DRUBAY André, Victor

Par Alain Dalançon, Pierre Pétremann

Né le 26 octobre 1918 à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), mort le 21 novembre 2004 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) ; professeur de lettres ; militant de la FEN et du SNES, membre du bureau national (1956-1977), secrétaire général (1967-1971), secrétaire général de la FIPESO (1971-1982).

Congrès SNES 1971
Congrès SNES 1971
(coll. IRHSES)

Fils unique de Victor Drubay, agréé auprès du tribunal de commerce de Montereau, mort aux armées le 10 mars 1918, et de Madeleine Porcher, sans profession, puis fonctionnaire au titre de veuve de guerre dans l’administration des Assurances sociales, André Drubay vécut avec sa mère à Saint-Quentin (Aisne). Pupille de la Nation, il effectua ses études jusqu’en classe de 4e, de 1923 à 1931, à l’Institution Saint-Jean, puis fut élève, de 1931 à 1935, au lycée Henri Martin, dont il devint plus tard le président de l’amicale des anciens élèves. Bachelier (série philosophie) en 1935, il entra en première supérieure au lycée Lakanal de Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine) , où il demeura quatre années, tout en suivant les deux dernières années les cours à la Sorbonne pour préparer une licence de lettres.

Fervent catholique, André Drubay exerça vite des responsabilités aux Scouts de France où il était entré en 1930. Tout au long de sa vie militante, il fut imprégné par l’idéal du scoutisme défini par son fondateur en France, le père Sevin : l’Amour (« aimer le jeune tel qu’il est et pour ce qu’il est appelé à être »), la Joie (« celle de l’oubli de soi, celle qui est contagieuse »), et la Confiance (comme disait Baden Powell : « Même dans les pires canailles, il y a toujours 5 % de bon. Croire sur parole, et croire capable du mieux ») ; et il garda le souvenir des rencontres internationales de scouts (jamboree). En khâgne, il commença à s’intéresser à la politique en partageant les analyses d’Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit, contre les ligues fascistes et le nazisme, pour le Front populaire, contre Munich et pour les républicains espagnols.

Mobilisé dans l’Infanterie le 16 septembre 1939, André Drubay fut candidat élève officier de réserve, passa quatre mois à Rennes, et devint sergent de l’armée de l’Air, à Vincennes jusqu’en mai 1940, puis à l’état-major de la 2e Région aérienne de Toulouse, où il fut démobilisé le 30 septembre 1941. Il termina en 1942 sa licence de lettres à la faculté de cette ville, tout en étant permanent dans la branche aînée des Scouts de France. Membre du réseau clandestin de diffusion des Cahiers du Témoignage chrétien , il fut arrêté en novembre 1942 par la police de Vichy mais relâché, faute de preuves. Il se déplaça ensuite à Lyon où il fit son stage d’agrégation au lycée Saint-Rambert et prépara le diplôme d’études supérieures obtenu en novembre 1943, tout en continuant à travailler pour les Scouts de France. De retour à Paris à la fin de l’année pour y préparer l’agrégation, il poursuivit son activité dans son mouvement scout devenu clandestin jusqu’à la Libération, puis au Scoutisme Français de 1944 à 1946 ; à ce titre, il fut membre de l’Union patriotique des organisations étudiantes. Il épousa le 11 septembre 1945 Jacqueline Chauduet, secrétaire, rencontrée dans le scoutisme, avec laquelle il eut cinq enfants nés entre 1946 et 1955.

André Drubay commença à enseigner à la rentrée scolaire 1945 comme délégué rectoral au collège Paul Lapie de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine), puis au collège Cassini de Clermont-de-l’Oise (Oise), puis au lycée Marceau de Chartes (Eure-et-Loir) où il adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire en janvier 1946. En juillet de la même année, il fut reçu au concours du certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges puis nommé professeur certifié au collège Cassini, où il demeura jusqu’en 1955. Il fut ensuite muté au lycée Marcel Roby de Saint-Germain-en-Laye, poste sur lequel il termina sa carrière en 1981, promu par liste d’aptitude au grade de professeur agrégé.

L’itinéraire syndical de Drubay commença véritablement en octobre 1947, quand il devint secrétaire adjoint de sa section d’établissement (S1), s’engageant alors dans la bataille contre les zones de salaire et créant un comité cantonal afin de réaliser l’unité d’action des différents syndicats. Il participa aux réunions de la section départementale de l’Oise de la Fédération de l’Éducation nationale, à celles de la section académique du SNES de Paris et celles de l’union locale de la CGT. Il fut délégué de son département au congrès national de la FEN de mars 1948 qui décida le passage de la fédération à l’autonomie. Partisan du maintien à la CGT, il accepta cette autonomie, par crainte de voir se disperser le syndicalisme enseignant mais fut particulièrement choqué par l’anticommunisme de la majorité, l’exclusion de la direction du SNES de militants de valeur, Louis Guilbert et Jacqueline Marchand, avec lesquels il entretint par la suite une longue amitié, et choisit la double affiliation à la FEN-CGT. Il mena dès lors une double activité militante syndicale.

Élu à la commission administrative de la FEN-CGT au congrès de juillet 1949, André Drubay accéda à son bureau national en 1952. Il désapprouva l’intervention du bureau politique du Parti communiste français de janvier 1954, appelant les instituteurs communistes à militer exclusivement dans le Syndicat national des instituteurs, ce qui porta un coup fatal à la double affiliation et conduisit la secrétaire générale, Jacqueline Marchand, à la démission. Il assura alors l’intérim du secrétariat général en 1955, convoqua la CA amputée des enseignants du primaire et du secondaire, afin de donner à la fédération un fonctionnement centré sur les syndicats restés à la CGT en 1948 (des centres d’apprentissages et des agents). Il se retira ensuite du bureau à la fin de l’année 1955, tout en restant double affilié jusqu’en 1962.

Dans le SNES autonome, Drubay exerça la responsabilité de secrétaire de la section départementale (S2) de l’Oise jusqu’en 1955, puis à partir de 1957, de celle de la Seine-et-Oise. Il fut candidat pour la première fois en 1953 au secrétariat de catégorie des certifiés du SNES sur la liste « B » et fut élu à la CA nationale en 1954 puis au bureau national en 1956, sièges qu’il occupa jusqu’en 1977, en même temps qu’il était membre de la CA fédérale depuis 1966.

À cette époque, André Drubay s’engagea dans d’autres combats. Il fut secrétaire départemental de l’Oise et membre du comité national du Mouvement de la paix, de 1951 à 1954, et participa à la lutte contre le traité de Communauté européenne de Défense. Membre de la Paroisse universitaire à partir de 1955 et proche de l’équipe de La Quinzaine, il participa aux combats pour la laïcité dont il fut toujours un ferme défenseur. Après la lutte contre les lois Marie-Barangé dans l’Oise, il constitua un comité cantonal d’action laïque à Saint-Germain-en-Laye qui participa activement à la campagne pétitionnaire contre la loi Debré en 1960. Partisan très tôt de la paix en Algérie, il participa en 1958 à la création d’un Comité de défense et d’action républicaine et combattit les actions de l’OAS, ce qui lui valut des menaces de mort en décembre 1961. Durant les années 1960, il fut tenté par l’adhésion au Parti socialiste unifié, mais en fut détourné à cause des luttes de chapelles qui s’y manifestaient, et resta toujours sans adhésion partisane, se consacrant essentiellement au militantisme syndical.

Passionné par son enseignement aux jeunes élèves et désireux de l’adapter à un mouvement de démocratisation du second degré en marche, André Drubay fit voter au congrès national du SNES de 1957 une motion proposant au syndicat de se saisir d’une réflexion sur les mesures Berthoin concernant l’entrée en 6e et l’enseignement du latin. Il fut alors sollicité par le secrétaire pédagogique de la majorité autonome, Pierre Sénécat, pour animer une commission ad hoc sur le sujet. Mais la motion qu’il déposa au congrès de 1961, soutenue à la fois par Sénécat et Jean Petite, visant à un assouplissement de la position syndicale (pas de corps spécial de professeurs du cycle d’observation et deux trimestres de latin en 6e constituant un « banc d’essai ») fut battue par les partisans du maintien du latin dès le premier trimestre. En 1963, avec Petite, il soutint à nouveau la position du nouveau secrétaire pédagogique du SNES, Jean Marchais, visant à reporter l’enseignement du latin en 5e, qui fut à nouveau battue à la suite d’un référendum des syndiqués.

Ce débat pédagogique de fond intervenait au moment où le système des tendances était objet de discussion dans le SNES et la FEN, jusqu’à l’intérieur du courant « ex-cégétiste ». Au congrès du SNES de 1959, Drubay déposa un projet de motion pour faire vivre un débat démocratique associant l’ensemble des courants de pensée. Sur ces bases, il participait depuis 1957 à l’animation du courant « hors tendance » apparu dans son département et devint secrétaire pédagogique de la section académique (S3) de Paris durant la période de « cogestion » entre militants « autonomes » (Louis, Paul Letonturier) et de la liste« B », (Victor Leduc) de 1960 à 1966.

Dans le courant « B » du SNES, les désaccords sur la stratégie et la pratique de tendance s’aiguisèrent en 1962, y compris entre militants communistes, au point que son unité fut mise en péril. Drubay, désigné tête de liste, s’attacha, avec ses camarades des différents S3, à en maintenir la cohésion, en organisant un réseau de correspondants et en envoyant une lettre régulière permettant le débat, pour élaborer des listes de candidats et surtout un ensemble de propositions Unité et Action. Il rencontra le soutien et l’appui de Gérard Alaphilippe, devenu à partir de 1964 le principal militant communiste de la liste, bénéficiant de la confiance de la direction du PCF, à la place de Maurice Loi.

En 1964, André Drubay proposa au nom d’« Unité et Action » la mise sur pied d’une stratégie d’action revendicative unitaire continue qui déboucha sur la décision de la grève administrative du SNES et du Syndicat national de l’enseignement technique en 1965. L’échec de la prolongation du mouvement qui conduisit à son arrêt, dont il fut partisan au congrès de Pâques, de même qu’Alaphilippe et la direction autonome du SNES (Pierre Dhombres), fut à l’origine de nouvelles dissensions dans le courant de pensée, qu’il tenta d’apaiser en conduisant une liste réunissant tous les militants U-A aux élections du SNES de 1966 qui obtint la majorité, mais insuffisante pour atteindre la majorité absolue dans la première CA nationale du nouveau SNES, de sorte que Louis Astre et Robert Mondot (autonomes) furent élus co-secrétaires généraux.

L’union entre le SNES et le SNET, programmée depuis la Libération, en marche depuis 1960, venait en effet de se concrétiser en 1966, soutenue par les militants U-A du SNES et ceux du courant « Unité pour une action syndicale efficace » du SNET. Drubay entretenait depuis plusieurs années des rapports de plus en plus étroits avec ces derniers, dont la tête de liste était Étienne Camy-Peyret. La communauté de vues entre les deux courants minoritaires permit l’organisation du courant « Unité et Action » qui obtint la majorité aux premières élections au collège unique à la CA nationale du nouveau SNES en 1967. Il proposa aux militants « autonomes » de partager les responsabilités de la direction, ce qu’ils refusèrent ; il fut donc élu secrétaire général avec Camy-Peyret pour adjoint.

À la tête d’une direction exécutive homogène, comportant autant de non-communistes (outre les deux secrétaires généraux, Petite) que de communistes (Alaphilippe, François Blanchard, André Dellinger), il s’efforça de jouer un rôle de « facilitateur » plus que de conducteur de la nouvelle orientation du syndicat, pour la défense des revendications fondée sur la liaison étroite entre démocratisation de l’École et revalorisation de la fonction enseignante, dans le respect de la laïcité, appuyée sur le développement de l’action unitaire avec les travailleurs et les parents d’élèves : stratégie illustrée par les États généraux du second degré en novembre 1967 et la grève par zones de février-mars 1968. Il estima dès le début mai 1968, que le SNES devait prendre toute sa part dans le mouvement qui démarrait et y défendre l’ensemble de ses revendications. Il fut particulièrement attentif à ce que la position du syndicat tienne compte de celles de l’ensemble des S3 et des syndiqués consultés, et pas principalement du S3 de Paris, ce qui l’amena parfois à des divergences avec Alaphilippe qui en était le secrétaire général, notamment sur la question des modalités du passage du baccalauréat. Il essaya aussi de maintenir les liens avec la direction de la FEN et son secrétaire général, James Marangé, tout en étant en désaccord avec l’arrêt de la grève décidée par la majorité de la CA fédérale du 5 juin, après la journée et la nuit de négociations au ministère de l’Éducation nationale, auxquelles il avait participé avec Alaphilippe et Dellinger dans la délégation de la FEN. Après la décision du BN du SNES du 10 juin d’appel à la reprise du travail, il participa avec ses camarades aux négociations qui s’étalèrent tout l’été et jusqu’en mars 1969, notamment celles concernant la vie des établissements, l’orientation des élèves, les maxima de service et la formation des maîtres.

André Drubay défendit avec conviction le bilan du syndicat face aux attaques dont il était l’objet, aussi bien de la part des anciens dirigeants « autonomes » que des tendances minoritaires issues de l’ancienne École émancipée. Il veilla avec fermeté à l’indépendance du SNES, notamment quand une partie du fichier du syndicat fut utilisée pour l’envoi de la propagande électorale de Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969. Il considérait néanmoins que le SNES devait soutenir l’élaboration d’un Programme commun entre les partis de gauche. Il restait très attaché à l’unité de la FEN dont il souhaitait la transformation, et participa à l’organisation du courant fédéral « Unité et Action » et à la création de son bulletin en 1970.

Sous ses deux mandats, la syndicalisation progressa au même rythme que les créations de postes, malgré un tassement des scores du SNES aux élections professionnelles de 1969. En 1971, fatigué par une activité débordante à une responsabilité où il ne s’était pas toujours senti en mesure d’imposer son autorité, estimant que le temps de la relève était venu, il décida d’abandonner son poste de secrétaire général qui revint à Camy-Peyret avec Alaphilippe pour adjoint. Il ne cessa cependant pas d’appartenir à la direction du syndicat. Il continua à siéger au Conseil de l’enseignement général et technique et au Conseil supérieur de l’Éducation nationale jusqu’en 1977, où son expérience et son autorité morale lui permirent de défendre les positions syndicales.

André Drubay s’engagea surtout dans une nouvelle phase de sa carrière syndicale dans le domaine des relations internationales, auxquelles il avait toujours porté un grand intérêt depuis l’époque de la FEN-CGT. En juillet 1969, il avait été élu vice-président de la Fédération internationale des professeurs de l’enseignement secondaire officiel, en devint président en 1971 puis secrétaire général en 1972, à la suite du décès d’Émile Hombourger, pour lequel il avait beaucoup d’estime. Il exerça cette responsabilité jusqu’à sa prise de retraite en 1982. À ce poste, il développa le rôle de pont entre les diverses organisations internationales enseignantes, participa à l’ouverture de la fédération vers de nouveaux pays non européens, notamment d’Afrique, milita pour l’éducation à la paix, le développement de l’enseignement et l’extension des droits et libertés des enseignants. Ces mêmes valeurs inspirèrent son action à la commission exécutive de la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante, à la commission française de l’UNESCO (1972-1997), au groupe de travail UNESCO/ONG sur l’éducation pour la promotion et la défense des droits de l’Homme, contre le racisme et l’apartheid (1983-1988). Jusque dans les derniers mois de sa vie, il apporta sa contribution active à l’Institut de recherches historiques sur le syndicalisme dans les enseignements de second degré dont il était le vice-président depuis sa création en 1985.

Catholique fervent, André Drubay aimait à souligner qu’il agissait en chrétien plutôt qu’en tant que chrétien, en ne mêlant jamais ses convictions religieuses à son engagement syndical. Parmi les principaux fondateurs du courant « Unité et Action » dans le SNES et la FEN, il vécut douloureusement l’exclusion de son syndicat de la fédération en 1992 mais s’enthousiasma pour la création de la Fédération syndicale unitaire. Il témoigna en 1991 sur son itinéraire dans le cadre du séminaire sur l’histoire du syndicalisme enseignant organisé par le Centre fédéral FEN et le Centre de recherches d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université Paris I.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23007, notice DRUBAY André, Victor par Alain Dalançon, Pierre Pétremann, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 janvier 2019.

Par Alain Dalançon, Pierre Pétremann

Congrès SNES 1971
Congrès SNES 1971
(coll. IRHSES)

ŒUVRE : Collaboration à l’ouvrage de FOILLARD (Jean), Les Scouts de France. Entreprises de clans, Lyon, Editions des Scouts de France, 1943. — L’enseignement et l’éducation relatifs aux droits de l’Homme, Conseil de l’Europe, 1981 . — Une fédération internationale d’enseignants. La FIPESO, esquisse historique de 1912 à nos jours. — Nombreux articles dans Points de repères, revue de l’IRHSES.

SOURCES : Arch. IRHSES (dont fonds Drubay, Camy-Peyret, Alaphilippe et arch. de la FIPESO, L’Université syndicaliste, L’Enseignement public, Revue Unité et Action). — Témoignage de l’intéressé en 1991, publié par l’IRHSES. — Témoins et acteurs, entretien réalisé en janvier 1992 à l’INRP par Marie-Claude Bossuat et Pierre Mignaval.

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