DUBOIN Jacques

Par Michel Dreyfus

Né le 17 septembre 1879 à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie), mort le 17 mars 1976 à Versailles (Yvelines) ; député, économiste, animateur de la Ligue pour le droit au travail et le progrès social puis du Mouvement français pour l’abondance de 1934 à sa mort.

La carrière de Jacques Duboin ne commença pas au sein du mouvement ouvrier : il s’établit en effet comme industriel et banquier à Paris. Il s’engagea volontaire pendant la Première Guerre mondiale, servit comme capitaine d’artillerie sous les ordres du général Destienne et fut décoré de la croix de guerre.
Il avait commencé à s’intéresser à la vie locale en Haute-Savoie et fut élu conseiller municipal d’Annecy puis conseiller général de Haute-Savoie. Il se présenta aux élections législatives du 16 novembre 1919 sur la liste d’Union républicaine mais échoua. S’étant à nouveau présenté lors de l’élection partielle du 27 février 1921, il emporta le siège comme candidat du bloc républicain de gauche. En tant que député, il fit partie de diverses commissions et s’intéressa particulièrement aux questions financières, économiques et sociales. Il intervint également le 14 mars 1922 à la Chambre des députés en faveur de la modernisation de l’armée française.
Réélu en 1924 sur la liste du Cartel des gauches il fit alors partie de la majorité parlementaire et continua ainsi son activité. Il fut sous-secrétaire d’État mais pour un mois à peine, dans le dixième cabinet Briand en juin 1926. Mais il échoua, à une faible majorité, aux élections générales du 29 avril 1928.
Il renonça alors à la vie parlementaire. Selon le témoignage de l’un de ses amis, son expérience parlementaire lui avait fait comprendre que les « changements structurels nécessités par le développement des forces productives ne seraient jamais entrepris par les parlements ». Aussi Jacques Duboin abandonna-t-il son activité proprement politique pour se consacrer plus profondément à la recherche économique et à l’action militante.
Il fut partiellement marqué par les effets de la crise économique mondiale de 1929 et les mouvements qu’il anima à partir de ces années s’efforcèrent d’apporter des solutions à cette crise. En 1932 il publia La Grande relève des hommes par la machine dans lequel il exposait ce qui allait être l’essentiel des thèmes de « l’abondancisme » comme ce mouvement fut parfois appelé.
La crise économique battait alors son plein ; les pays industrialisés comptaient selon les statistiques internationales du Bureau international du travail (BIT) plus de 35 millions de chômeurs. Toute la pensée de Jacques Duboin consista à montrer que le système capitaliste reposant sur le profit était devenu complètement inadapté à une époque où, par le développement des techniques et de la science, l’abondance pouvait être envisagée pour tous. Aussi, s’affirmait-il partisan d’une « économie distributive » qui reposerait sur une répartition nouvelle du pouvoir d’achat telle qu’elle permette d’absorber tous les produits de la société industrielle. Chaque individu recevrait toute sa vie un revenu social correspondant à ses besoins et calculé en fonction des biens de consommation et des services. Ce revenu social serait payé par l’État. Par ailleurs, chaque individu accomplirait un certain travail mais il n’y aurait pas nécessairement de lien entre le montant du revenu social et le travail effectué.
Jacques Duboin fonda en 1934 la Ligue pour le droit au travail et le progrès social qui se transforma ensuite en « Droit au travail » puis en « Mouvement français pour l’abondance » et publia à partir de 1935 un journal : La Grande relève des hommes par la science ; ce titre changea en septembre 1938 pour celui de L’Abondance, la grande relève des hommes par la science.
L’influence de Jacques Duboin et du mouvement abondanciste furent particulièrement importants et s’exercèrent dans des milieux comme ceux des groupes Révolution constructive et JEUNES (Jeunes équipes unies pour une nouvelle économie sociale) ; ce dernier groupe était animé par Jean Nocher*.
Jacques Duboin écrivit également dans L’Œuvre jusqu’en 1939 puis dans La France au travail pendant la Seconde Guerre mondiale et ensuite dans La Grande relève des hommes par la science, organe du Mouvement français pour l’abondance, jusqu’à sa mort. Selon son propre témoignage il s’était finalement défini lui-même comme « un socialiste venu de loin » (La Grande relève des hommes par la science, n° 742, janvier 1977).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23031, notice DUBOIN Jacques par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Réflexions d’un français moyen, Payot, 1925, 122 p. — La France malade financièrement peut et doit guérir, Chiron, 1926, 40 p. — La stabilisation du franc, Marcel Rivière, 1927, 268 p. — Nous faisons fausse route. Préface de Joseph Caillaux, Édition des Portiques, 1932, 186 p. — La grande relève des hommes par la machine, Éditions nouvelles, 1932, 345 p. — Ce qu’on appelle la crise. Extraits d’articles parus dans L’Œuvre, année 1933-octobre 1934, Éditions nouvelles, 1934, 220 p. (Réédité chez Fustier en 1936, 192 p.). — La grande révolution qui vient, Éditions nouvelles, 1934, 212 p. — Kou l’ahuri, Éditions nouvelles, 1935, 200 p. — En route vers l’abondance, Fustier, 1935, 2 volumes 189 et 179 p. — Lettre à tout le monde, Fustier, 1937. — Libération, des bras à la machine, de la disette à l’abondance, Grasset, 1937, 260 p. (réédité à Paris chez Ocia en 1946, 248 p.) — Égalité économique, Grasset, 1938, 284 p. — Demain ou le socialisme de l’abondance, Ocia, 1940. — Rareté et abondance. Ocia, 1940, 440 p. — L’économie distributive de l’abondance. Mesures transitoires, Ocia, 1946, 106 p. — Les hommes sont-ils naturellement méchants ? Ocia, 1947, 88 p. — L’Économie distributive et le péché originel, Ocia, 1948, 72 p. — L’économie distributive s’impose, Ledis, 1950, 96 p. — L’économie politique de l’abondance, Richard, 1951, 157 p. — Les yeux ouverts. Espoirs et besoins de l’homme, Éditions Jeheber, 1955. — Collaboration aux journaux cités dans la biographie.

SOURCES : Dictionnaire des parlementaires français, p. 1503-1504. — La Grande relève des hommes par la science, 1935-1936, passim ainsi que 1976 et 1977, passim et particulièrement n° 733, mars 1976 et 744, mars 1977. — L’abondance, la grande relève des hommes par la science, 1938-1939, passim. — P. D. : « Jacques Duboin est mort », Le Monde, 19 mars 1976.

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