), de multiples contacts lui montrèrent combien l’Église présentait « un visage trop riche pour être reconnu dans le monde des pauvres ». Un petit groupe de « missionnaires laïcs » se forma autour de lui avec Jean Fourgous, Philippe Munck*, de la Fédération CGT des services publics, et sa femme Marie-Thérèse. Lié à Madeleine Delbrêl et son équipe, Maurice Ducreux eut de bonnes relations avec le maire communiste, Georges Marrane. Pendant cinq ans, il allait être moniteur de la colonie municipale qui comprenait plus de 800 enfants. Il découvrit ainsi d’autres militants : « La foi est difficile à vivre dans ces milieux marxistes, la suspicion, les mises en garde des milieux chrétiens n’étaient pas faites pour nous soutenir », dit-il. « J’ai senti le besoin de faire équipe. Avec des prêtres de la Mission de Paris et des amis qui se posaient le même problème d’évangélisation à partir de leurs engagements nous nous sommes réunis pour découvrir une foi et une forme de vie qui porte témoignage. »

Au terme de quatre années d’études à Lisieux, Maurice Ducreux rencontra le cardinal Feltin pour lui expliquer le type de sacerdoce, proche de la vie du peuple, auquel il aspirait, et ce dernier l’ordonna prêtre du diocèse de Bayeux le 24 juin 1950. D’abord vicaire de Saint-Pierre Saint-Paul au Grand Colombes, paroisse animée par le père Michonneau, il fut nommé à Notre-Dame d’Alfortville en 1952. Vicaire auxiliaire, il fut progressivement déchargé des tâches paroissiales pour mettre en place un comité local de mal-logés et une coopérative de construction, Baticoop, en 1954-1956. Il se consacrait en même temps à la Confédération générale du logement (CGL). Il restait en relation avec des laïcs rencontrés dans la vie missionnaire, en difficulté avec l’Église surtout depuis l’affaire des prêtres-ouvriers et de La Quinzaine. En 1955, désormais incardiné à la Mission de France, il entra au conseil national du Mouvement de la paix et fut invité pendant un mois en Indochine nord. L’année suivante, il fut aussi chargé d’assurer une liaison entre le Centre hospitalier universitaire et les communautés chrétiennes de Paris sud.

En 1957, Maurice Ducreux eut l’occasion de participer à des enquêtes du Bureau d’études et de réalisations urbaines (BERU), fondé par son ami Max Stern* à Paris sous la forme d’une coopérative ouvrière de production. Il devint ainsi cadre à temps plein, l’un des soixante salariés du BERU, avec l’accord des autorités ecclésiastiques. Son travail, accompli aussi bien dans la région parisienne qu’en province, consistait en études de rénovation ou de développement sur des quartiers insalubres, des agglomérations inadaptées à l’évolution moderne ou des groupements d’urbanisme. À partir de 1961 et pendant au moins cinq ans, il prépara le plan d’urbanisme et le schéma directeur de l’agglomération rouennaise. En 1967, dans le cadre du ministère de la Coopération, il fut envoyé au Zaïre avec Patrice Rauszer, architecte, pour contribuer à l’établissement des plans d’urbanisme de la capitale et de ses faubourgs. Il commit aussi une étude sur le développement urbain de Kinshasa (Congo).

Sa bonne connaissance de la banlieue sud, de Montrouge à Vincennes, lui valut de prendre part en 1964 à un programme important de Travail et Culture dans ce secteur. Il gardait de nombreux liens parmi les syndicalistes d’Ivry et à la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP).

Arrivé à Gennevilliers en 1964, dans une autre équipe de la Mission de France, puis rattaché à son équipe scientifique depuis 1967, Maurice Ducreux fut responsable d’études jusqu’à la liquidation du BERU en 1980. Il s’occupa ensuite du MRAP et de collectifs réunis autour de problèmes rencontrés par les marginaux tels que les gitans à Ivry et les immigrés.

Opéré d’un cancer en 1984, il mourut à l’hôpital Jourdan de Paris. Il avait été nommé tuteur de trois enfants « pupilles de la nation ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23180, notice DUCREUX Maurice, Louis, Jean par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 juin 2015.

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Avec Serge Adda, L’espace industriel en question. Éléments pour une recherche sur le processus de désindustrialisation de la région parisienne. Le cas de la zone industrielle de Saint-Denis/Aubervilliers, recherche urbaine, UDRA/ESA (unité de recherche appliquée de l’école spéciale d’architecture), février 1980, 208 p. — Avec Madeleine Delbrêl, Analyse de la situation d’Ivry, manuscrit, Archives historiques de l’archevêché de Paris, fonds Feltin. — Collaboration à La Quinzaine, 1954. — « Le phénomène urbain à Kinshasa, évolution et perspectives », extrait de Études congolaises, vol. XII, 4, octobre-décembre 1969, p. 117-142.

SOURCES : Arch. de la Mission de France, registre du séminaire ; Brève Monographie..., janvier 1981. — CAMT Roubaix, 1996028 0062, 0067 à 0069, 0150, 0254, 0259, 0265 ; 1997015 0163. — Arch. historiques de l’archevêché de Paris, fonds Feltin, DXV5. — Lettre aux stagiaires, Mission de France, 15 décembre 1946. — Courrier Informations, Mission de France, 24, 18 décembre 1984 ; 25, 2 février 1985. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire 1941-2002, Karthala, 2007. — Témoignages de Marie Barreau, 8 juin 1995 ; des « filles du père Monier », Ivry-sur-Seine, juin 1995 ; de Gérard Maes, 6 novembre 1997. — Bernard Shaefer, BERU-CORDA. Une aventure professionnelle et humaine, texte inédit, 2007. — Extrait de Études congolaises, vol. XII, 4, octobre-décembre 1969, Bibliothèque Saint-François de Sales, http://donboscordc.org/pmb/opac_css/index.php?lvl=author_see&id=7876, février 2012. — Maryvonne Prévot, Catholicisme social et urbanisme. Maurice Ducreux (1924-1985) et la fabrique de la Cité, Rennes, RUR, 2015. — Notes d’Étienne Fouilloux.

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