DOMINIONI Marcel, dit « Domino »

Par Jean-François Lassagne

Né le 23 juin 1905 à Xeuilley (Meurthe-et-Moselle), mort le 1er février 1988 à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; mineur de fer ; secrétaire du syndicat CGT de la mine Maron-Val-de-Fer ; membre du bureau de l’Union locale de Neuves-Maisons, de la commission administrative de l’UD de Meurthe-et-Moselle, du secrétariat de la Fédération régionale des mineurs de fer et de sel de Lorraine ; du conseil national de la Fédération nationale des travailleurs du Sous-Sol (FNTSS-CGT) ; suppléant du député MRP Henri Grouès ; conseiller municipal de Chaligny.

Marcel Dominioni était l’un des trois enfants d’Antoine Dominioni, travailleur italien immigré en Lorraine au tout début du XXe siècle, et de Marie Denise Fousse, originaire de Marthemont près de Thélod (Meurthe-et-Moselle). Orphelin de père en 1913, Marcel Dominioni obtint le certificat d’études primaires à l’âge de onze ans à Xeuilley. Il travailla alors quelques mois à la carrière de pierre du village, puis reprit sa scolarité afin de préparer le « 1er ordre ». Après son service militaire à Épinal en 1925-1926, il fut embauché à l’abattage à la mine Maron-Val-de-Fer à Neuves-Maisons en 1927. Le 1er juin 1929, il épousa Paulette Gillet, originaire de Chaligny (Meurthe-et-Moselle) où elle naquit le 18 octobre 1909 et mourut le 16 avril 1996. Ce fut là qu’ils s’établirent. Jusqu’à son mariage, et comme beaucoup d’autres femmes du « pays », Paulette avait été ouvrière à la « tricotterie » (filature) de Chaligny, l’une des trois entreprises de main-d’œuvre locales, avec la mine de fer et l’usine sidérurgique de Neuves-Maisons. Ils eurent trois filles, dont l’une allait être adjointe au maire socialiste de Chaligny.
Syndiqué dès 1927 à la CGT (comme la quasi-totalité des mineurs de Maron-Val-de-Fer), Marcel Dominioni devint délégué mineur à la Libération et secrétaire du syndicat. Militant unitaire, il s’opposa à la scission en 1947 et fut un des artisans, en 1950, de la constitution de la Fédération régionale des mineurs de fer et de sel de Lorraine, dont il devint un des premiers vice-présidents. Jouissant de la confiance de ses camarades, il fut également élu à la direction de plusieurs autres structures syndicales de la CGT : à l’Union locale de Neuves-Maisons, à l’Union départementale de Meurthe-et-Moselle ainsi qu’au conseil national de la Fédération nationale des travailleurs du Sous-Sol (FNTSS-CGT). Très sensible aux problèmes sociaux, et soucieux de la santé des travailleurs, il assura (dès 1944 et jusqu’à sa retraite) la présidence de la Caisse de secours minière de Nancy et fut administrateur de l’Union régionale des sociétés minières de l’Est. En 1955, il participa à Rome au premier congrès mondial de prévention des accidents du travail. Marcel Dominioni fut l’un des acteurs de la grande grève de mars et avril 1963, et comme il le disait, « c’est avec le cœur gros que nous reprîmes le travail ».
« Homme de conviction religieuse, catholique et pratiquant », membre de l’Action catholique ouvrière, il fut sollicité pour figurer aux législatives de 1945 en Meurthe-et-Moselle, sur la liste MRP conduite par Henri Grouès, plus connu sous le nom d’abbé Pierre. Après avoir pris le temps et le soin de consulter ses camarades, notamment les mineurs, et de recueillir leur avis, car il n’avait eu jusqu’alors aucun engagement politique, il donna finalement son accord, et fut élu suppléant. De même, il devint conseiller municipal en 1945 à Chaligny, ville communiste depuis 1920. Mais, à l’issue de ces deux mandats, il décida de se consacrer principalement à son activité syndicale et ne poursuivit pas son expérience politique.
En septembre 1963, lors de son départ à la retraite, deux cents mineurs le saluèrent et les dirigeants de la CGT lui rendirent hommage : « Marcel est le symbole de l’unité », dira Albert Balducci, et « malgré les différences d’appréciations, nous étions tous animés du même idéal... nous avions en face de nous un seul adversaire, celui qui exploite les mineurs ». Marcel lui-même dira : « Pour moi, chers camarades, il ne peut y avoir d’autres organisations syndicales que révolutionnaires. » Dès lors, il se consacra à l’activité de la section des retraités et veuves de Neuves-Maisons-Chaligny et environs, et participa à toutes les manifestations, notamment contre la fermeture de la mine Maron-Val-de-Fer en 1968. Puis sa santé déclina en raison de la silicose, jusqu’à sa mort au CHU de Vandœuvre-lès-Nancy.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22825, notice DOMINIONI Marcel, dit « Domino » par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jean-François Lassagne

SOURCES : L’Est républicain des 22 septembre 1963, 3 et 4 mars 1966 et 23 janvier 2007. — Le Sous-Sol lorrain d’octobre 1963 et mars 1988. — Entretien avec Christiane Barthelemy, sa fille, les 23 janvier et 6 février 2007.

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