DOLLY Louis, François

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 1er septembre 1905 à Paris (VIe arr.), mort le 23 octobre 1993 à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; chef-monteur électricien ; militant communiste ; résistant ; maire adjoint (1935-1940), puis maire (1944-1977) de Villejuif (Seine, Val-de-Marne), nommé conseiller départemental de la Seine en décembre 1944, conseiller général (1953-1973).

[Arch. Com. Villejuif]

Né à Paris d’une famille originaire du Cantal et de la Corrèze, Louis Dolly quitta l’école pendant la Première Guerre mondiale à l’âge de dix ans, et, avec ses parents, partit travailler en Côte-d’Or et dans le Cantal. Deux ans plus tard, revenu dans la région parisienne à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine), il entra dans une entreprise de reliure du XVe arr. puis, sur les conseils de son père, se fit embaucher comme apprenti boucher dans le XIVe arr. Mais il préférait la mécanique et les conditions de travail de l’usine à celles de la boutique. Il trouva lui-même un emploi à Montrouge. Un chef électricien se prit d’amitié pour lui et en fit un apprenti. Il l’encouragea à suivre les cours du soir pour passer le certificat d’études primaires puis à aller aux Arts et Métiers jusqu’à l’obtention en 1923 d’un brevet de monteur électricien. À dix-huit ans, son apprentissage terminé, il bénéficia d’une place de monteur-électricien dans une coopérative ouvrière d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). L’année suivante, il était chef monteur.

Militant actif du sport ouvrier, Louis Dolly était depuis 1919 membre de l’Union sportive ouvrière de Clamart (Fédération sportive du travail) et depuis 1925 du Club athlétique ouvrier de Villejuif. Il en fut élu secrétaire général en 1928 et le resta pendant de nombreuses années.

En 1921 et 1922, Louis Dolly fréquenta les milieux anarchistes du quartier Montparnasse. Il assista également aux réunions du « Sillon » de Marc Sangnier*. Ses sympathies pour la Révolution d’octobre lui firent choisir l’adhésion au mouvement communiste (Jeunesse communiste et Parti communiste). Il prit sa carte en octobre 1923, sur son lieu de travail, à Issy-les-Moulineaux (cependant, le carnet d’Auguste Lecœur, secrétaire à l’organisation en 1953, donne 1930 comme date d’adhésion au Parti communiste). Sa cellule était rattachée au Ve rayon. L’année suivante, il donna son adhésion à la Confédération générale du travail (CGTU). En 1924, au cours d’une distribution de tracts dénonçant les buts de la guerre du Maroc aux ouvriers d’une imprimerie de Vanves (Seine, Hauts-de-Seine), la police l’arrêta et l’envoya à la prison des jeunes de la rue de la Roquette à Paris. Il était donc déjà connu des services de police avant son départ au service militaire en octobre 1925. L’armée l’affecta au 17e Tirailleur nord-africain où il fut sanctionné par un conseil de discipline pour avoir, dans une discussion, manifesté son hostilité à la guerre du Rif. On le renvoya d’Afrique du Nord dans une caserne française où les soldats l’accueillirent en héros.

Revenu du service militaire en 1927, il reprit ses activités et, à la fin des années 1920, s’occupa pendant deux ans du jeune syndicat CGTU des monteurs-électriciens de la région parisienne. Militant actif des comités Amsterdam-Pleyel, Louis Dolly participa à la manifestation interdite du 9 février 1934 où les affrontements avec la police firent plusieurs morts.

La municipalité de Villejuif avait été conquise par le Parti communiste en mai 1925. Xavier Guillemin (1925-1926), Gaston Cantini (1926-1929) et Paul Vaillant-Couturier (1929-1937) se succédèrent à la première magistrature municipale. Louis Dolly et son ami René Hamon eurent un rôle important dans la campagne législative de mai 1932 où Paul Vaillant-Couturier talonna le député radical sortant Auguste Gratien. Lors de la constitution de la liste pour les élections municipales de mai 1935, son nom fut avancé comme responsable sportif local et comme représentant d’un quartier excentré. Paul Vaillant-Couturier proposa de le prendre comme troisième adjoint. Quinze jours après l’élection, il lui demanda d’être permanent et d’avoir des responsabilités dépassant sa charge de la jeunesse et des sports. Après la mort de Paul Vaillant-Couturier, en octobre 1937, il devint premier adjoint au nouveau maire Georges Le Bigot. Pendant les grèves de juin 1936, Louis Dolly avait soutenu les luttes des entreprises Géo à Bicêtre, Tecalemite à Orly et des hôpitaux de Villejuif. Quelques mois plus tard, Paul Vaillant-Couturier le chargea d’animer le comité Bilbao d’aide à l’Espagne républicaine. La victoire des troupes franquistes et l’afflux de réfugiés lui fit transformer en centre d’accueil la colonie de vacances de Villejuif en Dordogne. Louis Dolly entra au comité régional communiste de Paris-Sud en septembre 1937 et au secrétariat en septembre 1938.

Louis Dolly avait été mobilisé dans les premiers jours de septembre 1939 puis envoyé sur la frontière de Belgique. À la suite d’une altercation avec un ancien membre du Parti social français, il fut renvoyé en octobre dans un centre mobilisateur avec un rapport le signalant comme « dangereux ». Le commissariat de Gentilly (Seine, Val-de-Marne) le signala le 6 novembre 1939 comme « s’étant livré à une propagande communiste active au cours d’un congé de convalescence du 20 octobre au 8 novembre 1939 » (Arch. PPo. 101). L’armée l’envoya en Syrie par mesure disciplinaire. Il revint en France en mars 1940 et obtint la Croix de guerre en qualité d’agent de liaison de l’Armée des Alpes. Démobilisé en zone sud à Grenoble (Isère), après un passage à Marseille (Bouches-du-Rhône) où il s’embaucha comme débardeur sur le port afin de se faire un peu d’argent pour le voyage, il revint dans la région parisienne fin juillet et se vit confier la direction du sud parisien, en étroite liaison avec Jean Catelas. En août 1940, il présida la réunion qui mit en cause l’ancien maire Georges Le Bigot, qui refusait les consignes de retour à la légalité, et particulièrement d’aller occuper le fauteuil de maire. Louis Dolly fut à la fois un des accusateurs, sommant Georges Le Bigot d’obéir sous peine de sanctions, et celui-ci fit une opération de repêchage en fin de réunion, opération qui ne s’imposait pas jugea Odette Janvier, représentante de la direction nationale (R. Bourderon, p. 230).

Arrêté puis relâché, il connut à nouveau l’arrestation, à la suite d’une dénonciation semble-t-il, le 5 octobre 1940. Les autorités françaises le firent interner administrativement au centre de séjour surveillé d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val d’Oise) jusqu’au 4 décembre 1940, à la maison centrale de Fontevrault (Maine-et-Loire) de décembre 1940 à fin janvier 1941, à Clairvaux (Aube) de janvier à avril 1941, au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) d’avril 1941 à mai 1942, au camp de Voves (Eure-et-Loir) de mai 1942 à novembre 1943 puis au camp de Pithiviers (Loiret) d’où il s’évada. Dans ce dernier camp, il formait avec P. Boyer et M. Collin le triangle de direction clandestin du PCF. Quatre de ses tentatives d’évasion avaient échoué dans différents lieux. Trois mois de travail lui permirent de creuser un souterrain de dix-huit mètres et de rejoindre la Résistance active le 14 mars 1944. Les FTPF l’envoyèrent dans l’Est de la France aider la Résistance des départements du Doubs, de la Meurthe-et-Moselle et du Territoire de Belfort. Membre du Comité départemental de Libération de Meurthe-et-Moselle, commandant FTPF, il prit part à la libération de la ville de Nancy le 16 septembre 1944. Le Parti communiste le chargea d’assurer le secrétariat de la fédération communiste légale de Meurthe-et-Moselle.

De retour à Villejuif en novembre 1944, Louis Dolly assura la succession de Georges Le Bigot, ancien maire mort en déportation au camp d’Auschwitz. Les électeurs le confirmèrent, dès le premier jour, à son poste de maire en mai 1945, octobre 1947, mai 1953, mai 1959 et en mars 1965. Pour la première fois à Villejuif, en mars 1971, il conduisit une liste d’Union de la gauche. En 1977, Louis Dolly fut réélu à la tête de la liste d’Union de la gauche, mais à sa demande, Pierre-Yves Cosnier lui succéda à la première magistrature municipale, Louis Dolly devenant maire honoraire.

Dès fin 1944, il avait repris sa place au secrétariat de la Région sud de Paris. Il fit partie de la commission politique désignée par le comité central tenu à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) les 21-23 janvier 1945. Les diverses Régions de la Seine furent réunies en une Fédération en 1947 ; Louis Dolly y fut chargé des « élus et du travail municipal ». Il redevint membre du secrétariat de la Fédération Seine-Sud en 1953.

Désigné conseiller départemental de la Seine en décembre 1944, il fut réélu conseiller général du 2e secteur de la Seine en mars 1953, en mars 1959, en mars 1965 et conseiller général du Val-de-Marne de fin 1967 à octobre 1973.

À partir de 1977, Louis Dolly siégea au bureau national de l’Amicale des Vétérans du PCF et présida l’Amicale des Vétérans du Val-de-Marne jusqu’à sa mort en 1993.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article22808, notice DOLLY Louis, François par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 21 août 2009, dernière modification le 2 novembre 2009.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

[Arch. Com. Villejuif]
[Arch. Com. Villejuif]
[Arch. Com. Villejuif]

SOURCES : Arch. PPo. 101. — Arch. Paris, DM3. — Arch. Com. Villejuif. — Arch. comité national du PCF. — L’Information municipale, n° 62, février 1953. — L’Humanité, 28 février 1980, 25 et 28 octobre 1993. — Roger Bourderon, La négociation. Été 1940 : crise au PCF, Syllepse, 2001. — Renseignements recueillis par Carlos Escoda. — Entrevue avec Louis Dolly, Villejuif, 30 juin 1981. — Témoignage écrit de Louis Dolly.

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